AURORE BORÉALE
Espèce de nuée rare, transparente, lumineuse, qui paraît la nuit du côté du nord.
On ne saurait croire, dit Saint-Foix, sous combien de formes l'ignorance et la superstition
des siècles passés nous ont présenté l'aurore boréale. Elle produisait des visions différentes
dans l'esprit des peuples, selon que ces apparitions étaient plus ou moins fréquentes,
c'est-à-dire, selon qu'on habitait des pays plus ou moins éloignés du pôle. Elle fut d'abord
un sujet d'alarmes pour les peuples du nord ; ils crurent leurs campagnes en feu et l'ennemi
à leur porte. Mais ce phénomène devenant presque journalier, ils s'y sont accoutumés.
Ils disent que ce sont des esprits qui se querellent et qui combattent dans les airs.
Cette opinion est surtout très accrédités en Sibérie.
Les groenlandais, lorsqu'ils voient une aurore boréale, s'imaginent que ce sont les âmes
qui jouent à la boule dans le ciel, avec une tête de baleine.
Les habitants des pays qui tiennent le milieu entre les terres arctiques et l'extrémité
méridionale de l'Europe n'y voient que des sujets tristes ou menaçants, affreux ou terribles ;
ce sont des armées en feu qui se livrent de sanglantes batailles, des têtes hideuses séparées
de leur tronc, des chars enflammés, des cavaliers qui se percent de leurs lances. On croit
voir des pluies de sang ; on entend le bruit de la mousqueterie, le son des trompettes,
présages funestes de guerres et de calamités publiques.
Voilà ce que nos pères ont aussi vu et entendu dans les aurores boréales. Faut-il s'étonner,
après cela, des frayeurs affreuses que leur causaient ces sortes de nuées quand elles
paraissaient ?
La Chronique de Louis XI rapporte qu'en 1465 on aperçut à Paris une aurore boréale, qui fit
paraître toute la ville en feu. Les soldats qui faisaient le guet en furent épouvantés
et un homme en devint fou. On en porta la nouvelle au roi, qui monta à cheval et courut
sur les remparts. Le bruit se répandit que les ennemis qui étaient devant Paris se retiraient
et mettaient le feu à la ville. Tout le monde se rassembla en désordre, et on trouva que
ce grand sujet de terreur n'était qu'un phénomène.