EXORCISME
Conjuration, prière à Dieu et commandement fait au démon de sortir du corps des personnes
possédées : souvent il est seulement destiné à les préserver du danger.
On regarde quelquefois exorcisme et conjuration comme synonymes ; cependant la conjuration
n'est que la formule par laquelle on commande au démon de s'éloigner ; l'exorcisme est
la cérémonie entière.
Les gens qui s'occupent de magie ont aussi leurs exorcismes pour évoquer et renvoyer.
Voy. CONJURATION.
Voici une légende bizarre sur un exorcisme : on lit dans Césaire d'Hesterbach, que Guillaume,
abbé de Sainte-Agathe, au diocèse de Liège, étant allé à Cologne avec deux de ses moines,
fut obligé de tenir tête à une possédée. Il fit à l'esprit malin des questions auxquelles
celui-ci répondit comme il lui plut. Le diable faisant autant de mensonges que de réponses,
l'abbé s'en aperçut et le conjura de dire la vérité ; il obéit. Il apprit au bon abbé
comment se portaient plusieurs défunts dont il voulait savoir des nouvelles. Un des frères
qui l'accompagnaient voulut lier conversation avec le diable.
« Tais-toi, lui dit l'esprit malin, tu as volé hier douze sous à ton abbé ; ces douze sous sont
maintenant dans ta ceinture. »
L'abbé ayant entendu ces choses, voulut bien en donner l'absolution à son moine ; après quoi
il ordonna au diable de quitter la possédée.
« Où voulez-vous que j'aille ? demanda le démon.
— Je vais ouvrir ma bouche, répondit l'abbé, tu entreras dedans, si tu peux.
— Il y fait trop chaud, répliqua le diable ; vous avez communié.
— Éh bien ! mets-toi ici ; et l'abbé qui était gai tendait son pouce.
— Merci, vos doigts sont sanctifiés.
— En ce cas, va ou tu voudras, mais pars.
— Pas si vite, répliqua le diable ; j'ai permission de rester ici deux ans encore... »
L'abbé dit alors au diable :
« Montre-toi à nos yeux dans ta forme naturelle.
— Vous le voulez ?
— Oui.
— Voyez. »
En même temps la possédée commença de grandir et de grossir d'une manière effroyable.
En deux minutes, elle était déjà haute comme une tour de trois cents pieds ; ses yeux devinrent
ardents comme des fournaises et ses traits épouvantables. Les deux moines tombèrent évanouis ;
l'abbé, qui seul avait conservé du courage, adjura le diable de rendre à la possédée la taille
et la forme qu'elle avait d'abord.
Il obéit encore et dit à Guillaume :
« Vous faites bien d'être pur ; car nul homme ne peut, sans mourir, me voir tel que je suis,
s'il est souillé. »