DÉMOCRITE
Philosophe célèbre, qui florissait en Grèce environ trois cents ans après la fondation
de Rome. Les écrivains du quinzième et du seizième siècle l'ont accusé de magie ; quelques-uns
lui ont même attribué un traité d'alchimie. Psellus prétend qu'il ne s'était crevé les yeux
qu'après avoir soufflé tout son bien à la recherche de la pierre philosophale.
La cécité de Démocrite a embarrassé bien des personnes. Tertullien dit qu'il se priva de la vue
parce qu'elle était pour lui une occasion de mauvaises convoitises. Plutarque pense que c'était
pour philosopher plus à son aise et c'est le sentiment le plus répandu, quoiqu'il soit aussi
dénué de fondement que les autres.
Démocrite ne fut point aveugle, si l'on en croit Hippocrate, qui raconte qu'appelé
par les abdéritains pour guérir la folie prétendue de ce philosophe, il le trouva occupé
à la lecture de certains livres et à la dissection de quelques animaux ; ce qu'il n'eût point
fait s'il eût été aveugle.
De jeunes abdéritains, sachant que Démocrite s'était enfermé dans un sépulcre écarté
de la ville pour philosopher, s'habillèrent un jour en diables avec de longues robes noires
et portant des masques hideux ; puis l'allèrent trouver et se mirent à danser autour de lui ;
Démocrite n'en parut point effrayé, il ne leva pas même les yeux de dessus son livre
et continua d'écrire. Il riait de tout, nous dit-on, mais son rire était moral et il voyait
autrement que les hommes dont il se moquait. Croyons donc, avec Scaliger, qu'il était aveugle
moralement, quod aliorum more oculis non uteretur.
On a dit qu'il entendait le chant des oiseaux et qu'il s'était procuré cette faculté
merveilleuse en mangeant un serpent engendré du sang mélangé de certains oisillons ;
mais que n'a-t-on pas dit ! On a dit aussi qu'il commerçait avec le diable, parce qu'il vivait
solitaire.