ÉLIXIR DE VIE
L'élixir de vie n'est autre chose, selon le Trévisan, que la réduction de la pierre
philosophale en eau mercurielle ; on l'appelle aussi or potable. Il guérit toutes sortes
de maladies et prolonge la vie bien au delà des bornes ordinaires. L'élixir parfait au rouge
change le cuivre, le plomb, le fer et tous les métaux en or plus pur que celui des mines.
L'élixir parfait au blanc, qu'on appelle encore huile de talc, change tous les métaux en argent
très fin.
Voici la recette d'un autre élixir de vie. Pour faire cet élixir, prenez huit livres de suc
mercuriel ; deux livres de suc de bourrache, tiges et feuilles, douze livres de miel
de Narbonne ou autre, le meilleur du pays ; mettez le tout à bouillir ensemble un bouillon
pour l'écumer ; passez-le par la chausse à hypocras et clarifiez-le. Mettez à part infuser,
pendant vingt-quatre heures, quatre onces de racine de gentiane coupée par tranches dans trois
chopines de vin blanc, sur des cendres chaudes, agitant de temps en temps ; vous passerez
ce vin dans un linge sans l'exprimer ; mettez cette colature dans lesdits sucs avec le miel,
faisant bouillir doucement le tout et cuire en consistance de sirop ; vous le ferez rafraîchir
dans une terrine vernissée, ensuite le déposerez dans des bouteilles que vous conserverez
en un lieu tempéré, pour vous en servir, en en prenant tous les matins une cuillerée. Ce sirop
prolonge la vie, rétablit la santé contre toutes sortes de maladies, même la goutte, dissipe
la chaleur des entrailles ; et quand il ne resterait dans le corps qu'un petit morceau
de poumon et que le reste serait gâté, il maintiendrait le bon et rétablirait le mauvais ;
il guérit les douleurs d'estomac, la sciatique, les vertiges, la migraine et généralement
les douleurs internes.
Ce secret a été donné par un pauvre paysan de Calabre à celui qui fut nommé par Charles-Quint
pour général de cette armée navale qu'il envoya en Barbarie. Le bonhomme était âgé de cent
trente-deux ans, à ce qu'il assura à ce général, lequel était allé loger chez lui et, le voyant
d'un si grand âge, s'était informé de sa manière de vivre et de celle de plusieurs
de ses voisins, qui étaient presque tous âgés comme lui.
On conte qu'un charlatan apporta un jour à l'empereur de la Chine Li-Con-Pan, un élixir
merveilleux et l'exhorta à le boire, en lui promettant que ce breuvage le rendrait immortel.
Un ministre, qui était présent, ayant tenté inutilement de désabuser le souverain, prit
la coupe et but la liqueur. Li-Con-Pan, irrité de cette hardiesse, condamna à mort le mandarin,
qui lui dit d'un air tranquille :
« Si ce breuvage donne l'immortalité, vous ferez de vains efforts pour me faire mourir ;
et s'il ne la donne pas, auriez-vous l'injustice de me faire mourir pour un si frivole
larcin ? »
Ce discours calma l'empereur, qui loua la sagesse et la prudence de son ministre.