CLOCHES
Les anciens connaissaient les cloches, dont on attribue l'invention aux égyptiens.
Elles étaient en usage à Athènes et chez les romains.
Les musulmans n'ont point de cloches dans leurs minarets ; ils croient que le son des cloches
effraieraient les âmes des bienheureux dans le paradis.
Les cloches ne furent généralement employées, dans les églises chrétiennes, que vers
le septième siècle. On voit, dans Alcuin, que la cérémonie du baptême qui les consacre avait
lieu déjà du temps de Charlemagne.
C'est, dit-on, parce qu'elles sont baptisées, que les cloches sont odieuses à Satan.
On assure que quand le diable porte ses suppôts au sabbat, il est forcé de les laisser tomber,
s'il entend le son des cloches. Torquemada raconte, dans son Hexaméron, qu'une femme revenant
du sabbat, portée dans les airs par l'esprit malin, entendit la cloche qui sonnait l'Angelus.
Aussitôt le diable l'ayant lâchée, elle tomba dans une haie d'épines, au bord d'une rivière.
Elle aperçut un jeune homme à qui elle demanda secours, et qui, à force de prières, se décida
à la reconduire en sa maison. Il la pressa tellement de lui avouer les circonstances
de son aventure, qu'elle la lui apprit ; elle lui fit ensuite de petits présents,
pour l'engager à ne rien dire : mais la chose ne manqua pas pourtant de se répandre.
On croit, dans quelques contrées, que c'est le diable qui excite les tempêtes et que,
par ainsi, les cloches conjurent les orages. Les paysans sonnent donc les cloches dès
qu'ils entendent le tonnerre, ce qui maintenant est reconnu pour une imprudence. Citons
à ce sujet un fait consigné dans les Mémoires de l'Académie des Sciences : en 1718,
le 15 août, un vaste orage s'étendit sur la Basse-Bretagne ; le tonnerre tomba
sur vingt-quatre églises situées entre Landerneau et Saint-Pol-de-Léon ; c'était précisément
celles où l'on sonnait pour écarter la foudre ; celles où l'on ne sonna pas furent épargnées.
M. Salgues pense cependant que le son des cloches n'attire pas le tonnerre, parce que
leur mouvement a peu d'intensité ; mais le bruit seul agite l'air avec violence et le son
du tambour sur un lieu élevé ferait peut-être le même effet d'attirer la foudre.
On a cru, dans certains pays, qu'on se mettait à l'abri de toute atteinte des orages
en portant sur soi un morceau de la corde attachée à la cloche au moment de son baptême.
Il nous reste à dire un mot de la Cloche du Diable. Dusaulx, visitant les Pyrénées à pied,
son guide, qui était un franc montagnard, le conduisit dans un marécage comme pour lui montrer
quelque chose de curieux. Il prétendit qu'une cloche avait jadis été enfoncée dans cet endroit ;
que cent ans après, le diable à qui appartenaient alors tous les métaux souterrains, s'était
emparé de cette cloche et qu'un pâtre depuis peu de temps l'avait entendu sonner
pendant la nuit de Noël dans l'intérieur de la montagne.
« Fort bien dit Dusaulx ; ce qu'on a pris pour le son d'une cloche ne viendrait-il pas plutôt
des eaux souterraines qui s'engouffrent dans quelque cavité ?
— Oh ! que non, » répliqua le guide.
Il y a des cloches célèbres. On respecte beaucoup dans les Pyrénées, la cloche de la vallée ;
on lui donne toutes sortes d'origines merveilleuses : la plus commune, c'est qu'elle a été
fondue par les anges. On l'entend, ou peut-être on croit l'entendre quelquefois :
mais on ne sait pas où elle est suspendue. C'est cette cloche qui doit, à ce que disent
les montagnards, réveiller leurs patriarches endormis dans les creux des rochers, et appeler
les hommes au dernier jugement.
Lorsque Ferdinand le Catholique fut attaqué de la maladie dont il mourut, la fameuse cloche
de la Villela — qui a dix brasses de tour — sonna, dit-on, d'elle-même ; ce qui arrive
quand l'Espagne est menacée de quelque malheur. On publia aussitôt qu'elle annonçait la mort
du roi, qui mourut effectivement peu après.