NICOLAS CHASSEN
Petit sorcier de Franeker, au dix-septième siècle ; il se distingua dès l'âge
de seize ans. Ce jeune homme, hollandais et calviniste, étant à l'école, faisait des grimaces
étranges, roulait les yeux et se contournait tout le corps ; il montrait à ses camarades
des cerises mûres au milieu de l'hiver ; puis, quand il les leur avait offertes,
il les retirait vivement et les mangeait.
Dans le prêche, où les écoliers avaient une place à part, il faisait sortir de l'argent du banc
où il était assis. Il assurait qu'il opérait tous ces tours par le moyen d'un esprit malin
qu'il appelait Sérug.
Balthazar Bekker dit, dans le monde enchanté, qu'étant allé à cette école, il vit,
sur le plancher, un cercle fait de craie, dans lequel on avait tracé des signes
dont l'un ressemblait à la tête d'un coq ; quelques chiffres étaient au milieu. Il remarqua
aussi une ligne courbe comme la poignée d'un moulin à bras ; tout cela était à demi effacé.
Les écoliers avaient vu Chassen faire ces caractères magiques. Lorsqu'on lui demanda
ce qu'ils signifiaient, il se tut d'abord ; il dit ensuite qu'il les avait faits pour jouer.
On voulut savoir comment il avait des cerises et de l'argent ; il répondit que l'esprit
les lui donnait.
« Qui est cet esprit ?
— Beelzébuth, » répondit-il.
Il ajouta que le diable lui apparaissait sous forme humaine quand il avait envie de lui faire
du bien, d'autres fois sous forme de bouc ou de veau ; qu'il avait toujours un pied
contrefait ; etc.
Mais, dit Bekker, on finit par reconnaître que tout cela n'était qu'un jeu que Chassen avait
essayé pour se rendre considérable parmi les enfants de son âge ; on s'étonne seulement
qu'il ait pu le soutenir devant tant de personnes d'esprit pendant plus d'une année.