FANTÔMES
Esprits ou revenants de mauvais augure, qui effrayaient fort nos pères,
quoiqu'ils sussent bien qu'on n'a aucunement peur des fantômes si l'on tient dans
sa main de l'ortie avec du millefeuille.
Les juifs prétendent que le fantôme qui apparaît ne peut reconnaître la personne
qu'il doit effrayer si elle a un voile sur le visage ; mais quand cette personne est
coupable, ils prétendent, au rapport de Buxtorf, que le masque tombe, afin que l'ombre
puisse la voir et la poursuivre.
On a vu souvent des fantômes venir annoncer la mort ; un spectre se présenta pour cela
aux noces du roi d'Écosse Alexandre III, qui mourut peu après.
Camerarius rapporte que, de son temps, on voyait quelquefois dans les églises
des fantômes sans tête, vêtus en moines et en religieuses àssis dans les stalles
des vrais moines et des sœurs qui devaient bientôt mourir.
Un chevalier espagnol avait osé concevoir une passion criminelle pour une religieuse.
Une nuit qu'il traversait l'église du couvent dont il s'était procuré la clef, il vit
des cierges allumés et des prêtres, qui lui étaient inconnus, occupés à célébrer
l'office des morts autour d'un tombeau. Il s'approcha de l'un deux et demanda pour qui
on faisait le service. « Pour vous, » lui dit le prêtre. Tous les autres lui firent
la même réponse ; il sortit effrayé, monta à cheval, s'en retourna à sa maison
et deux chiens l'étranglèrent à sa porte.
Une dame voyageant seule dans une chaise de poste fut surprise par la nuit près
d'un village où l'essieu de sa voiture s'était brisé. On était en automne, l'air était
froid et pluvieux, il n'y avait point d'auberge dans le village ; on lui indiqua
le château. Comme elle en connaissait le maître, elle n'hésita pas à s'y rendre.
Le concierge alla la recevoir et lui dit qu'il y avait au château dans ce moment
beaucoup de monde qui était venu célébrer une noce et qu'il allait informer le seigneur
de son arrivée. La fatigue, le désordre de sa toilette et le désir de continuer
son voyage engagèrent la voyageuse à prier le concierge de ne point déranger son maître.
Elle lui demanda seulement une chambre. Toutes étaient occupées, à l'exception
d'une seule, dans un coin écarté du château, qu'il n'osait lui proposer à cause
de son délabrement ; mais elle lui dit qu'elle s'en contenterait, pourvu qu'on lui fit
un bon lit et un bon feu.
Après qu'on eut fait ce qu'elle désirait, elle soupa légèrement et s'étant bien
réchauffée, elle se mit au lit. Elle commençait à s'endormir, lorsqu'un bruit
de chaînes et des sons lugubres la réveillèrent en sursaut. Le bruit approche ;
la porte s'ouvre ; elle voit, à la clarté de son feu, entrer un fantôme couvert
de lambeaux blanchâtres ; sa figure pâle et maigre, sa barbe longue et touffue,
les chaînes qu'il portait autour du corps, tout annonçait un habitant d'un autre monde.
Le fantôme s'approche du feu, se couche auprès tout de son long, se tourne de tous
côtés en gémissant puis, à un léger mouvement qu'il entend près du lit, il se relève
promptement et s'en approche. Quelle amazone eût bravé un tel adversaire ? Quoique
notre voyageuse ne manquât pas de courage, elle n'osa l'attendre, se glissa
dans la ruelle du lit et, avec une agilité dont la frayeur rend capables les moins
légères, elle se sauve en chemise à toutes jambes, enfile de longs et obscurs corridors,
toujours poursuivie par le terrible fantôme, dont elle entend le frottement des chaînes
contre la muraille. Elle aperçoit enfin une faible clarté et, reconnaissant la porte
du concierge, elle y frappe et tombe évanouie sur le seuil. Il vient ouvrir, la fait
transporter sur son lit et lui prodigue tous les secours qui sont en son pouvoir.
Elle raconta ce qui lui était arrivé.
« Hélas ! s'écria le concierge, notre fou aura brisé sa chaîne et se sera échappé ! »
Ce fou était un parent du maître du château, qu'on gardait depuis plusieurs années.
Il avait effectivement profité de l'absence de ses gardiens, qui étaient à la noce,
pour détacher ses chaînes et le hasard avait conduit ses pas à la chambre
de la voyageuse, qui en fut quitte pour une grande peur.
Voy. APPARITION,
DESHOULIÈRES,
ESPRITS, etc., etc.