CERF
L'opinion qui donne une très Iongue vie à certains animaux et principalement aux cerfs,
est fort ancienne. Hésiode dit que la vie de l'homme finit à quatre-vingt-seize ans ; que celle
de la corneille est neuf fois plus longue et que la vie du cerf est quatre fois plus longue
que celle de la corneille. Suivant ce calcul, la vie du cerf est de trois mille quatre cent
cinquante-six ans. Pline rapporte que cent ans après la mort d'Alexandre on prit
dans les forêts plusieurs cerfs auxquels ce prince avait attaché lui-même des colliers.
On trouva, en 1037, dans la forêt de Senlis, un cerf avec un collier portant ces mots :
Caesar hoc me donavit, C'est César qui me l'a donné ; mais quel César ? Ces circonstances
ont fortifié toutefois le conte d'Hésiode. Les cerfs ne vivent pourtant que trente-cinq
à quarante ans. Ce que l'on a débité de leur longue vie, ajoute Buffon, n'est appuyé
sur aucun fondement ; ce n'est qu'un préjugé populaire, dont Aristote lui-même a relevé
l'absurdité. Le collier du cerf de la forêt de Senlis ne peut présenter une énigme
qu'aux personnes qui ignorent que tous les empereurs d'Allemagne ont été désignés par le nom
de César.
Une autre tradition touchant le cerf, c'est que la partie destinée à la génération, lui tombe
chaque année. Après avoir ainsi observé ce qui a lieu par rapport à son bois, on s'est persuadé
que la même chose arrivait à la partie en question. L'expérience et la raison détruisent
également une opinion si absurde.