CRAPAUD
Les crapauds tiennent une place dans la sorcellerie. Les sorcières les aiment
et les choient. Elles ont toujours soin d'en avoir quelques-uns, qu'elles habituent
à les servir et qu'elles accoutrent de livrées de velours vert.
Pierre Delancre dit que les grandes sorcières sont ordinairement assistées de quelque démon,
qui est toujours sur leur épaule gauche, en forme de crapaud, ayant deux petites cornes
en tête ; il ne peut être vu que de ceux qui sont ou qui ont été sorciers.
Le diable baptise ces crapauds au sabbat. Jeannette Abadie et d'autres femmes ont révélé
qu'elles avaient vu de ces crapauds habillés de velours rouge et quelques-uns de velours noir ;
ils portaient une sonnette au cou et une autre aux jambes de derrière.
Au mois de septembre 1610, un homme se promenant dans la campagne, près de Bazas, vit un chien
qui se tourmentait devant un trou ; ayant fait creuser, il trouva deux grands pots renversés
l'un sur l'autre, liés ensemble à leur ouverture et enveloppés de toile ; le chien
ne se calmant pas, on ouvrit les pots, qui se trouvèrent pleins de son, au dedans duquel
reposait un gros crapaud vêtu de taffetas vert. C'était à coup sûr une sorcière qui l'avait mis
là pour quelque maléfice.
Nous rions de ces choses à présent ; mais c'étaient choses sérieuses au seizième siècle
et choses dont l'esprit ne nous est pas bien expliqué.
Le peuple est persuadé, dit M. Salgues, que le crapaud a la faculté de faire évanouir ceux
qu'il regarde fixement et cette assertion est accréditée par un certain abbé Rousseau,
qui a publié, dans le cours du dernier siècle, quelques observations d'histoire naturelle ;
il prétend que la vue seule du crapaud provoque des spasmes, des convulsions, la mort même.
Il rapporte qu'un gros crapaud, qu'il tenait renfermé sous un bocal, l'ayant regardé fixement,
il se sentit aussitôt saisi de palpitations, d'angoisses, de mouvements convulsifs,
et qu'il serait mort infailliblement si l'on n'était venu à son secours...
Élien, Dioscoride, Nicandre, Ælius, Gesner, ont encore écrit que l'haleine du crapaud
était mortelle et qu'elle infectait les lieux où il respire. On a cité l'exemple de deux amants
qui, ayant pris de la sauge sur laquelle un crapaud s'était promené, moururent aussitôt.
Mais ce sont là des contes, démentis, comme tant d'autres, par les expériences.
Sur les bords de l'Orénoque, sans doute pour consoler le crapaud de nos mépris,
des indiens lui rendaient les honneurs d'un culte ; ils gardaient soigneusement les crapauds
sous des vases, pour en obtenir de la pluie ou du beau temps, selon leurs besoins ;
et ils étaient tellement persuadés qu'il dépendait de ces animaux de l'accorder,
qu'on les fouettait chaque fois que la prière n'était pas exaucée.