ANNÉE
Plusieurs peuples ont célébré, par des cérémonies plus ou moins singulières, le retour
du nouvel an. Chez les perses, un jeune homme s'approchait du prince et lui faisait
des offrandes, en disant qu'il lui apportait la nouvelle année de la part de Dieu. Chez nous,
on donne encore des étrennes.
Les gaulois commençaient l'année par la cérémonie du gui de chêne, qu'ils appelaient le gui
de l'an neuf ou du nouvel an. Les druides, accompagnés du peuple, allaient dans une forêt,
dressaient autour du plus beau chêne un autel triangulaire de gazon et gravaient sur le tronc
et sur les deux plus grosses branches de l'arbre révéré les noms des dieux qu'ils croyaient
les plus puissants : Theutatès, Hésus, Taranis, Belenus. Ensuite l'un d'eux, vêtu
d'une blanche tunique, coupait le gui avec une serpe d'or ; deux autres druides étaient là
pour le recevoir dans un linge et prendre garde qu'il ne touchât la terre. Ils distribuaient
l'eau où ils faisaient tremper ce nouveau gui et persuadaient au peuple qu'elle guérissait
plusieurs maladies et qu'elle était efficace contre les sortilèges.
On appelle année platonique un espace de temps à la fin duquel tout doit se retrouver
à la même place. Les uns comptent seize mille ans pour cette révolution, d'autres trente-six
mille. Il y en eut aussi qui croyaient anciennement qu'au bout de cette période, le monde
serait renouvelé et que les âmes rentreraient dans leurs corps pour commencer une nouvelle vie
semblable à la précédente. On conte là-dessus cette petite anecdote :
Deux allemands, arrêtés dans une auberge de Châlons-sur-Marne, amenèrent la conversation
sur cette grande année platonique où toutes les choses doivent retourner à leur premier état ;
ils voulurent persuader au maître du logis qu'il n'y avait rien de si vrai
que cette révolution.
« De sorte, disaient-ils, que dans seize mille ans d'ici, nous serons a boire chez vous
à pareille heure et dans cette même chambre. »
Là-dessus, ayant très peu d'argent, en vrais allemands qu'ils étaient, ils prièrent l'hôte
de leur faire crédit jusque-là.
Le cabaretier champenois leur répondit qu'il le voulait bien.
« Mais, ajouta-t-il, parce qu'il y a seize mille ans jour pour jour, heure pour heure,
que vous étiez pareillement à boire ici, comme vous faites et que vous vous en allâtes
sans payer, acquittez le passé, et je vous ferai crédit du présent...
Lé préjugé des années climatériques subsiste encore, quoiqu'on en ait à peu près démontré
l'absurdité. Auguste écrivait à son neveu Caïus pour l'engager à célébrer le jour
de sa naissance, attendu qu'il avait passé la soixante-troisième année, qui est cette grande
climatérique si redoutable pour les humains.
Beaucoup de personnes craignent encore l'année climatérique ; cependant une foule de relevés
prouvent qu'il ne meurt pas plus d'hommes dans la soixante-troisième année que dans les années
qui la précèdent. Mais un préjugé se détruit avec peine. Selon ces idées, que Pythagore fit
naître par ses singulières rêveries sur les nombres, notre tempérament éprouve tous les sept
ans une révolution complète. Quelques-uns disent même qu'il se renouvelle entièrement.
D'autres prétendent que ce renouvellement n'a lieu que tous les neuf ans ; aussi les années
climatériques se comptent par sept et par neuf. Quarante-neuf et quatre-vingt-un sont
des années très importantes, disent les partisans de cette doctrine ; soixante-trois est
l'année la plus fatale, parce que c'est la multiplication de sept par neuf. Un Normand
disait :
« Encore un des miens pendu à quarante-neuf ans ! et qu'on dise qu'il ne faut pas se méfier
des années climatériques ! »
On ne doit pourtant pas porter trop loin, dit M. Salgues, le mépris de la période septenaire,
qui marque en effet les progrès du développement et de l'accroissement du corps humain.
Ainsi généralement, les dents de l'enfance tombent à sept ans, la puberté se manifeste
à quatorze, le corps cesse de croître à vingt-un. Mais cette observation n'est pas
complètement exacte.