ENGELBRECHT (JEAN)
Visionnaire allemand, mort en 1642. Il était protestant et d'un naturel si mélancolique,
qu'il tenta souvent de s'ôter la vie. Un soir, vers minuit, il lui sembla que son corps était
transporté au milieu des airs avec la rapidité d'une flèche. Après un voyage très court,
il arriva à la porte de l'enfer, où régnait une obscurité profonde et d'où s'exhalait
une puanteur à laquelle il n'y a rien à comparer sur la terre. Il entendit les cris
et les gémissements des damnés. Une légion de diables voulut l'entraîner dans l'abîme ;
il se débarrassa de leurs griffes, pria, et tout cet horrible spectacle s'évanouit.
Le Saint-Esprit lui apparut, dit-il, sous la forme d'un homme blanc et le consuisit en paradis.
Quand Engelbrecht eut goûté les délices du séjour divin, un ange lui ordonna de retourner
sur la terre pour annoncer ce qu'il avait vu, entendu et senti, avec la charge d'exhorter
les hommes à la pénitence. Engelbrecht, revenu à la vie, raconta sa vision. Dans un
de ses ouvrages — car il a fait des ouvrages, quoiqu'il ne sût pas lire — il dit que tous
les assistants, pendant son récit, sentirent la puanteur horrible de l'enfer et que lui-même,
en sortant de son lit, en était encore infecté ; mais personne, excepté lui, ne put jouir
des parfums suaves de la demeure des bienheureux. Il annonça dès lors qu'il avait été mort
et qu'il était ressuscité, et il fonda sur ce prodige la dignité de sa mission.
Il eut encore d'autres visions ; il entendit pendant quarante nuits une musique céleste
si harmonieuse, qu'il ne put s'empêcher d'y joindre sa voix. Les ministres protestants crurent
reconnaître en lui quelque chose de surnaturel. Mais dès qu'il leur eut reproché leur avarice,
ils déclarèrent que tout n'était que l'œuvre du démon. Parcourant la Basse-Saxe, il prêchait,
disait-il, comme il en avait reçu l'ordre d'en haut. Un jour qu'il racontait ses extases,
il dit qu'il avait vu les âmes des bienheureux voltiger autour de lui, sous la forme
d'étincelles et que, voulant se mêler à leur danse, il avait pris le soleil d'une main
et la lune de l'autre.
Ces absurdités ne l'empêchèrent pas de faire des prosélytes parmi les réformés. Il a laissé
divers volumes : 1° Véritable Vue et histoire du ciel, Amsterdam, 1690, in-4° : c'est le récit
de son excursion en enfer et en paradis ; 2° Mandat et ordre divin et céleste délivrés
par la chancellerie céleste, Brême, 1625, in-4° ; cet écrit manque dans le recueil intitulé :
Œuvres, Visions et Révélations de Jean Engelbrecht, Amsterdam, 1680, in-4°.