ALCYON
Une vieille opinion, qui subsiste encore chez les habitants des côtes, c'est que
l'alcyon ou martin-pêcheur est une girouette naturelle, et que, suspendu par le bec,
il désigne le côté d'où vient le vent, en tournant sa poitrine vers ce point de l'horizon.
Ce qui a mis cette croyance en crédit parmi le peuple, c'est l'observation qu'on a faite
que l'alcyon semble étudier les vents et les deviner lorsqu'il établit son nid sur
les flots, vers le solstice d'hiver. Mais cette prudence est-elle dans l'alcyon
une prévoyance qui lui soit particulière ? N'est-ce pas simplement un instinct de la nature
qui veille à la conservation de cette espèce ? Bien des choses arrivent, dit Brown,
parce que le premier moteur l'a ainsi arrêté, et la nature les exécute par des voies qui
nous sont inconnues.
C'est encore une ancienne coutume de conserver les alcyons dans des coffres, avec l'idée
qu'ils préservent des vers les étoffes de laine. On n'eut peut-être pas d'autre but
en les pendant au plafond des chambres. Je crois même, ajoute Brown, qu'en les suspendant
par le bec on n'a pas suivi la méthode des anciens qui les suspendaient par le dos, afin
que le bec marquât les vents. Car c'est ainsi que Kirker a décrit l'hirondelle de mer.
Disons aussi qu'autrefois, en conservant cet oiseau, on croyait que ses plumes
se renouvelaient comme s'il eût été vivant, et c'est ce qu'Albert le Grand espéra
inutilement dans ses expériences.
Outre les dons de prédire le vent et de chasser les vers, on attribue encore à l'alcyon
la précieuse qualité d'enrichir son possesseur, d'entretenir l'union dans les familles
et de communiquer la beauté aux femmes qui portent ses plumes. Les tartares et les ostiaks
ont une très grande vénération pour cet oiseau. Ils recherchent ses plumes avec
empressement, les jettent dans un grand vase d'eau, gardent avec soin celles qui surnagent,
persuadés qu'il suffit de toucher quelqu'un avec ces plumes pour s'en faire aimer. Quand
un ostiak est assez heureux pour posséder un alcyon, il en conserve le bec, les pattes
et la peau, qu'il met dans une bourse, et, tant qu'il porte ce trésor, il se croit à l'abri
de tout malheur. C'est pour lui un talisman comme les fétiches des nègres.