ANGES
Les juifs, à l'exception des saducéens, admettaient et honoraient les anges, en qui
ils voyaient, comme nous, des substances spirituelles, intelligentes, et les premières
en dignité entre les créatures.
Les rabbins placent la création des anges au second jour et ajoutent qu'ayant été appelés
au conseil de Dieu, lorsqu'il voulut former l'homme, leurs avis furent partagés, et que Dieu
fit Adam à leur insu, pour éviter leurs murmures. Ils reprochèrent néanmoins à Dieu d'avoir
donné trop d'empire à Adam. Dieu soutint l'excellence de son ouvrage, parce que l'homme devait
le louer sur la terre, comme les anges le louaient dans le ciel. Il leur demanda ensuite
s'ils savaient le nom de toutes les créatures ? Ils répondirent que non et Adam, qui parut
aussitôt, les récita tous sans hésiter, ce qui les confondit.
L'Écriture sainte a conservé quelquefois aux démons le nom d'anges, mais anges de ténèbres,
anges déchus ou mauvais anges. Leur chef est appelé le grand dragon et l'ancien serpent,
à cause de la forme qu'il prit pour tenter la femme.
Zoroastre enseignait l'existence d'un nombre infini d'anges ou d'esprits médiateurs, auxquels
il attribuait non seulement un pouvoir d'intercession subordonné à la providence continuelle
de Dieu, mais un pouvoir aussi absolu que celui que les païens prêtaient à leurs dieux.
C'est le culte rendu à des dieux secondaires que saint Paul a condamné.
Les musulmans croient que les hommes ont chacun deux anges gardiens, dont l'un écrit le bien
qu'ils font et l'autre, le mal. Ces anges sont si bons, ajoutent-ils, que, quand celui qui est
sous leur garde fait une mauvaise action, ils le laissent dormir avant de l'enregistrer,
espérant qu'il pourra se repentir à son réveil.
Les persans donnent à chaque homme cinq anges gardiens, qui sont placés le premier à sa droite
pour écrire ses bonnes actions, le second à sa gauche pour écrire les mauvaises, le troisième
devant lui pour le conduire, le quatrième derrière pour le garantir des démons
et le cinquième devant son front pour tenir son esprit élevé vers le prophète. D'autres
en ce pays portent le nombre des anges gardiens jusqu'à cent soixante.
Les Siamois divisent les anges en sept ordres et les chargent de la garde des planètes,
des villes, des personnes. Ils disent que c'est pendant qu'on éternue que les mauvais anges
écrivent les fautes des hommes.
Les théologiens admettent neuf chœurs d'anges, en trois hiérarchies : les séraphins,
les chérubins, les trônes ; les dominations, les principautés, les vertus des cieux ;
les puissances, les archanges et les anges.
Parce que des anges, en certaines occasions où Dieu l'a voulu, ont secouru les juifs
contre leurs ennemis, les peuples modernes ont quelquefois attendu le même prodige. Le jour
de la prise de Constantinople par Mahomet II, les grecs schismatiques, comptant
sur la prophétie d'un de leurs moines, se persuadaient que les turcs n'entreraient pas
dans la ville, mais qu'ils seraient arrêtés aux murailles par un ange armé d'un glaive,
qui les chasserait et les repousserait jusqu'aux frontières de la Perse. Quand l'ennemi parut
sur la brèche, le peuple et l'armée se réfugièrent dans le temple de Sainte-Sophie, sans avoir
perdu tout espoir mais l'ange n'arriva pas et la ville fut saccagée.
Cardan raconte qu'un jour qu'il était à Milan, le bruit se répandit tout à coup qu'il y avait
un ange dans les airs au-dessus de la ville. Il accourut et vit, ainsi que deux mille
personnes rassemblées, un ange qui planait dans les nuages, armé d'une longue épée
et les ailes étendues. Les habitants s'écriaient que c'était l'ange exterminateur ;
et la consternation devenait générale, lorsqu'un jurisconsulte fit remarquer que ce
qu'on voyait n'était que la représentation qui se faisait dans les nuées, d'un ange de marbre
blanc placé au haut du clocher de Saint-Gothard.
Voy. ARMÉES PRODIGIEUSES.