ARISTÉE
Charlatan de l'île de Proconèse, qui vivait du temps de Crésus. Il disait que son âme
sortait de son corps quand il voulait, et qu'elle y retournait ensuite. Les uns content
qu'elle s'échappait, à la vue de sa femme et de ses enfants, sous la figure d'un cerf, Wierus
dit sous la figure d'un corbeau.
Hérodote rapporte, dans son quatrième livre, que cet Aristée, entrant un jour dans la boutique
d'un foulon, y tomba mort ; que le foulon courut avertir ses parents, qui arrivèrent pour
le faire enterrer. Mais on ne trouva plus le corps. Toute la ville était en grande surprise,
quand des gens qui revenaient de quelque voyage assurèrent qu'ils avaient rencontré Aristée
sur le chemin de Crotone. Il paraît que c'était une espèce de vampire. Hérodote ajoute
qu'il reparut au bout de sept ans à Proconèse, y composa un poème et mourut de nouveau.
Leloyer, qui regarde Aristée comme un sorcier à extases, cite une autorité d'après laquelle,
à l'heure même où ce vampire disparut pour la seconde fois, il aurait été transporté
en Sicile et s'y serait fait maître d'école.
Il se montra encore trois cent quarante ans après, dans la ville de Métaponte, et il y fit
élever des monuments qu'on voyait du temps d'Hérodote. Tant de prodiges engagèrent
les Siciliens à lui consacrer un temple, où ils l'honoraient comme un demi-dieu.