BRAHMANES
Brames et Bramines, sectateurs de Brahma dans l'Inde. Ils croient que l'âme de Brahma
passa successivement dans quatre-vingt mille corps différents et s'arrêta un peu dans celui
d'un éléphant blanc avec plus de complaisance ; aussi révèrent-ils l'éléphant blanc.
Ils sont la première des quatre castes du peuple qui adore Brahma. Ces philosophes, dont
on a conté tant de choses, vivaient autrefois en partie dans les bois, où ils consultaient
les astres et faisaient de la sorcellerie, et en partie dans les villes pour enseigner
la morale aux princes indiens. Quand on allait les écouter, dit Strabon, on devait le faire
dans le plus grand silence. Celui qui toussait ou crachait était exclus.
Les brahmanes croient à la métempsycose, ne mangent que des fruits ou du lait et ne peuvent
toucher un animal sans se rendre immondes. Ils disent que les bêtes sont animées par
les âmes des anges déchus, système dont le père Bougeant a tiré un parti ingénieux.
Il y avait, dans les environs de Goa, une secte de brahmanes qui croyaient qu'il ne fallait
pas attendre la mort pour aller dans le ciel. Lorsqu'ils se sentaient bien vieux,
ils ordonnaient à leurs disciples de les enfermer dans un coffre et d'exposer le coffre
sur un fleuve voisin qui devait les conduire en paradis. Mais le diable était là
qui les guettait ; aussitôt qu'il les voyait embarqués, il rompait le coffre, empoignait
son homme ; et les habitants du pays, retrouvant la boîte vide, s'écriaient que le vieux
brahmane était allé auprès de Brahma.
Ce Brahma, chef des brahmanes ou brahmes, ou brahmines, est, comme on sait, l'une des trois
personnes de la trinité indienne. Il resta plusieurs siècles, avant de naître, à réfléchir
dans un œuf d'or, de la coquille duquel il fit le ciel et la terre. Il avait cinq têtes ;
il en perdit une dans une bataille et se mit ensuite à produire quatorze mondes, l'un
de son cerveau, l'autre de ses yeux, le troisième de sa bouche, le quatrième de son oreille
gauche, le cinquème de son palais, le sixième de son cœur, le septième de son estomac,
le huitième de son ventre, le neuvième de sa cuisse gauche, le dixième de ses genoux,
le onzième de son talon, le douzième de l'orteil de son pied droit, le treizième
de la plante de son pied gauche et le dernier de l'air qui l'environnait. Les habitants
de chacun de ces mondes ont des qualités qui les distinguent, analogues à leur origine ;
ceux du monde sorti du cerveau de Brahma sont sages et savants.
Les brahmines sont fatalistes ; ils disent qu'à la naissance de chaque être mortel, Brahma
écrit tout son horoscope qu'aucun pouvoir n'a plus moyen de changer.
Des livres indiens reconnaissent un dieu suprême, dont Brahma et Wishnou ne sont que
les plus parfaites créatures. Pendant que ces deux divinités secondaires épouvantaient
le monde par leur combat terrible, Dieu parut devant eux sous la figure d'une colonne de feu
qui n'avait point de fin. Son aspect les calma tout à coup ; et, cessant toute querelle ;
ils convinrent que celui qui trouverait le pied ou le sommet de la colonne serait le premier
dieu. Wishnou prit la forme d'un sanglier et se mit à creuser ; mais après mille ans
d'efforts, n'ayant pas trouvé le pied de la colonne, il reconnut le Seigneur. Brahma,
sous la figure d'un oiseau, parcourut en vain les airs pendant cent mille ans. ll finit
aussi par se soumettre.
On lui donne plusieurs enfants qu'il mit au jour tous d'une façon singulière ; par exemple,
Pirrougou sortit de son épaule et Anghira de son nez. Mais il serait trop long de répéter
tous les contes absurdes de sa légende.
Ajoutons seulement que les brahmines, toujours astrologues et magiciens, jouissent encore
à présent du privilège de ne pouvoir être mis à mort pour quelque crime que ce soit.
Un indien qui aurait le malheur de tuer un brahmine ne peut expier ce crime que par douze
années de pèlerinage, en demandant l'aumône et faisant ses repas dans le crâne
de sa victime.
Les brahmanes de Siam croient que la terre périra par le feu et que, de sa cendre,
il en renaîtra une autre qui jouira d'un printemps perpétuel.
Le juge Boguet, qui fut dans son temps le fléau des sorciers, regarde les brahmanes comme
d'insignes magiciens, qui faisaient le beau temps et la pluie en ouvrant ou fermant
deux tonneaux qu'ils avaient en leur puissance. Leloyer assure, page 337, que les brahmanes,
ou brahmines, vendent toujours les vents par le moyen du diable ; et il cite un pilote
vénitien qui leur en acheta au seizième siècle.