ANNEAU
Il y avait autrefois beaucoup d'anneaux enchantés ou chargés d'amulettes. Les magiciens
faisaient des anneaux constellés avec lesquels on opérait des merveilles.
Cette croyance était si répandue chez les païens, que leurs prêtres ne pouvaient porter
d'anneaux, à moins qu'ils ne fussent si simples qu'il était évident qu'ils ne contenaient pas
d'amulettes.
Les anneaux magiques devinrent aussi de quelque usage chez les chrétiens et même beaucoup
de superstitions se rattachèrent au simple anneau d'alliance. On croyait qu'il y avait dans
le quatrième doigt, qu'on appela spécialement doigt annulaire ou doigt destiné à l'anneau,
une ligne qui répondait directement au cœur ; on recommanda donc de mettre l'anneau
d'alliance à ce seul doigt. Le moment où le mari donne l'anneau à sa jeune épouse devant
le prêtre, ce moment, dit un vieux livre de secrets, est de la plus haute importance.
Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt et ne passe pas la seconde jointure, la femme
sera maîtresse ; mais s'il enfonce l'anneau jusqu'à l'origine du doigt, il sera chef
et souverain. Cette idée est encore en vigueur et les jeunes mariées ont généralement soin
de courber le doigt annulaire au moment où elles reçoivent l'anneau, de manière à l'arrêter
avant la seconde jointure.
Les anglaises, qui observent la même superstition, font le plus grand cas de l'anneau
d'alliance, à cause de ses propriétés. Elles croient qu'en mettant un de ces anneaux dans
un bonnet de nuit et plaçant le tout sous leur chevet, elles verront en songe le mari
qui leur est destiné.
Les orientaux révèrent les anneaux et les bagues et croient aux anneaux enchantés.
Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. Ils citent surtout, avec
une admiration sans bornes, l'anneau de Salomon, par la force duquel ce prince commandait
à toute la nature. Le grand nom de Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par
des dragons, dans le tombeau inconnu de Salomon. Celui qui s'emparerait de cet anneau serait
maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres.
À défaut de ce talisman prodigieux, ils achètent à des magiciens des anneaux qui produisent
aussi des merveilles.
Henri VIII bénissait des anneaux d'or qui avaient, disait-il, la propriété de guérir
de la crampe.
Les faiseurs de secrets ont inventé des bagues magiques qui ont plusieurs vertus.
Leurs livres parlent de l'anneau des voyageurs. Cet anneau, dont le secret n'est pas bien
certain, donnait à celui qui le portait le moyen d'aller sans fatigue de Paris à Orléans
et de revenir d'Orléans à Paris dans la même journée.
Mais on n'a pas perdu le secret de l'anneau d'invisibilité. Les cabalistes ont laissé
la manière de faire cet anneau, qui plaça Gygès au trône de Lydie. II faut entreprendre
cette opération un mercredi de printemps, sous les auspices de Mercure, lorsque cette planète
se trouve en conjonction avec une des autres planètes favorables, comme la Lune, Jupiter,
Vénus et le Soleil. Que l'on ait de bon mercure fixé et purifié ; on en formera une bague
où puisse entrer facilement le doigt du milieu ; on enchâssera dans le chaton une petite
pierre que l'on trouve dans le nid de la huppe et on gravera autour de la bague ces paroles :
Jésus passant au milieu d'eux s'en alla ; puis, ayant posé le tout sur une plaque de mercure
fixé, on fera le parfum de Mercure ; on enveloppera l'anneau dans un taffetas de la couleur
convenable à la planète, on le portera dans le nid de la huppe d'où l'on a tiré la pierre,
on l'y laissera neuf jours ; et quand on le retirera, on fera encore le parfum comme
la première fois ; puis on le gardera dans une petite boîte faite avec du mercure fixé,
pour s'en servir à l'occasion. Alors on mettra la bague à son doigt. En tournant la pierre
au dehors de la main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux des assistants celui
qui la porte ; et quand on veut être vu, il suffit de rentrer la pierre en dedans de la main,
que l'on ferme en forme de poing.
Porphyre, Jamblique, Pierre d'Apone et Agrippa, ou du moins les livres de secrets
qui leur sont attribués, soutiennent qu'un anneau fait de la manière suivante
a la même propriété. Il faut prendre des poils qui sont au-dessus de la tête de la hyène,
et en faire de petites tresses avec lesquelles on fabrique un anneau, qu'on porte aussi
dans le nid de la huppe. On le laisse là neuf jours ; on le passe ensuite dans des parfums
préparés sous les auspices de Mercure — planète. On s'en sert comme de l'autre anneau,
excepté qu'on l'ôte absolument du doigt quand on ne veut plus être invisible.
Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux cabalistiques,
on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé ; on enchâssera dans le chaton un œil
de jeune belette qui n'aura porté des petits qu'une fois ; sur le contour on gravera
les paroles suivantes : Apparuit Dominus Simoni. Cette bague se fera un samedi,
lorsqu'on connaîtra que Saturne est en opposition avec Mercure. On l'enveloppera
dans un morceau de linceul mortuaire qui ait enveloppé un mort ; on l'y laissera neuf jours ;
puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne, et on s'en servira.
Ceux qui ont imaginé ces anneaux ont raisonné sur le principe de l'antipathie
qu'ils supposaient entre les matières qui les composent. Rien n'est plus antipathique
à la hyène que la belette et Saturne rétrograde, presque toujours à Mercure ; ou,
lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de quelques signes du zodiaque, c'est toujours
un aspect funeste et de mauvais augure.
On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes, et leur donner des vertus
au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. Mais dans ces caractères, herbes cueillies,
constellations et charmes, le diable se coule, comme dit Leloyer, quand ce n'est pas
simplement le démon de la grossière imposture. Ceux qui observent les heures des astres,
ajoute-t-il, n'observent que les heures des démons qui président aux pierres, aux herbes
et aux astres mêmes.
Et il est de fait que ce ne sont ni des saints ni des cœurs honnêtes qui se mêlent
de ces superstitions.