CERCUEIL
L'épreuve ou jugement de Dieu par le cercueil a été longtemps en usage.
Lorsqu'un assassin, malgré les informations, restait inconnu, on dépouillait entièrement
le corps de la victime ; on mettait ce corps sur un cercueil et tous ceux qui étaient
soupçonnés d'avoir eu part au meurtre étaient obligés de le toucher. Si l'on remarquait
un mouvement, un changement dans les yeux, dans la bouche ou dans toute autre partie du mort,
si la plaie saignait, celui qui touchait le cadavre dans ce mouvement extraordinaire
était regardé et poursuivi comme coupable. Richard Cœur-de-Lion s'était révolté
contre Henri II son père, à qui il succéda. On rapporte qu'après la mort de Henri II,
Richard s'étant rendu à Fontevrault, où le feu roi avait ordonné sa sépulture, à l'approche
du fils rebelle, le corps du malheureux père jeta du sang par la bouche et par le nez,
et que ce sang jaillit sur le nouveau souverain. On cite plusieurs exemples semblables,
dont la terrible morale n'était pas trop forte dans les temps barbares.
Voici un petit fait qui s'est passé en Écosse :
Un fermier, nommé John Makintos, avait eu quelques contestations avec sa sœur Fanny Mac-Allan.
Peu de jours après il mourut subitement. Les magistrats se rendirent chez lui et remarquèrent
qu'il avait sur le visage une large blessure, de laquelle aucune goutte de sang ne s'échappait.
Les voisins de John accoururent en foule pour déplorer sa perte ; mais, quoique la maison
de sa sœur fût proche de la sienne, elle n'y entra pas et parut peu affectée de cet événement.
Cela suffit pour exciter parmi les ministres et les baillis, le soupçon qu'elle n'y était
peut-être pas étrangère. En conséquence, ils lui ordonnèrent de se rendre près du défunt
et de placer la main sur son cadavre. Elle y consentit ; mais avant de le faire, elle s'écria
d'une voix solennelle : « Je souhaite humblement que le Dieu puissant qui a ordonné au soleil
d'éclairer l'univers, fasse jaillir de cette plaie un rayon de lumière dont le reflet désignera
le coupable. Dès que ces paroles furent achevées, elle s'approcha, posa légèrement
un de ses doigts sur la blessure et le sang coula immédiatement. Les magistrats crurent y voir
une révélation du ciel et la malheureuse Fanny fut exécutée le jour même.
On voit dans la vie de Charles-le-Bon, par Gualbert — Collect. des Bollandistes, 2 mars —
que les meurtriers en Flandre, au douzième siècle, après avoir tué leur victime, mangeaient
et buvaient sur le cadavre, dans la persuasion qu'ils paralysaient par cette cérémonie
toute poursuite contre eux à l'occasion du meurtre. Les assassins de Charles-le-Bon avaient
pris cette précaution ; ce qui ne les empêcha pas d'être tous mis au supplice.