ALLIX
Voici un de ces traits qui accusent l'ignorance et la légèreté des anciens juges de parlement.
Allix, mathématicien, mécanicien et musicien, vivait à Aix-en-Provence, vers le milieu du dix-septième siècle ;
il fit un squelette qui, par un mécanisme caché, jouait de la guitare. Bonnet, dans son Histoire de la Musique,
page 82, rapporte l'histoire tragique de ce pauvre savant. Il mettait au cou de son squelette une guitare accordée
à l'unisson d'une autre qu'il tenait lui-même dans ses mains et plaçait les doigts de l'automate sur le manche ;
puis, par un temps calme et serein, les fenêtres et la porte étant ouvertes, il s'installait dans un coin de la chambre
et jouait sur sa guitare des passages que le squelette répétait sur la sienne. Il y a lieu de croire que l'instrument
résonnait à la manière des harpes éoliennes et que le mécanisme qui faisait mouvoir les doigts du squelette n'était
pour rien dans la production des sons.
Nous citons M. Fétis sans l'approuver et nous le renvoyons aux automates musiciens de Vaucanson, qui n'étaient pas
des harpes éoliennes.
Quoi qu'il en soit, poursuit le biographe, ce concert étrange causa de la rumeur parmi la population superstitieuse
de la ville d'Aix ; Allix fut accusé de magie et le Parlement fit instruire son procès. Jugé par la chambre
de la Tournelle, il ne put faire comprendre que l'effet merveilleux de son automate n'était que la résolution
d'un problème mécanique. L'arrêt du Parlement le condamna à être pendu et brûlé en place publique, avec le squelette
complice de ses sortilèges ; la sentence fut exécutée en 1664.