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DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES

CONJURATION

 Exorcisme, paroles et cérémonies par lesquelles on chasse les démons. Dans l'Église romaine, pour faire sortir le démon du corps des possédés, on emploie certaines formules ou exorcismes, des aspersions d'eau bénite, des prières et des cérémonies instituées à ce dessein.
Les personnes superstitieuses et criminelles qui s'occupent de magie abusent du mot, et nomment conjuration leurs sortilèges impies. Dans ce sens, la conjuration est un composé de paroles souvent sacrilèges et de cérémonies détestables ou absurdes, adoptées par les sorciers pour évoquer les démons.
On commence par se placer dans le cercle magique — Voy. CERCLE — puis on récite les formules. Voici quelque idée de ces procédés. Nous les empruntons, aux Grimoires.


Conjuration universelle pour les esprits

Moi (on se nomme), je te conjure, esprit (on nomme l'esprit qu'on veut évoquer), au nom du grand Dieu vivant, de m'apparaître en telle forme (on l'indique) ; sinon, saint Michel archange, invisible, te foudroiera dans le plus profond des enfers ; viens donc (on nomme l'esprit), viens, viens, viens, pour faire ma volonté.


Conjuration d'un livre magique

Je vous conjure et ordonne, esprits, tous et autant que vous êtes, de recevoir ce livre en bonne part, afin que toutes fois que nous lirons ledit livre, ou qu'on le lira étant approuvé et reconnu être en forme et en valeur, vous ayez à paraître en belle forme humaine, lorsqu'on vous appellera, selon que le lecteur le jugera, dans toutes circonstances. Je vous conjure de venir aussitôt la conjuration faite, afin d'exécuter, sans retardement, tout ce qui est écrit et mentionné en son lieu dans ce dit livre : vous obéirez, vous servirez, enseignerez, donnerez, ferez tout ce qui est en votre puissance, en utilité de ceux qui vous ordonneront, le tout sans illusion.
Et si par hasard quelqu'un des esprits appelés parmi vous ne pouvait venir ou paraître lorsqu'il serait requis, il sera tenu d'en envoyer d'autres, revêtus de son pouvoir, qui jureront solennellement d'exécuter tout ce que le lecteur pourra demander ; en vous conjurant tous, par les très-saints noms du tout-puissant Dieu vivant, etc.


Conjuration des démons

Alerte, venez tous, esprits. Par la vertu et le pouvoir de votre roi, et par les sept couronnes et chaînes de vos rois, tous esprits des enfers sont obligés d'apparaître à moi devant ce cercle, quand je les appellerai. Venez tous à mes ordres, pour faire tout ce qui est à votre pouvoir, étant recommandés ; venez donc de l'orient, midi, occident et septentrion ; je vous conjure et ordonne, par la vertu et puissance de celui qui est Dieu, etc.


Conjurations pour chaque jour de la semaine

Pour le lundi, à Lucifer. Cette expérience se fait souvent depuis onze heures jusqu'à douze, et depuis trois heures jusqu'à quatre. Il faudra du charbon, de la craie bénite, pour faire le cercle, autour duquel on écrira : Je te défends, Lucifer, par le nom que tu crains, d'entrer dans ce cercle. Ensuite on récite la formule suivante : « Je te conjure, Lucifer, par les noms ineffables On, Alpha, Ya, Rey, Sol, Messias, Ingodum, etc. , que tu aies à faire, sans me nuire (on désigne sa demande). »

Pour le mardi, à Nambroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis neuf heures jusqu'à dix ; on doit donner à Nambroth la première pierre que l'on trouve, pour être reçu de lui en dignité et honneur. On procèdera de la façon du lundi ; on fera un cercle autour duquel on écrira : Obéis-moi, Nambroth, obéis-moi, par le nom que tu crains. On récite, à la suite, cette formule : « Je te conjure, Nambroth, et te commande par tous les noms par lesquels tu peux être contraint et lié, de faire telle chose. »

Pour le mercredi, à Astaroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis dix heures jusqu'à onze ; on le conjure pour avoir les bonnes grâces du roi et des autres. On écrira dans le cercle : Viens, Astaroth ; viens, Astaroth ; viens, Astaroth ; ensuite on récitera cette formule : « Je te conjure, Astaroth, méchant esprit, par les paroles et vertus de Dieu, etc. »

Pour le jeudi, à Acham. Cette expérience se fait la nuit, de trois heures à quatre ; il paraît en forme de roi. Il faut lui donner un morceau de pain lorsqu'on veut qu'il parte. On écrira autour du cercle : Par le Dieu saint, Nasim, 7, 7, H. M. A. ; ensuite on récitera la formule qui suit : « Je te conjure, Acham ; je te commande par tous les royaumes de Dieu, agis, je t'adjure, etc. »

Pour le vendredi, à Béchet. Cette expérience se fait la nuit, de onze heures à douze ; il lui faut donner une noix. On écrira dans le cercle : Viens, Béchet ; viens, Béchet ; viens, Béchet ; et ensuite on dira cette conjuration : « Je te conjure, Béchet, et te contrains de venir à moi ; je te conjure derechef, de faire au plus tôt ce que je veux, qui est, etc. »

Pour le samedi, à Nabam. Cette expérience se fait de nuit, de onze heures à douze, et sitôt qu'il parait il lui faut donner du pain brûlé, et lui demander ce qui lui fait plaisir. On écrira dans son cercle : N'entre pas, Nabam ; n'entre pas, Nabam ; n'entre pas, Nabam ; et puis on récitera la conjuration suivante: « Je te conjure Nabam, au nom de Satan, au nom de Béelzébuth, au nom d'Astaroth et au nom de tous les esprits, etc. »

Pour le dimanche, à Aquiel. Cette expérience se fait la nuit, de minuit à une heure ; il demandera un poil de votre tête ; il lui faut donner un poil de renard ; il le prendra. On écrira dans le cercle : Viens, Aquiel ; viens, Aquiel ; viens, Aquiel. Ensuite on récitera la conjuration suivante : « Je te conjure, Aquiel, par tous les noms écrits dans ce livre, que sans délai tu sois ici tout prêt à m'obéir, etc. »


Conjuration très forte,
pour tous les jours et à toute heure du jour et de la nuit,
pour les trésors cachés tant par les hommes que par les esprits.

Je vous commande, démons qui résidez en ces lieux, ou en quelque partie du monde que vous soyez et quelque puissance qui vous ait été donnée de Dieu et des saints anges sur ce lieu même, je vous envoie au plus profond des abîmes infernaux. Ainsi, allez tous, maudits esprits et damnés, au feu éternel qui vous est préparé et à tous vos compagnons. Si vous m'êtes rebelles et désobéissants, je vous contrains et commande par toutes les puissances de vos supérieurs démons de venir, obéir et répondre positivement à ce que je vous ordonnerai au nom de J.-C., etc.

Nous n'avons fait qu'indiquer ces stupidités inconcevables. Les commentaires sont inutiles.


Dissertation historique sur la vision de Constantin,
par le Père du Moulinet, bibliothécaire de sainte Geneviève

La recherche des médailles et leur explication ne sont pas une curiosité vaine et inutile. On y trouve de grands secours pour les lettres, pour les coutumes et les usages des anciens, et particulièrement pour l'Histoire. Les lumières que le cardinal Baronius et les autres historiens en ont reçues en plusieurs occasions, ne donnent pas lieu d'en douter. Nous en avons une nouvelle preuve dans la confirmation que le Père du Moulinet tire de ces sortes de monuments pour l'apparition que l'empereur Constantin eut de la Croix de Notre-Seigneur avant de donner le combat contre Maxence.

L'Histoire nous fournit trois témoignages si authentiques de cette vision, qu'il y a sujet de s'étonner qu'un auteur qui a écrit depuis quatre ans sur les médailles, ait eu la témérité d'avancer que ce n'était qu'une illusion.
Eusèbe nous assure qu'il en avait appris l'histoire de la bouche même de Constantin. S. Artémius qui avait porté les armes sous cet empereur en sa jeunesse, se souvenait encore très bien sur le déclin de son âge, de cette apparition, dont il avait été spectateur avec toute l'armée. Lactance, précepteur du fils de Constantin, en fait mention dans son traité de la Mort des Persécuteurs. Ces trois témoins qui déposent de ce qu'ils ont vu et de ce qu'ils ont ouï dans le temps même, ne sont-ils pas plus croyables que les centuriateurs de Magdebourg, qui contestent ce miracle si authentique, pour déroger à l'honneur que l'on doit à la croix de Jésus-Christ et à la vénération que les infidèles même lui ont toujours rendue ?
Les chrétiens reconnaissant que c'est de la croix qu'ils ont tiré la vie, l'ont toujours regardée comme la source de leur bonheur ; ils lui ont rendu leur culte et leurs adorations, et ont élevé partout ce trophée de leur salut dès le commencement même de l'Église. On a trouvé en effet depuis un siècle en la ville de Meliapour aux Indes, les vestiges d'une église, dressée à ce qu'on tient par l'apôtre saint Thomas, où il y avait des croix. Tertullien remarque que les chrétiens avaient mis en plusieurs endroits la figure de ce signe salutaire ; et Constantin le plaça sur la porte de son palais, tout enrichi d'or et de pierreries ; mais il lui rendit encore des honneurs plus particuliers ; il le fit passer, comme dit saint Augustin, a loco suppliciorum ad frontem imperatorum, depuis qu'il eut vu ce signe miraculeux qui lui promettait la victoire contre Maxence.
Voici comme le tout se passa au rapport d'Eusèbe qui l'avait appris, comme nous l'avons dit, de la bouche même de cet empereur. Il leur avait donc dit, comme le rapporte cet historien, que la veille du jour qu'il devait donner le combat ; savoir le 26 octobre de l'an 312, il vit clairement au ciel, un peu après midi, le signe de la croix tout brillant de lumière, avec cette inscription : Tu seras victorieux par la vertu de ce signe ; ce qui le surprit fort, aussi bien que toute son armée, qui vit comme lui ce phénomène miraculeux. La nuit suivante Jésus-Christ s'apparut à lui durant son sommeil, avec ce signe céleste ; il lui enjoignit de le faire graver sur les boucliers de ses soldats et Constantin le porta depuis sur son casque, comme on le voit dans plusieurs médailles de cet empereur.
Le même Eusèbe fait aussi la peinture du labarum ou étendard que Constantin fit faire en cette manière. C'était un grand bâton en forme de pique, qui en avait un autre plus petit en travers, lequel composait une croix et d'où pendait une bannière carrée d'une étoffe de pourpre fort précieuse, enrichie de broderie d'or, éclatante de pierreries ; au-dessus de cette bannière, il y avait une couronne d'or, qui portait le monogramme de Jésus-Christ.
Constantin se servit de cette mystérieuse enseigne qu'on appelait labarum, non seulement dans la guerre qu'il eut contre Maxence, mais encore contre ses autres ennemis et il en ressentit toujours des effets merveilleux. Il destina cinquante des plus braves officiers de son armée pour la porter tour à tour et pour la garder : ceux qui la portaient étaient aussi gardés et préservés par sa vertu divine. Car Eusèbe dit qu'il a ouï raconter à cet empereur, qu'un jour celui qui la portait sur son épaule à la tête de l'armée, entendant les cris des ennemis qui venaient avec fureur, en fut si étonné qu'il donna le labarum à un de ses camarades pour prendre la fuite, mais qu'il n'alla pas loin ayant été percé d'une flèche. Au contraire, celui qui avait pris cet étendard et qui le portait élevé devant lui ne reçut aucun mal, quoique les ennemis tirassent sur lui de tous côtés et que le bâton qu'il tenait fut tout couvert de flèches, qui y étaient demeurées attachées. On voit même une médaille de Constantin, qui a pour revers le labarum orné du monogramme du Christ, gardé par deux soldats, avec ces mots pour légende : Gloria exercitus.
Les enfants de Constantin ayant reconnu les effets et la vertu de ce signe miraculeux, s'en servirent à l'exemple de leur père dans les occasions. Témoin la médaille de Constantin le Jeune, qui a pour revers le labarum qu'il tient en main avec ces mots : Hoc signo victor eris.
Telle est la vérité de la vision que Constantin eut de la sainte croix ; et comme elle est appuyée sur des témoignages si authentiques et des preuves aussi solides et aussi anciennes que le fait même, il y a sujet de s'étonner qu'on veuille aujourd'hui révoquer en doute cet insigne miracle, qui a été vu en plein jour par tant de personnes et par une armée des plus nombreuses.
Ce qui est constant dans toute cette histoire est l'apparition en elle-même. Quelques circonstances qui varient dans les auteurs, montrent qu'ils ne se sont pas copiés servilement et prouvent du moins que le fond en était certain, ce qui suffit pour la vérité de l'apparition.

Combien de remarques ne pourrait-on pas ajouter à cette dissertation du P. du Moulinet ? ajoute Lenglet Dufresnoy, dans son Traité des Visions. On peut voir ce qu'ont dit de celle-ci le savant Père Pagi sur Baronius et Tillemont dans son Histoire si exacte des Empereurs. Ces témoignages, rendus à la vérité par de tels écrivains, doivent l'emporter sur les doutes des critiques, à qui rien ne plaît, que ce qui part de leur incrédule imagination. Volontiers pour se distinguer du commun, ils adoptent des fables qui peuvent préjudicier à quelque doctrine généralement avouée ; mais ils se gardent bien de croire des points d'histoire, appuyés sur les preuves communément reçues dans la discussion des faits historiques.

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