BORDELON (LAURENT)
Né à Bourges en 1653, mort en 1730 ; écrivain médiocre, qui toutefois savait beaucoup
de choses et s'était occupé de recherches sur les superstitions, les sciences occultes
et les erreurs populaires. Il est fâcheux qu'il ait écrit si pesamment. On achète encore
ses entretiens sur l'Astrologie judiciaire, qui sont curieux. Le plus connu de ses ouvrages
— et il a été réimprimé plusieurs fois — est intitulé : Histoire des imaginations
extravagantes de Monsieur Oufle, causées par la lecture des livres qui traitent de la magie,
du grimoire, des démoniaques, sorciers, loups-garous, incubes, succubes et du sabbat,
des fées, ogres, esprits, follets, génies, fantômes et autres revenants des songes,
de la pierre philosophale, de l'astrologie judiciaire, des horoscopes, jours heureux
et malheureux, éclipses, comètes et almanachs ; enfin de toutes les sortes d'apparitions,
de divinations, de sortilèges, d'enchantements et d'autres superstitieuses pratiques.
On voit par ce titre, que nous avons copié tout entier, que l'auteur avait pris un cadre
assez vaste. Dans ses deux volumes in-12° ornés de figures, il s'est trouvé à l'étroit ;
et son travail, qui se modèle un peu sur le Don Quichotte, n'est recherché que pour
les notes, très nombreuses, lesquelles valent mieux que le texte.
Nous citerons pourtant deux fragments de ce livre singulier.
Monsieur Oufle, devenu loup-garou
Monsieur Oufle avait une femme, deux fils, dont l'aîné était abbé et le cadet financier,
deux filles et un frère marié. Madame Oufle, espèce d'esprit fort, contrairement
aux inclinations ordinaires des personnes de son sexe, formait un contraste frappant
avec son mari, qui adoptait sans restriction les opinions d'une foule de savants
sur la magie et la sorcellerie ; sur les spectres et les fantômes, les loups-garous,
les esprits follets, les fées, les ogres, l'astrologie judiciaire, les divinations,
les apparitions, etc. L'abbé Doudou, fils aîné de M. Oufle, faisait un mélange très mal
assorti de science et de crédulité. Il croyait que tout ce qu'il trouvait d'extraordinaire
dans les livres était vrai, ne se pouvant persuader que l'on fût d'assez mauvaise foi
pour faire imprimer des choses surprenantes, si elles n'étaient pas véritables ; et le peu
qu'il avait de doctrine ne lui servait qu'à trouver dans son esprit des preuves forcées
de possibilité pour tout ce qu'il voulait absolument croire. Sansugue, le second fils, avait
pris le parti de la finance et ne cherchait que les moyens et les occasions de s'enrichir.
Quand on lui parlait des diables qui faisaient trouver des richesses, l'eau lui en venait
si fort à la bouche ; qu'il ne les aurait pas renvoyés, malgré les formes épouvantables dont
on se sert pour les représenter. Il n'était pas si crédule sur l'apparition des âmes
des défunts, parce que, disait-il, ces fantômes de morts ne paraissent d'ordinaire que pour
faire des demandes aux vivants, ou pour donner des frayeurs qui n'aboutissent qu'à glacer
le sang de ceux qui les voient. Venons à ses deux filles.
L'aînée, nommée Camèle, croyait tout ce que lui disait son père quand il lui parlait
et ensuite elle n'en croyait rien quand elle s'était entretenue avec sa mère.
Ruzine, la cadette, s'accommodait, comme sa sœur, au goût de son père et de sa mère ;
mais ce que celle-ci faisait par simplicité ; celle-là le faisait par artifice ; c'était
une fine mouche, qui jouait, en quelque manière, toute sa famille.
Noncrède, frère de M. Oufle, passait dans l'esprit de tous ceux qui le connaissaient,
pour un homme plein de sagesse et de probité, mais qui adoptait peut-être trop facilement
les opinions téméraires des prétendus philosophes. Il faisait à son frère et à l'abbé
Doudou, son neveu, une guerre continuelle sur leur confiance et leur penchant en matière
d'apparitions et de sortiléges. Après avoir dépeint les caractères, venons sur-le-champ
aux aventures.
Il y a longtemps qu'on parle des loups-garous : les anciens et les modernes en rapportent
grand nombre d'histoires qui passaient, dans l'esprit de M. Oufle, pour incontestables.
ll ne doutait point qu'il n'y eût des familles entières où il y avait toujours quelqu'un
qui devenait loup-garou ; qu'on le devenait aussi quelquefois en mangeant les entrailles
d'un enfant sacrifié. Il croyait encore fermement qu'on pouvait se changer en chat,
en cheval, en arbre, en bœuf, en vipère, en mouche, en vache ; enfin indifféremment
en toutes sortes de formes.
Il croyait avec la même certitude qu'il n'était pas difficile de faire ce changement
sur d'autres ; que l'on pouvait changer, par exemple, un marchand de vin en grenouille.
Il ne trouvait aucune difficulté à ces transmutations, parce qu'il avait lu qu'elles avaient
été exécutées. Il croyait que des roses pouvaient rendre la première forme à ceux
qui avaient subi ces transformations.
Un des jours de carnaval, M. Oufle donna à souper à toute sa famille et à quelques-uns
de ses amis. On y mangea abondamment, on y but de même ; car il ne laissait pas d'aimer
la bonne chère et la joie, à condition pourtant qu'on ne renverserait point de salière,
qu'on ne mettrait point de couteaux en croix, qu'on ne serait point treize à table. Il mit
ce soir-là tout le monde en train : pour exciter à boire, il portait continuellement
des santés, satisfaisait à celles qu'on lui portait ; de sorte qu'il prit plus de vin
que sa tête n'en pouvait porter.
Après le repas tous se retirèrent très contents les uns des autres. M. Oufle fit
de son mieux les honneurs du départ de ses hôtes et gagna ensuite sa chambre. Sansugue,
aussitôt qu'il fut rentré chez lui, prit un de ses habits de masque, dont il avait grand
nombre, et alla courir le bal avec d'autres jeunes gens qui l'attendaient.
Mais à peine M. Oufle se fut-il retiré, qu'il lui prit une de ses inquiétudes
qui ne permettent pas que l'on reste en place, sans qu'on puisse dire pourquoi on se met
en mouvement. Après s'être promené quelque temps dans sa chambre, il en sort et cela
seulement pour en sortir ; il monte un escalier ; passant devant l'appartement de Sansugue,
qu'il trouve ouvert, il y entre, ou pour savoir s'il y était, où pour jaser avec lui.
N'y trouvant personne, mais seulement les habits de masque que son fils avait oublié
de serrer, il en remarqua un fait exprès pour se déguiser en ours ; il le considéra
attentivement. Il était fait de peaux d'ours avec leur poil, cousues de manière
qu'elles donnaient, depuis la tête jusqu'aux pieds, la ressemblance de cet animal à celui
qui en était couvert. Après l'avoir retourné, il lui vint dans l'esprit de s'en servir
pour faire une plaisanterie à sa femme. Cette plaisanterie était de vêtir cet habit
et ensuite de lui aller faire peur. On ne peut croire combien il s'applaudissait à lui-même
d'avoir imaginé cette gaillarde supercherie. Mais son idée eut un succès différent de celui
qu'il s'en promettait.
Il prit donc cet habit, l'emporta dans sa chambre, s'en couvrit et puis alla très doucement
vers l'appartement de sa femme, pour y jouer le rôle que l'occasion et son imagination
lui avaient fait inventer. Comme il était près de commencer la scène, il entendit du bruit
et reconnut que la femme de chambre de madame Oufle était encore avec elle. Ce contre-temps
le chagrina ; cependant il ne quitta point son dessein, il retourna sur ses pas et rentra
chez lui, pour y attendre que cette fille fût partie, afin de faire plus sûrement son coup ;
et pour s'amuser et se désennuyer, après s'être assis devant le feu, il prit sur une table
le premier livre qui se trouva sous sa main : c'était la Démonomanie de Bodin ; il l'ouvre
et tombe par hasard sur un endroit qui traitait des loups-garous. il passa environ
une demi-heure dans cette lecture et dans celle de quelques autres sujets analogues. Enfin,
le vin, le feu et la situation tranquille où il était, l'assoupirent et le plongèrent
insensiblement dans un sommeil si profond, qu'il ne songeait plus à ce qu'il avait fait,
ni à ce qu'il avait résolu de faire.
Madame Oufle, qui n'avait aucun soupçon de ce qu'on machinait contre elle, ne manqua pas,
comme on juge bien, de se coucher et de dormir de son côté aussi tranquillement
que son mari.
La femme de chambre, dont on vient de parler, avait son logement au-dessus de l'appartement
de M. Oufle ; comme elle s'était peut-être trop ressentie de la fête à la seconde table,
qu'elle ne se souciait pas de respecter le sommeil de son maître, ou par un hasard tout
à fait imprévu, un vase qu'elle tenait à la main tomba par terre et fit si grand bruit,
que M. Oufle en fut éveillé en sursaut. Il se lève tout troublé de dessus sa chaise ;
et comme il se trouvait vis-à-vis la cheminée, sur laquelle il y avait une glace, il se vit
dans cette glace avec l'habit d'ours dont il était revêtu. Et ainsi, le vin et le feu
qui lui avaient échauffé la tête, son sommeil interrompu si subitement, l'habit
qu'il se voyait sur le corps, tout cela joint avec la lecture qu'il venait de faire,
lui causa un tel bouleversement dans la cervelle, qu'il se crut être véritablement, non pas
un ours, mais un loup-garou. Ce bouleversement était si fort, qu'il avait entièrement
détruit la mémoire de l'endroit où il avait trouvé l'habit ; et de l'usage qu'il avait
projeté d'en faire ; il ne lui resta que l'idée de sa prétendue transmutation en loup,
avec le dessein d'aller courir les rues, d'y hurler de son mieux, d'y mordre et de mettre
en pratique tout ce qu'il avait ouï dire que les loups-garous avaient coutume de faire.
Il part donc sans différer, sort dans la rue et commence à hurler d'une manière
effroyable.
Il est bon de faire remarquer que c'était un homme grand, gros, robuste, bien empoitraillé
et dont la voix était naturellement haute, ferme et tonnante. La poussant pendant la nuit
aussi loin qu'elle pouvait aller avec les tons effroyables qui accompagnent d'ordinaire
les hurlements, on ne doit pas douter que quand il hurlait il n'effrayât tous ceux qui
l'entendaient. En effet, il en fit la première expérience sur une sérénade qui bruissait
dans la première rue qu'il parcourut. Quand les musiciens entendirent un des hurlements
de M. Oufle, la terreur que leur inspira cette horrible symphonie, à laquelle
ils ne s'attendaient pas, glaça leur sang de telle sorte que, demeurant immobiles,
ils firent tous en même temps une pause. Ils écoutèrent pour connaître d'où pouvait venir
une voix si extraordinaire ; le loup-garou se mit à hurler encore plus fort et s'approcha
d'eux, ils le prirent tous pour ce qu'il pensait être lui-même et s'enfuirent de toutes
leurs forces.
En ce moment quatre jeunes gens, qui depuis peu de temps étaient délivrés de la vie gênante
des collèges, sortant du cabaret, où ils avaient vidé plus de bouteilles que leurs petites
têtes n'étaient capables d'en porter, venaient d'imaginer un projet qui leur paraissait
héroïque. C'était de se donner de grands mouvements, pour arracher les cordes des sonnettes,
pour ôter les marteaux des portes ; ou, s'ils n'en pouvaient venir à bout, de sonner,
de heurter de toutes leurs forces, de déranger les bornes, de briser les sièges de pierre,
de brouiller des serrures et de faire d'autres actions aussi dignes de leur courage
et de leur valeur. Quand ils avaient arraché le marteau d'une porte, ils auraient hardiment
fait assaut de gloire avec les généraux d'armée les plus sages et les plus intrépides,
tant ils étaient pénétrés de leur mérite.
Le soir donc que notre loup-garou faisait des siennes, ces guerriers nocturnes et vineux
faisaient aussi des leurs et comme ils se rendaient compte les uns aux autres de leurs faits
et gestes et qu'ils en montraient les marques et les preuves, M. Oufle, que son chemin
conduisait à eux, se mit à hurler. Nos héros de bouteille, devenus plus sages, ou plus
timides, songent à reculer à mesure que la bête s'approchait d'eux ; et comme
elle continuait de venir à grands pas de leur côté et que la peur la leur fit paraître
avec des dents d'une longueur effroyable, ils prirent le parti de la fuite, bien résolus
de courir si fort qu'elle ne pourrait pas les atteindre.
Après avoir parcouru quelques rues, M. Oufle s'arrêta, apparemment pour se reposer devant
une maison, où plusieurs personnes jouaient gros jeu. Je ne sais par quelle fantaisie
il s'obstina à hurler plus fort et plus souvent qu'il n'avait encore fait : un coup
n'attendait presque pas l'autre, tant ses hurlements étaient promptement répétés.
Les joueurs l'entendirent ; ceux qui perdaient parurent n'y faire pas grande attention ;
ceux qui gagnaient furent plus inquiets et plus troublés. Un des joueurs sort l'épée
à la main, afin de chasser le loup-garou ; mais dès qu'il le vit dans la rue, la frayeur
le saisit ; il rentre, ferme la porte avec tous les verrous qu'il peut trouver, souhaitant
même pour sa sûreté qu'il y en eût encore davantage ; il se tint quelque temps
sur l'escalier pour rappeler ses esprits et ne paraître pas si effrayé. Heureusement
pour lui, M. Oufle prit parti ailleurs. On ne tombera point dans une description exacte
de toutes les frayeurs qu'il fit cette nuit-là en qualité de loup-garou ; on passe
sous silence les petites aventures pour s'arrêter seulement à une de plus grande importance
que voici.
Un homme de considération courant la poste dans une chaise, étant escorté de deux cavaliers
qui couraient avec lui, trouva dans son passage le loup-garou. Les chevaux reculent
si promptement et se cabrent de telle sorte, qu'ils renversent les cavaliers par terre.
L'homme de la chaise voyant la bête, sort avec précipitation : le loup se jette tantôt
sur l'un, tantôt sur l'autre, puis sur les chevaux, sans leur faire pourtant d'autre mal
que de la peur. Après les avoir houspilllés à son aise — car ils étaient si effrayés
que pas un n'eut le courage de se défendre — il se met à hurler, comme s'il eût voulu
chanter la victoire qu'il venait de remporter. Les chevaux cependant prennent le mors
aux dents et s'enfuient avec tant de légèreté, même ceux qui traînaient la chaise,
qu'on aurait cru qu'ils sortaient de l'écurie et qu'il y avait plus d'un mois
qu'ils n'avaient marché. Les hommes de leur côté ne furent pas moins diligents à courir,
et M. Oufle à les suivre. Enfin ils se jettent tous dans une allée qu'ils trouvèrent
ouverte et ferment la porte sur eux. Le loup, qui n'avait pu entrer avec eux dans
cette allée, hurle plusieurs fois de toutes ses forces ; une infinité de têtes en bonnet
et en cornettes de nuit paraissent aux fenêtres, avec des bras avancés dehors, tenant
une chandelle pour voir ce qui causait un aussi grand fracas ; mais toutes ces têtes
se retirent bien vite ; et malheureusement une se trouva prise sous un châssis qui tomba,
parce que celui qui l'avait levé ne s'était pas donné le temps de l'arrêter. Cette pauvre
tête criait épouvantablement et autant que le patient pouvait pousser d'air pour respirer ;
le loup-garou répondait à cette voix plaintive par des hurlements ; ce qui faisait la plus
horrible musique du monde ; on n'avait jamais entendu un pareil duo. Personne n'osait plus
ouvrir sa fenêtre et regarder dans la rue, parce qu'entendant les cris de ce voisin affligé,
on croyait que c'était la bête qui avait grimpé et qui le tenait à la gorge. Par bonheur,
le valet de cette tête, dont le cou était à moitié étranglé, étant entré dans la chambre,
voit son maître dans cette douloureuse situation, lève promptement le châssis et le délivre
du supplice que lui avait causé sa curiosité funeste.
Que de bruits se répandirent pendant plusieurs jours au sujet de ce loup-garou !
que de contes on en fit ! comme il avait parcourut presque toute la ville, il avait été
entendu par une infinité de gens, dont la plupart furent plus que jamais persuadés
qu'il y avait véritablement des loups-garous. On ne peut croire combien on fit de fausses
histoires à cette occasion. Ceux qui n'avaient pas osé ouvrir leurs fenêtres pour le voir
étaient des premiers à assurer qu'ils l'avaient vu, traînant des chaînes d'une grosseur
et d'une longueur prodigieuses et si grand que sa tête atteignait presque jusqu'aux premiers
étages ; car, comme dit le proverbe, on n'a jamais vu de petit loup ; on veut toujours
persuader que ceux que l'on trouve sont d'une grandeur démesurée et cela apparemment
parce que l'on proportionne son étendue à celle de la crainte que l'on a. D'autres
assuraient qu'on lui avait coupé une patte en se défendant contre ses violences ;
que, comme c'était un sorcier changé en loup, on l'avait le lendemain trouvé dans son lit,
sans main, et qu'on lui allait faire son procès. Il avait dévoré la tête d'une fille
de dix-huit ans prête à se marier ; son futur, après avoir donné plusieurs coups d'épée
au loup, était tombé mort de douleur sur la place. Dans un autre quartier, on faisait
des lamentations sur un ecclésiastique qui, étant en chemin pour assister un mourant, avait
été obligé de s'en retourner chez lui, parce que le loup l'avait poursuivi ; de sorte que
le malade était mort sans secours. Selon quelques-uns, un courrier avait été arraché
de dessus son cheval, et sa valise avec toutes ses lettres avaient été déchirées par
cette furieuse bête. Il y en avait encore qui protestaient pour l'avoir ouï dire par
des gens très dignes de foi, que le loup-garou était entré dans un bal, qu'il y avait dansé
et qu'ensuite il s'était jeté sur plusieurs femmes dont il avait déchiré le visage. D'autres
niaient qu'on eût blessé le loup-garou, prétendant que ces sortes de sorciers sont
invulnérables. On voulait encore qu'il eût couru plusieurs nuits de suite. Enfin chaque rue
avait son histoire.
La vérité est que M. Oufle fut ramassé enfin par une patrouille qui le ramena chez lui.
Visions et terreurs de M. Oufle
M. Oufle, l'esprit toujours rempli de diables et de diableries, s'était imaginé que
les diables le suivaient partout et lui apparaissaient sous je ne sais combien de formes
différentes.
En conséquence, ayant pris dessein de faire faire des tablettes magnifiques, pour y placer
dignement les livres sur la démonomanie dont la lecture faisait sa principale et sa plus
agréable occupation, il envoya quérir un menuisier des plus habiles de sa profession, pour
lui exposer son dessein et le lui faire exécuter. Cet homme vint le trouver sur-le-champ,
il était suivit d'un gros chien barbet ; ce qui n'est pas extraordinaire ; la plupart
des artisans se font une coutume de nourrir des chiens pour leur amusement.
Le menuisier étant entré dans le cabinet de M. Oufle, celui-ci jetant plutôt la vue
sur le chien que sur le maître, parut d'abord tout stupéfié et comme immobile. Il fut
longtemps sans parler, mais ayant toujours la vue attachée sur le chien. L'ouvrier ne savait
que penser du silence profond, de l'étonnement et de l'immobilité de celui qui l'avait
envoyé chercher avec tant d'empressement, qu'il semblait que difficilement pouvait-il
arriver assez tôt pour sa satisfaction.
Il lui demanda enfin ce qu'il souhaitait de son service. Point de réponse ; on ne parlait
que des yeux, encore n'était-ce qu'au chien. Le menuisier s'impatientant enfin de voir
une taciturnité si obstinée :
« Est-ce, lui dit-il, monsieur, que vous m'avez fait venir seulement pour regarder
mon chien ? Vous n'aviez qu'à me le demander, je n'aurais pas pris la peine de venir ;
je vous l'aurais envoyé avec la liberté de le regarder à votre aise, tant que vous auriez
voulu, sans qu'il vous en eût coûté un sou. »
M. Oufle, qui n'avait regardé avec tant d'attention ce chien, que parce qu'il lui était venu
dans l'esprit, par le ressouvenir de ses lectures, que ce pauvre animal était un diable
et qu'il se croyait en quelque manière insulté par l'artisan, rompit enfin le silence,
en élevant la voix avec fureur, pour lui dire qu'il était un magicien qui lui amenait
un démon pour le tourmenter et mettre le désordre chez lui.
Jamais surprise ne fut pareille à celle du menuisier. Comme il ne connaissait pas la folie
de ce pauvre homme, il repoussa ce reproche par un ton de voix qui n'était pas moins élevé
que celui dont on venait de se servir.
M. Oufle répliqua avec le même emportement, mais cependant n'ôtant point du tout sa vue
de dessus le chien, tant il craignait qu'il ne l'attaquât et le mit en pièces.
Le chien de son côté, qui semblait entendre finesse et connaître ce qu'on s'imaginait
de lui, se tenant à côté de son maître, la tête alerte et élevée, regardait M. Oufle
avec autant d'attention qu'il en était regardé. On aurait dit, à le voir, qu'il était
émerveillé de l'extravagance qu'on faisait paraître à son occasion.
Ces deux hommes cependant s'animaient si fort l'un contre l'autre, qu'ils semblaient entrer
dans une prochaine disposition de ne s'en pas tenir à des paroles, pour marquer
leur ressentiment. En effet, M. Oufle s'approcha du menuisier et le poussa rudement pour
le chasser de chez lui. Le barbet se mit à aboyer d'une grande force, témoignant
à son maître qu'il était prêt à le bien défendre ; de sorte que M. Oufle, menaçant
avec fureur le menuisier, le menuisier répondant aux menaces sur le même ton et le chien
aboyant sans relâche, il se faisait un vacarme épouvantable dans cette chambre.
Camèle qui entendit tous ces différents cris, vint à la porte pour mieux connaître ce qui
se passait ; mais croyant qu'on égorgeait son père, et n'ayant pas assez de hardiesse
pour entrer, elle appelle au secours sa sœur Ruzine et le valet Mornand, parce
qu'ils étaient plus à portée que les autres pour l'entendre. Ils montent
avec précipitation ; ils la trouvent presque évanouie de frayeur ; et comme ils entendent
le même bruit qui l'avait épouvantée, ils ouvrent la porte avec une telle violence que
les trois combattants en furent eux-mêmes effrayés.
M. Oufle leur crie aussitôt, en montrant le chien, qu'ils se donnassent bien de garde
de l'approcher, parce que c'était un diable. L'artisan se tourmente pour leur prouver que
ce n'était point un diable, mais un chien, un chien véritable, un chien fait comme
les autres, qu'il l'a élevé fort petit et qu'il y a plus de trois ans qu'il mange
de son pain, sans qu'il ait paru qu'il y eût la moindre diablerie dans sa conduite.
Le chien n'aboyait plus, il ne disait pas un mot, comme s'il eût voulu donner à son maître
tout le temps qui lui était nécessaire pour détruire l'atroce médisance qu'on faisait de lui
et pour bien entendre un éloge qu'il croyait mériter. Mais M. Oufle soutenait toujours,
sans en vouloir démordre, que c'était un vrai diable qui avait pris la forme d'un chien.
Ruzine fit signe au menuisier de se taire, lui dit tout bas que son père haïssait tant
les chiens, qu'il ne pouvait pas plus les souffrir que des démons et enfin l'engagea
à se retirer sans bruit.
Camèle, qui crut que ce chien était véritablement un diable, parce que son père l'avait dit
et que Mornand paraissait le croire, alla tout effarée trouver sa mère et l'assurer
qu'un magicien déguisé en menuisier, avait amené chez son père un diable sous la forme
d'un chien d'une laideur effroyable et qui faisait des cris horribles.
Madame Oufle jugea bien que cette histoire n'était que l'effet d'une imagination exaltée.
Elle se la fit conter par Ruzine et Mornand ; et ils ne manquèrent pas de la confirmer
dans le jugement qu'elle avait fait. On laissa M. Oufle en repos, quelque envie qu'on eût
de raisonner avec lui pour le tirer de son erreur ; comme on avait souvent expérimenté
qu'on ne gagnait rien sur son esprit, on aima mieux ne lui en point parler. Camèle,
de son côté, après que sa mère lui eut parlé, ne crut plus que ce chien était un diable ;
car la bonne fille croyait et décroyait avec une égale facilité.
Le menuisier ne manqua pas de raconter cette bizarre aventure ; elle devint si publique que
presque tout le monde en parlait dans la ville. Pour peu qu'on en vît quelqu'un qui eût
une mauvaise physionomie, on s'imaginait y trouver quelques traits des malins esprits
— car le vulgaire a de la peine à se persuader que les diables n'aient pas des corps
visibles et sensibles en différentes manières — et cela est si vrai, qu'il y eut bien
des femmes qui ne souffraient plus qu'avec une certaine répugnance des chiens
qu'elles avaient tendrement aimés.
Si un chien s'avisait de hurler la nuit, c'était pour elles un loup-garou, un démon
que quelque magicien envoyait courir les rues, pour maltraiter les passants ou tordre le cou
à ceux qui seraient assez imprudents pour regarder par la fenêtre. Il y eut plusieurs
personnes qui n'approchaient du chien du menuisier qu'avec crainte et qui prenaient autant
de précautions en le voyant que s'ils avaient vu le diable.
M. Oufle se persuada encore, parce qu'il l'avait lu, que parmi les pourceaux, il y en avait
beaucoup qui étaient de vrais diables. Quand il en voyait un, il frémissait d'horreur.
Pendant tout le temps que durèrent ces imaginations, il ne voulut point manger de la chair
de ces animaux, quoique auparavant elle fût fort de son goût.
Leur épouvantable figure, disait-il, n'est-elle pas véritablement diabolique ? Leurs cris
sont-ils moins effroyables que ceux des diables qui tourmentent les damnés dans les enfers ?
N'avons-nous pas vu souvent dans des spectacles les diables armés de vessies de cochon
tendues et enflées dont ils se servaient pour battre et pour faire peur ? Le plaisir que
ces animaux prennent à se plonger dans l'ordure, n'est-ce pas parce que le diable n'aime
rien tant que la vilénie et l'impureté ?
Toute puanteur était pour lui une preuve de la présence de quelque démon ; et quand
il satisfaisait à ses indispensables nécessités naturelles, il était dans de continuelles
alarmes, tant il craignait que quelque diable, habitant selon lui du lieu où il était,
ne profitât de sa situation pour le tourmenter. Aussi n'y restait-il que le moins de temps
qu'il pouvait et n'y allait-il que quand il ne lui était plus possible de s'en défendre.
En même temps, rien n'égalait la frayeur qu'il avait des mouches ; il prétendait encore
que le diable apparaissait souvent sous la forme de ces insectes ; il ne voulait souffrir
aucun fruit sur sa table, de peur qu'il ne les attirât. Quelqu'un lui en ayant fait
considérer une dans un microscope, quand il vit ses cornes, sa trompe, ses yeux de couleur
de pourpre, ses jambes velues, les pinces de ses pieds, enfin tout son corps ensemble,
représentant une figure qui paraissait d'autant plus hideuse qu'il ne s'était jamais
persuadé qu'elle fût telle qu'il la voyait, il la trouva très propre pour devenir la demeure
d'un diable. Il avait la même opinion des papillons ; et malheur à ceux qui se trouvaient
à sa portée : il ne les épargnait pas.
Il se défiait encore des enfants que portaient les gueux, pour exciter les passants
à leur faire des aumônes. Une histoire rapportée dans un de ses livres, où l'on veut
persuader que le diable était un jour sous la figure d'un de ces enfants, lui donnait
cette défiance. C'est pour la même raison qu'il était fort circonspect quand il prenait
un valet ou une servante à son service ; il en faisait auparavant plusieurs exactes
informations, afin qu'étant bien instruit de leur conduite, il ne se mit point en danger
de se faire servir par quelque démon.
Si quelqu'un qui ne le connaissait point l'appelait par son nom, un soupçon de diablerie
s'emparait aussitôt de son esprit ; il prétendait encore être autorisé en cela
par des exemples.
Il se lassa enfin de ces prétendues persécutions. Ses livres vinrent à son secours,
pour le garantir des tourments qu'il craignait du pouvoir et des artifices de ces mauvais
esprits.
La première ressource dont il s'avisa est celle qu'on attribue à la racine baaras,
qu'on assure avoir la vertu de chasser les mauvais esprits. Il ne la mit pourtant pas
en usage, car il lui fut impossible de la trouver. Les herboristes, loin de la lui fournir,
ne la connaissaient point du tout et n'en savaient pas même le nom. C'est peut-être
qu'elle n'a point eu d'autre existence que dans les livres qui en ont parlé ; aussi, bien
qu'une certaine pierre qui se trouve, dit-on, dans le Nil, et qu'il souhaitait extrêmement
avoir pour le même sujet. Quoi qu'il en soit, il s'en consola d'autant plus aisément
qu'il avait, disait-il, en lui-même des moyens qui ne lui pouvaient pas manquer pour arriver
à ses fins.
Le premier, c'était de se servir d'une épée : ses lectures lui ayant appris qu'il n'y a rien
que les diables craignent tant que des épées dégainées et mises en mouvement. Non content
de celle qu'il' avait, parce que ce n'était que ce qu'on appelle un petit couteau,
il en acheta de longues, larges et de la meilleure trempe. De temps en temps il en faisait
dans sa maison un exercice qui étonnait singulièrement ceux qui le rencontraient dans
ce manège ; et afin d'être plus sûr de remporter de si belles victoires, il mettait
à son doigt un gros diamant avant que d'armer sa main d'une épée. La raison
de cette précaution, c'est qu'un de ses auteurs l'avait assuré que les démons trouvent
les diamants insupportables. Il ajouta aux épées et au diamant, toujours par le conseil
de ses livres, plusieurs coqs qu'il fit élever et nourrir dans sa maison, sans dire
à personne pourquoi il s'était avisé de faire une telle ménagerie. Mais sa femme, voyant
chez elle tant de coqs inutiles, s'avisa aussi de son côté, comme une bonne ménagère,
de leur donner plusieurs poules ; afin de se dédommager du bruit que faisaient les coqs,
par l'utilité qu'elle pourrait tirer des poules. Ce mélange, que M. Oufle voulut bien
souffrir parce qu'il ne pouvait l'empêcher sans donner par sa résistance occasion
à quelques troubles dans sa famille, l'inquiéta pourtant.
Afin donc qu'il n'eût point sujet de se reprocher d'avoir rien négligé des instructions
que lui donnait sa bibliothèque, pour empêcher les démons de le tourmenter et
de lui apparaître, il mit encore en usage tout ce qu'il put apprendre. Il eut sur lui
de l'herbe qu'on appelle armoise ; il se servit de celle que l'on nomme verveine ;
il chercha deux cœurs de vautour, qu'il porta l'un lié avec un poil de lion, l'autre
avec un poil de loup ; il fit faire une image qui représentait deux têtes, l'une d'un homme
qui regardait en dedans et l'autre d'une femme qui regardait en dehors ; il se tint le plus
gai qu'il put, afin que la mélancolie ne donnât aucune entrée aux démons, comme on en menace
ceux qui s'abandonnent à la tristesse ; et pour surcroît, ou plutôt, selon lui,
pour consommation et perfection de remèdes à ses inquiétudes, le tonnerre étant tombé
dans la cour de sa maison, il se ressouvint d'une opinion bizarre de certains peuples
et crut avec eux que le ciel avait banni pour toujours les diables de chez lui.
Il se trouva, par la force de son imagination, délivré de la crainte des apparitions
des mauvais esprits. Les chiens, les pourceaux, les mouches, les papillons, les lieux
puants, etc., ne furent plus pour lui des sujets de trouble, d'agitations et d'inquiétudes.
Mais il n'en fut pas pour cela plus tranquille ; car de ces terreurs il passa à d'autres
qui n'étaient pas moins vives.
Jamais homme ne fut plus tourmenté que lui de tout ce qui est du ressort des sortilèges
et enchantements. Ses meilleurs amis l'inquiétaient ; les personnes qu'il n'avait pas
coutume de voir et qui avaient un extérieur extraordinaire ou qui montraient quelque
difformité étrange, le jetaient dans de si grandes défiances, qu'il se tenait en garde
avec autant de circonspection que s'il avait eu à soutenir un violent combat contre
de cruels ennemis. Si on le heurtait par hasard, si on lui frappait sur l'épaule, il rendait
sur-le-champ la pareille, sans ménager aucune bienséance ; si on le regardait fixement,
il fuyait avec autant de vitesse que si des dards avaient dû partir des yeux qui étaient
fixés sur lui. Malheur à ceux qui lui faisaient quelque grimace ; ils risquaient d'être
aussi sévèrement traités que s'ils avaient voulu lui arracher la vie. Lui envoyer
un présent, c'était lui donner un sujet d'inquiétude, tant il craignait qu'il ne fût
accompagné de quelque sortilège.
Ayant appris qu'un sorcier avait maléficié le pain qu'un boulanger mettait dans son four,
il se mit dans l'esprit que tout le pain qui n'était pas très blanc pouvait avoir été sujet
au même inconvénient ; car, disait-il, le noir est la couleur favorite des sorciers : c'est
avec des robes noires que les magiciens paraissent ; les diables sont toujours représentés
noirs.
S'il entendait prononcer par quelqu'un ce mot : frappe, frappe, son expérience lui disait
que dans ce moment quelque homme mourait de mort violente, ou qu'il arrivait alors quelque
aventure tragique.
La flûte était dans son opinion un instrument véritablement magique. Aussitôt
qu'il en entendait jouer, on le voyait aussi ému que si l'on avait voulu l'arracher du lieu
où il était pour le transporter à mille lieues de là et le faire entièrement
disparaître.
Si un homme portait une écharpe, il jugeait d'abord que c'était dans le dessein
de s'en servir, au lieu de navire, pour passer les mers.
Il ne voulut jamais permettre qu'on fit son portrait, de crainte qu'on ne s'en servît pour
tourmenter et faire mourir l'original.
Rien n'égale la frayeur qu'il eut un jour dans une rue, se trouvant au passage d'un homme
qui bâilla de toute l'étendue de sa bouche, qui était fort grande. M. Oufle se recula plus
de trois pas en arrière : voyant cet étrange bâilleur, il crut que c'était un sorcier
qui l'allait avaler tout vif. Et, s'il arrive que les lecteurs se moquent
de cette appréhension ; qu'ils se moquent donc aussi des auteurs qui la lui ont
suggérée.
On sait — et je ne doute pas que le lecteur ne l'ait quelquefois éprouvé — qu'il y a
des gens qui, en parlant, éclaboussent souvent de leur salive ceux qui les écoutent,
s'approchant d'eux le plus près qu'ils peuvent. C'est une impolitesse des plus incommodes
et des plus condamnables ; c'est de plus une malpropreté. M. Oufle évitait autant
qu'il pouvait ces maussades ; mais c'etait bien moins par aversion pour leur importunité
que parce qu'il se croyait averti par ses lectures qu'ils pouvaient être des sorciers
et sorciers d'autant plus dangereux qu'il était à craindre, comme il pensait,
qu'ils ne fissent mourir leurs auditeurs en leur crachant ainsi au visage.
Un homme à larges manches l'étant venu voir pour une affaire importante et sur laquelle
on avait fait depuis plusieurs jours de grands mouvements, fut obligé de le quitter
sans avoir pu le faire discourir sur ce dont il s'agissait. M. Oufle eut sans cesse les yeux
attachés sur les manches de cet homme, pour voir s'il n'en sortirait point du feu
et s'il n'y entendrait point gronder le tonnerre.
Un chien qui tenait un grand os dans sa gueule passait devant sa maison dans le temps
qu'il en sortait ; il le regarde et le suit, redoublant ses pas de toute sa force et courant
même quelquefois afin de ne pas le perdre de vue. Le chien, qui se voyait ainsi suivi,
se retournait de temps en temps, grondant comme il aurait fait si un autre chien avait paru
vouloir lui arracher sa proie, ou du moins en avoir sa part. M. Oufle s'arrêtait quand
le chien s'arrêtait ; et celui-ci, à chaque pas qu'il faisait, regardait son spectateur
du coin de l'œil, dans la crainte où il était d'en recevoir quelque supercherie. Enfin
il entra chez son maître et notre homme, après être resté près d'une heure à la porte,
ne le voyant plus paraître, jugea qu'il appartenait à quelqu'un de cette maison.
Il s'informa du voisinage et sut que c'était le chien d'un savant, logé dans une quatrième
chambre sur le derrière, qui avait donné plusieurs ouvrages au public et que presque tous
les jours cet animal allait par la ville et revenait d'ordinaire la gueule pleine
de quelque os ou de quelques bribes dont il se nourrissait. M. Oufle secoua la tête,
ne doutant point que le savant ne fût un magicien et qu'il se servait des os que son chien
allait chercher pour lui servir de voiture quand il aurait des voyages à faire sur mer.
Non seulement M. Oufle, mais encore les démonographes assurent qu'on ne manque de rien,
qu'on vient à bout de tout, pourvu qu'on ait un sorcier à sa disposition, pourvu qu'on sache
les pouvoirs de la magie et qu'on en veuille faire usage.
Le livre de Laurent Bordelon est terminé par une description du sabbat.