CROCODILES
Les égyptiens modernes assurent que jadis les crocodiles étaient des animaux doux ;
et ils racontent de la manière suivante l'origine de leur férocité. Humeth, gouverneur d'Égypte
sous Gisar Al-Mutacil, calife de Bagdad, ayant fait mettre en pièces la statue de plomb
d'un grand crocodile — figure talismanique — que l'on avait trouvée en creusant les fondements
d'un ancien temple de païens, à l'heure même de cette exécution les crocodiles sortirent du Nil
et ne cessèrent, depuis ce temps, de nuire par leur voracité.
Pline et Plutarque témoignent que les égyptiens connaissent, par l'endroit où les crocodiles
pondent leurs œufs, jusqu'où ira le débordement du Nil. Mais il serait difficile, dit Thomas
Brown, de comprendre comment ces animaux ont pu deviner un effet qui, dans ses circonstances,
dépend de causes extrêmement éloignées, c'est-à-dire de la mesure des rivages
dans l'Éthiopie.
Les habitants de Thèbes et du lac Mœris rendaient un culte particulier aux crocodiles.
Ils leur mettaient aux oreilles des pierres précieuses et des ornements d'or,
et les nourrissaient de viandes consacrées. Après leur mort, ils les embaumaient
et les déposaient en des urnes que l'on portait dans le labyrinthe qui servait de sépulture
aux rois. Les Ombites poussaient même la superstition jusqu'à se réjouir de voir
leurs enfants enlevés par les crocodiles. Mais ces animaux étaient en horreur dans le reste
de l'Égypte.
Ceux qui les adoraient disaient que, pendant les sept jours consacrés aux fêtes de la naissance
d'Apis, ils oubliaient leur férocité naturelle et ne faisaient aucun mal ; mais que le huitième
jour, après midi, ils redevenaient furieux.