CICÉRON (MARCUS TULLIUS)
LeLoyer dit qu'un spectre apparut à la nourrice de Cicéron : c'était un démon de ceux
qu'on appelle génies familiers. Il lui prédit qu'elle allaitait un enfant qui, un jour à venir,
ferait grand bien à l'État. Mais d'où tenait-il tout cela, me dira-t-on ? Je répondrai :
C'est la coutume du diable de bégayer dans les choses futures. Cicéron devint en effet
ce qu'on sait.
C'est lui qui disait qu'il ne concevait pas que deux augures pussent se regarder sans rire.
Il a combattu les idées superstitieuses dans plusieurs de ses ouvrages, surtout dans
les trois livres de la Nature des Dieux, dans les Tusculanes et dans les deux livres
de la divination.
Regnier Desmarais, en tête de sa traduction de l'ouvrage de Cicéron, de Divinatione,
a donné de ce traité un sommaire que nous transcrivons ici :
Chez les romains, dit-il, la divination — c'est-à-dire le pressentiment et la prédiction
de l'avenir — était principalement fondée sur la fonction de ceux qu'on appelait Aruspices,
qui consistait dans l'inspection des entrailles des victimes et dans l'interprétation
des prodiges et des foudres, et sur la fonction desAugures, qui prenaient les auspices
par l'observation du vol des oiseaux, par celle de leur chant et de leur manière de manger.
À ces deux sortes de divinations, qui tenaient en même temps à la religion et
au gouvernement de la république, il faut ajouter les livres de la sibylle Érithrée, auxquels
le sénat avait quelquefois recours ; les réponses des oracles ; les prédictions des personnes
qu'on croyait éprises de fureur divine ; les visions dans les songes ; les présages tirés
de certaines choses dites au hasard ; ceux des astrologues ; et les sorts, qu'on appelait
les sorts de Préneste.
C'est de toutes ces différentes divinations qu'il s'agit dans les deux livres de Cicéron.
Dans le premier, il introduit son frère qui, étant stoïcien, les soutient toutes avec chaleur
et s'appuie pour cet effet sur l'autorité des anciens philosophes, sur divers exemples
de l'antiquité, sur la pratique universelle de toutes les nations ; sur les arguments
par lesquels les stoïciens, grands partisans de la divination, prétendaient la prouver.
Dans le second livre, Cicéron réfute tout ce que son frère avait avancé dans le premier :
d'abord il commence par démontrer la vanité, l'inutilité et même l'impossibilité de toute
divination en général ; ensuite examinant chaque sorte de divination en particulier,
il découvre l'origine, la nature et les abus de chacune. Voilà en gros quel est le sujet
des deux livres de la Divination. »
Valère-Maxime conte que Cicéron, ayant été proscrit par les triumvirs, se retira dans
sa maison de Formies, où les satellites des tyrans ne tardèrent pas à le poursuivre.
Dans ces moments de trouble, il vit un corbeau arracher l'aiguille d'un cadran : c'était lui
annoncer que sa carrière était finie. Le corbeau s'approcha ensuite de lui, comme pour
lui faire sentir qu'il allait bientôt être sa proie, et le prit par le bas de sa robe,
qu'il ne cessa de tirer que quand un esclave vint dire à l'orateur romain que des soldats
arrivaient pour lui donner la mort. Les corbeaux d'aujourd'hui sont plus sauvages.