CORNEILLE
Le chant de la corneille était regardé des anciens comme un très mauvais présage
pour celui qui commençait une entreprise : ils l'invoquaient cependant avant le mariage,
parce qu'ils croyaient que les corneilles, après la mort de l'un ou de l'autre couple,
observaient une sorte de veuvage.
Voy. CORBEAU,
AUGURES, etc.
Les sorcières ont eu quelquefois des corneilles à leur service, comme on le voit par
la légende qui suit et qui, conservée par Vincent de Guillerin — Spect. hist., lib. 20 —
a inspiré plus d'une ballade sauvage, en Angleterre et en Écosse.
La Corneille de Barkley
Une vieille Anglaise, de la petite ville de Barkley, exerçait en secret, au onzième siècle,
la magie et la sorcellerie avec grande habileté. Un jour, pendant qu'elle dinaît, une corneille
qu'elle avait auprès d'elle et dont personne ne soupçonnait l'emploi, lui croassa je ne sais
quoi de plus clair qu'à l'ordinaire. Elle pâlit, poussa de profonds soupirs et s'écria :
« J'apprendrai aujourd'hui de grands malheurs. »
À peine achevait-elle ces mots, qu'on vint lui annoncer que son fils aîné et toute la famille
de ce fils étaient morts de mort subite. Pénétrée de douleur, elle assembla ses autres enfants,
parmi lesquels était un bon moine et une sainte religieuse ; elle leur dit en gémissant :
« Jusqu'à ce jour, je me suis livrée, mes enfants, aux arts magiques. Vous frémissez ;
mais le passé n'est plus en mon pouvoir. Je n'ai d'espoir que dans vos prières. Je sais que
les démons sont à la veille de me posséder pour me punir de mes crimes. Je vous prie,
comme votre mère, de soulager les tourments que j'endure déjà. Sans vous, ma perte me paraît
assurée, car je vais mourir dans un instant. Renfermez mon corps, enveloppé d'une peau de cerf,
dans une bière de pierre recouverte de plomb que vous lierez par trois tours de chaîne.
Si, pendant trois nuits, je reste tranquille, vous m'ensevelirez la quatrième, quoique
je craigne que la terre ne veuille point recevoir mon corps. Pendant cinquante nuits,
chantez des psaumes pour moi et que pendant cinquante jours on dise des messes.
Ses enfants troublés exécutèrent ses ordres ; mais ce fut sans succès. La corneille,
qui sans doute n'était qu'un démon, avait disparu. Les deux premières nuits, tandis que
les clercs chantaient des psaumes, les démons enlevèrent, comme si elles eussent été de paille,
les portes du caveau et emportèrent les deux premières chaînes qui enveloppaient la caisse :
la nuit suivante, vers le chant du coq, tout le monastère sembla ébranlé par les démons
qui entouraient l'édifice. L'un d'entre eux, le plus terrible, parut avec une taille colossale
et réclama la bière. Il appela la morte par son nom ; il lui ordonna de sortir.
« Je ne le puis, répondit le cadavre, je suis liée.
— Tu vas être déliée, » répondit Satan ; et aussitôt il brisa comme une ficelle la troisième
chaîne de fer qui restait autour de la bière ; il découvrit d'un coup de pied le couvercle
et prenant la morte par la main, il l'entraîna en présence de tous les assistants. Un cheval
noir se trouvait là, hennissant fièrement, couvert d'une selle garnie partout de crochets
de fer ; on y plaça la malheureuse et tout disparut ; on entendit seulement dans le lointain
les derniers cris de la sorcière.