CONVULSIONS
Au neuvième siècle, des personnes suspectes déposèrent dans une église de Dijon
des reliques qu'elles avaient, disaient-elles, apportées de Rome, et qui étaient d'un saint
dont elles avaient oublié le nom. L'évêque Théobald refusa de recevoir ces reliques
sur une allégation aussi vague. Néanmoins, elles faisaient des prodiges. Ces prodiges étaient
des convulsions dans ceux qui venaient les révérer. L'opposition de l'évêque fit bientôt
de ces convulsions une épidémie ; les femmes surtout s'empressaient de leur donner de la vogue.
Théobald consulta Amolon, archevêque de Lyon, dont il était suffragant. « Proscrivez,
lui répondit l'évêque, ces fictions infernales, ces hideuses merveilles, qui ne peuvent être
que des prestiges ou des impostures. Vit-on jamais, aux tombeaux des martyrs, ces funestes
prodiges qui, loin de guérir les malades, font souffrir les corps et troublent
les esprits ?.. »
Cette espèce de manie fanatique se renouvela quelquefois ; elle fit grand bruit au commencement
du dix-huitième siècle ; et on prit encore pour des miracles les convulsions, les contorsions
et les grimaces d'une foule d'insensés. Les gens mélancoliques et atrabilaires ont beaucoup
de dispositions à ces jongleries. Si dans le temps surtout où leur esprit est dérangé,
ils s'appliquent à rêver fortement, ils finissent toujours par tomber en extase
et se persuadent qu'ils peuvent ainsi prophétiser. Cette maladie se communique aux esprits
faibles et le corps s'en ressent. De là vient, ajoute Brueys, que, dans le fort
de leurs accès, les convulsionnaires se jettent par terre, où ils demeurent quelquefois
assoupis. D'autres fois, ils s'agitent extraordinairement ; et c'est en ces différents
états qu'on les entend parler d'une voix étouffée et débiter toutes les extravagances
dont leur folle imagination est remplie.
Tout le monde a entendu parler des convulsions et des merveilles absurdes qui eurent lieu,
dans la capitale de la France, sur le tombeau du diacre Pâris, homme inconnu pendant sa vie
et trop célèbre après sa mort. La frénésie fanatique alla si loin, que le gouvernement
fut obligé, en 1732, de fermer le cimetière Saint-Médard, où Pâris était enterré. Sur quoi
un plaisant fit ces deux vers :
De par le roi, défense à Dieu,
D'opérer miracle en ce lieu.
Dès lors les convulsionnaires tinrent leurs séances dans des lieux particuliers,
et se donnèrent en spectacle certains jours du mois. On accourait pour les voir,
et leur réputation surpassa bientôt celle des bohémiens ; puis elle tomba, tuée par l'excès
et le ridicule.