AIMANT (MAGNES)
Principal producteur de la vertu magnétique ou attractive. Il y a sur l'aimant
quelques erreurs populaires qu'il est bon de passer en revue. On rapporte des choses
admirables, dit le docteur Brown, d'un certain aimant qui n'attire pas seulement le fer,
mais la chair aussi. C'est un aimant très faible, composé surtout de terre glaise semée
d'un petit nombre de lignes magnétiques et ferrées. La terre glaise qui en est la base fait
qu'il s'attache aux lèvres, comme l'hématite ou la terre de Lemnos. Les médecins
qui joignent cette pierre à l'aétite lui donnent mal à propos la vertu de prévenir
les avortements.
On a dit, de toute espèce d'aimant, que l'ail peut lui enlever sa propriété attractive ;
opinion certainement fausse, quoiqu'elle nous ait été transmise par Solin, Pline, Plutarque,
Mathiole, etc. Toutes les expériences l'ont démentie. Un fil d'archal rougi, puis éteint
dans le jus d'ail, ne laisse pas de conserver sa vertu polaire ; un morceau d'aimant
enfoncé dans l'ail aura la même puissance attractive qu'auparavant ; des aiguilles laissées
dans l'ail jusqu'à s'y rouiller n'en retiendront pas moins cette force d'attraction.
On doit porter le même jugement de cette autre assertion, que le diamant a la vertu
d'empêcher l'attraction de l'aimant. Placez un diamant — si vous en avez — entre l'aimant
et l'aiguille, vous les verrez se joindre, dussent-ils passer par-dessus la pierre
précieuse. Les auteurs que nous combattons ont sûrement pris pour des diamants ce qui n'en
était pas.
Mettez sur la même ligne, continue Brown, cette autre merveille contée par certains rabbins,
que les cadavres humains sont magnétiques, et que, s'ils sont étendus dans un bateau,
le bateau tournera jusqu'à ce que la tête du corps mort regarde le septentrion.
François Rubus, qui avait une crédulité très solide, reçoit comme vrais la plupart
de ces faits inexplicables. Mais tout ce qui tient du prodige, il l'attribue aux prestiges
du démon, et c'est un moyen facile de sortir d'embarras.
Disons un mot du tombeau de Mahomet. Beaucoup de gens croient qu'il est suspendu, à Médine,
entre deux pierres d'aimant placées avec art, l'une au-dessus et l'autre au-dessous ;
mais ce tombeau est de pierre comme tous les autres, et bâti sur le pavé du temple.
On lit quelque part, à la vérité, que les mahométans avaient conçu un pareil dessein ;
ce qui a donné lieu à la fable que le temps et l'éloignement des lieux ont fait passer pour
une vérité, et que l'on a essayé d'accréditer par des exemples. On voit dans Pline
que l'architecte Dinocharès commença de voûter, avec des pierres d'aimant, le temple
d'Arsinoé à Alexandrie, afin de suspendre en l'air la statue de cette reine ; il mourut
sans avoir exécuté ce projet, qui eût échoué.
Rufin conte que dans le temple de Sérapis il y avait un chariot de fer que des pierres
d'aimant tenaient suspendu ; que, ces pierres ayant été ôtées, le chariot tomba et se brisa.
Bède rapporte également, d'après des contes anciens, que le cheval de Bellérophon,
qui était de fer, fut suspendu entre deux pierres d'aimant.
C'est sans doute à la qualité minérale de l'aimant qu'il faut attribuer ce qu'assurent
quelques-uns, que les blessures faites avec des armes aimantées sont plus dangereuses
et plus difficiles à guérir, ce qui est détruit par l'expérience ; les incisions faites par
des chirurgiens avec des instruments aimantés ne causent aucun mauvais effet. Rangez dans
la même classe l'opinion qui fait de l'aimant un poison, parce que des auteurs le placent
dans le catalogue des poisons. Garcias de Huerta, médecin d'un vice-roi espagnol, rapporte,
au contraire, que les rois de Ceylan avaient coutume de se faire servir dans des plats
de pierre d'aimant, s'imaginant par là conserver leur vigueur.
On ne peut attribuer qu'à la vertu magnétique ce que dit Ætins, que, si un goutteux tient
quelque temps dans sa main une pierre d'aimant, il ne se sent plus de douleur, ou que
du moins il éprouve un soulagement. C'est à la même vertu qu'il faut rapporter ce qu'assure
Marcellus Empiricus, que l'aimant guérit les maux de tête. Ces effets merveilleux ne sont
qu'une extension gratuite de sa vertu attractive, dont tout le monde convient. Les hommes
s'étant aperçus de cette force secrète qui attire les corps magnétiques, lui ont donné
encore une attraction d'un ordre différent, la vertu de tirer la douleur de toutes
les parties du corps ; c'est ce qui a fait ériger l'aimant en philtre.
On dit aussi que l'aimant resserre les nœuds de l'amitié paternelle et de l'union conjugale,
en même temps qu'il est très propre aux opérations magiques. Les basilidiens en faisaient
des talismans pour chasser les démons. Les fables qui regardent les vertus de cette pierre
sont en grand nombre. Dioscoride assure qu'elle est pour les voleurs un utile auxiliaire ;
quand ils veulent piller un logis, dit-il, ils allument du feu aux quatre coins et y jettent
des morceaux d'aimant. La fumée qui en résulte est si incommode, que ceux qui habitent
la maison sont forcés de l'abandonner. Malgré l'absurdité de cette fable, mille ans après
Dioscoride, elle a été adoptée par les écrivains qui ont compilé les prétendus secrets
merveilleux d'Albert le Grand.
Mais on ne trouvera plus d'aimant comparable à celui de Laurent Guasius. Cardan affirme que
toutes les blessures faites avec des armes frottées de cet aimant, ne causaient aucune
douleur.
Encore une fable : je ne sais quel écrivain assez grave a dit que l'aimant, fermenté dans
du sel, produisait et formait le petit poisson appelé rémore, lequel possède la vertu
d'attirer l'or du puits le plus profond. L'auteur de cette recette savait qu'on ne pourrait
jamais le réfuter par l'expérience ; et c'est bien dans ces sortes de choses qu'il ne faut
croire que les faits éprouvés.