ABEILLES
C'était l'opinion de quelques démonographes que si une sorcière, avant d'être prise,
avait mangé la reine d'un essaim d'abeilles, ce cordial lui donnait la force de supporter
la torture sans confesser ; mais cette découverte n'a pas fait principe.
Dans certains cantons de la Bretagne, on prétend que les abeilles sont sensibles
aux plaisirs comme aux peines de leurs maîtres, et qu'elles ne réussissent point
si on néglige de leur faire part des événements qui intéressent la maison. Ceux qui ont
cette croyance ne manquent pas d'attacher à leurs ruches un morceau d'étoffe noire
lorsqu'il y a une mort chez eux, et un morceau d'étoffe rouge lorsqu'il y a un mariage,
ou toute autre fête.
Les circassiens, dans leur religion mêlée de christianisme, de mahométisme et d'idolâtrie,
honorent la Mère de Dieu sous le nom de Mérième ou de Melissa. Ils la regardent comme
la patronne des abeilles, dont elle sauva la race en conservant l'une d'elles dans
sa manche, un jour que le tonnerre menaçait d'exterminer tous les insectes. Les revenus que
les circassiens tirent de leurs ruches expliquent leur reconnaissance pour le bienfait qui
les leur a conservées.
Solin a écrit que les abeilles ne peuvent pas vivre en Irlande ; que celles qu'on y amène
y meurent tout à coup ; et que si l'on porte de la terre de cette île dans un autre pays,
et qu'on la répande autour des ruches, les abeilles sont forcées d'abandonner la place,
parce que cette terre leur est mortelle. On lit la même chose dans les Origines d'Isidore.
Faut-il examiner, ajoute le père Lebrun, d'où peut venir cette malignité de la terre
d'Irlande ? Non, car il suffit de dire que c'est une fable et qu'on trouve en Irlande
beaucoup d'abeilles.