BERTHOMÉE DE LA BEDOUCHE — BONNEVAULT
Un sorcier poitevin du seizième siècle, nommé Pierre Bonnevault, fut arrêté parce
qu'il allait au sabbat. Il confessa que la première fois qu'il y avait été mené par
ses parents, il s'était donné au diable, lui permettant de prendre ses os après sa mort ;
mais qu'il n'avait pas voulu donner son âme. Un jour, venant de Montmorillon où il avait
acheté deux charges d'avoine qu'il emportait sur deux juments, il entendit des gens d'armes
sur le chemin ; craignant qu'ils ne lui prissent son avoine, il invoqua le diable qui vint
à lui comme un tourbillon de vent et le transporta avec ses deux juments à son logis.
Il avoua aussi qu'il avait fait mourir diverses personnes avec ses poudres ; enfin il fut
condamné à mort.
Jean Bonnevault, son frère, fut aussi accusé de sorcellerie ; et le jour du procès, devant
l'assemblée, il invoqua le diable qui l'enleva de terre environ quatre ou cinq pieds,
et le laissa retomber sur le carreau comme un sac de laine sans aucun bruit, quoiqu'il eût
aux pieds des entraves. Étant relevé par deux archers, on lui trouva la peau de couleur
bleue tirant sur le noir ; il écumait et souffrait beaucoup. Interrogé là-dessus,
il répondit qu'ayant prié le diable de le tirer de peine, il n'avait pu l'enlever, attendu
que, comme il avait prêté serment à la justice, le diable n'avait plus pouvoir sur lui.
Mathurin Bonnevault, parent des deux precédents, accusé comme eux de sorcellerie, fut visité
par experts. On lui trouva sur l'épaule droite une marque de la figure d'une petite rose,
dans laquelle on planta une longue épingle, sans qu'il en ressentît aucune douleur,
d'où on le jugea bien sorcier. Il confessa qu'ayant épousé en premières noces Berthomée
de la Bédouche, qui était sorcière comme ses père et mère, il l'avait vue faire sécher
au four des serpents et des crapauds pour des maléfices ; qu'elle le mena alors au sabbat
et qu'il y vit le diable, ayant des yeux noirs, ardents comme une chandelle. Il dit que
le sabbat se tenait quatre fois l'an : la veille de la Saint-Jean-Baptiste, la veille
de Noël, le mardi-gras et la veille de Pâques. On le convainquit d'avoir fait mourir
sept personnes par sortilèges ; se voyant condamné, il avoua qu'il était sorcier depuis
l'âge de seize ans. Il y aurait de curieuses études à faire sur tous ces procès, si nombreux
pendant les troubles de la réforme.