AUMÔNE
Le peuple croit en Angleterre que, pour les voyageurs qui ne veulent pas s'égarer
dans leur route, c'est une grande imprudence de passer auprès d'une vieille femme
sans lui donner l'aumône, surtout quand elle regarde en face celui dont elle sollicite
la pitié.
Nous rapporterons sur l'aumône une anecdote qui ne tient pourtant pas aux superstitions.
C'est celle de cet excellent père Bridaine, missionnaire toujours pauvre, parce qu'il donnait
tout. Un jour il alla demander à coucher au curé d'un village qui n'avait qu'un lit
et qui le lui fit partager. Le père Bridaine se leva au point du jour, selon son usage,
pour aller prier à l'église. En sortant du presbytère, il trouva un pauvre mendiant
qui lui demanda l'aumône.
« Hélas ! mon ami, je n'ai plus rien », répondit le bon prêtre, en touchant cependant
son gousset, où il fut très étonné de sentir quelque chose ; car il n'y avait rien laissé.
Il fouille vivement, tire un petit rouleau de quatre écus, crie miracle, donne le rouleau
au mendiant et court remercier Dieu.
Au bout d'un instant, le curé arrive : le père Bridaine, dans l'obscurité, avait mis
la culotte du curé pour la sienne. Les quatre écus étaient le bien, le seul trésor peut-être
du pauvre bon curé. Mais le mendiant avait disparu ; il fallut bien qu'il se consolât
de la perte de son argent, et le père Bridaine de la perte de son petit miracle.
Une aventure semblable a été attribuée à un curé de Bruxelles au dix-septième siècle.