CHAT
Le chat tient sa place dans l'histoire de la superstition. Un soldat romain ayant tué,
par mégarde, un chat en Égypte, toute la ville se souleva ; ce fut en vain que le roi intercéda
pour lui, il ne put le sauver de la fureur du peuple. Observons que les rois d'Égypte avaient
rassemblé, dans Alexandrie, une bibliothèque immense et qu'elle était publique : les égyptiens
cultivaient les sciences et n'en adoraient pas moins les chats.
Mahomet avait beaucoup d'égards pour son chat. L'animal s'était un jour couché sur la manche
pendante de la veste du prophète et semblait y méditer si profondément, que Mahomet, pressé
de se rendre à la prière et n'osant le tirer de son extase, coupa, dit-on, la manche
de sa veste. À son retour, il trouva son chat qui revenait de son assoupissement et qui,
s'apercevant de l'attention de son maître, se leva pour lui faire la révérence et plia
le dos en arc. Mahomet comprit ce que cela signifiait ; il assura au chat, qui faisait le gros
dos, une place dans son paradis. Ensuite, passant trois fois la main sur l'animal,
il lui imprima, par cet attouchement, la vertu de ne jamais tomber que sur ses pattes.
Ce conte n'est pas ridicule chez les turcs.
Voici une anecdote où le chat joue un mauvais rôle ; il est vrai que c'est un chat sauvage.
Un aide-de-camp du maréchal de Luxembourg vint loger dans une auberge, dont la réputation
n'était pas rassurante. Le diable, disait-on, arrivait toutes les nuits dans une certaine
chambre, tordait le cou à ceux qui osaient y coucher et les laissait étranglés dans leur lit.
Un grand nombre voyageurs remplissant l'auberge quand l'aide-de-camp y entra, on lui dit
qu'il n'y avait malheureusement de vide que la chambre fréquentée par le diable, où personne
ne voulait prendre gîte :
« Oh ! bien, moi, répondit-il, je ne serai pas fâché de lier connaissance avec lui ;
qu'on fasse mon lit dans la chambre en question, je me charge du reste. »
Vers minuit, l'officier vit descendre le diable par la cheminée, sous la figure d'une bête
furieuse, contre laquelle il fallut se défendre. Il y eut un combat acharné, à coups de sabre
de la part du militaire, à coups de griffes et de dents de la part de la bête ; celte lutte
dura une heure. Mais le diable finit par rester sur la place ; l'aide-de-camp appela du monde :
on reconnut un énorme chat sauvage qui, selon le rapport de l'hôte, avait déjà étranglé
quinze personnes.
Il y avait jadis à Paris, un usage peu gracieux et dont on n'a jamais bien expliqué l'origine.
On brûlait une ou deux douzaines de chats dans le feu de la Saint-Jean. Ce feu de joie
s'allumait autour d'un mât élevé sur la place de Grève. Les chats, retenus dans des paniers,
étaient lâchés lorsque le feu flamboyait tout autour d'eux. Ils n'avaient de retraite
que le mât, au haut duquel ils grimpaient en triste désespoir, pour être étouffés par la fumée,
ou retomber dans les flammes. M. Frédéric Soulié mentionne cette coutume dans un
de ses récits :
Cependant, le roi Charles IX était arrivé. On lui avait remis une torche de cire blanche
de deux livres, garnie de deux poignées de velours rouge. Sa Majesté s'était approchée
de l'arbre de la Saint-Jean, en avait allumé les premiers fagots, puis était remontée
à l'Hôtel-de-Ville. Peu à peu le feu gagna les bourrées-cotterets et les tonneaux vides
accumulés à une grande hauteur autour de l'arbre ; et alors, tandis que Michel Noiret,
trompette-juré du roi, et six compagnons trompettes sonnaient des fanfares, on vit
un spectacle réjouissant. Les chats, amarrés et retenus jusque-là au pied de l'arbre,
se prirent à s'élancer de toutes façons ; les uns grimpant jusqu'au plus haut de l'arbre
pour retomber dans la fournaise allumée au pied ; d'autres s'y précipitant de rage
et s'y débattant avec des hurlements qui dominaient le bruit des trompettes. Tout à coup,
du milieu des flammes, on vit s'élancer un maître chat qui gravit jusqu'à la plus fine pointe
du mât et qui, de cette hauteur, tournait autour de lui des yeux aussi flamboyants que le feu
lui-même, et en même temps on entendit par-dessus les rires de la multitude la voix
d'une vieille femme qui criait de toutes ses forces :
« Le voilà Martial, mon chat Martial, Martial ! Martial ! »
La vieille avait reconnu son chat. L'animal reconnut aussi la voix de sa maîtresse ;
car au moment où il était près de disparaître dans les tourbillons de flammes, il se lança
d'un bon prodigieux et tomba au delà du cercle de feu qui entourait l'arbre. Les sergents
qui veillaient autour pour l'attiser, voulurent frapper le chat ; mais il s'enfuit du côté
de sa maîtresse au milieu des rires de la cour et du peuple, ravis de voir cet animal sauvé
par son intrépidité.
On lit dans la Démonomanie de Bodin, que des sorciers de Vernon, auxquels on fit le procès
en 1566, fréquentaient et s'assemblaient ordinairement dans un vieux château sous la forme
d'un nombre infini de chats. Quatre hommes, qui avaient résolu d'y coucher, se trouvèrent
assaillis par cette multitude de chats ; l'un de ces hommes y fut tué, les autres blessés ;
néanmoins ils blessèrent aussi plusieurs chattes, qui se trouvèrent après en forme de femmes,
mais bien réellement mutilées...
On sait que les chats assistent au sabbat, qu'ils y dansent avec les sorcières, et que lesdites
sorcières, aussi bien que le diable leur maître, prennent volontiers la figure de cet animal.
On lit dans Boguet qu'un laboureur près de Strasbourg fut assailli par trois gros chats
et qu'en se défendant il les blessa sérieusement. Une heure après, le juge fit demander
le laboureur et le mit en prison pour avoir maltraité trois dames de la ville. Le laboureur
étonné assura qu'il n'avait maltraité que des chats et en donna les preuves
les plus évidentes : il avait gardé de la peau. On le relâcha, parce qu'on vit que le diable
était coupable en cette affaire.
On ne finirait pas si on rappelait tout ce que les démonomanes ont rêvé sur les chats.
Boguet dit encore que la chatte, étant frottée d'une herbe appelée népeta, conçoit
sur-le-champ, cette herbe suppléant au défaut du mâle. Les sorciers se servent aussi
de la cervelle des chats pour donner la mort ; car c'est un poison, selon Bodin
et quelques-autres.
Les matelots américains croient que si d'un navire on jette un chat vivant dans la mer,
on ne manque jamais d'exciter une furieuse tempête.
Voy. BLOKULA,
BEURRE DES SORCIERES,
etc.