FEUX FOLLETS
On appelle feux follets, ou esprits follets, ces exhalaisons enflammées
que la terre, échauffée par les ardeurs de l'été, laisse échapper de son sein
principalement dans les longues nuits de l'Avent ; et, comme ces flammes roulent
naturellement vers les lieux bas et les marécages, les paysans, qui les prennent pour
de malins esprits, s'imaginent qu'ils conduisent au précipice le voyageur égaré que
leur éclat éblouit et qui prend pour guide leur trompeuse lumière.
Olaüs Magnus dit que les voyageurs et les bergers de son temps rencontraient
des esprits follets qui brûlaient tellement l'endroit où ils passaient,
qu'on n'y voyait plus croître ni herbes ni verdure.
Un jeune homme, revenant de Milan pendant une nuit fort noire, fut surpris en chemin
par un orage ; bientôt il crut apercevoir dans le lointain une lumière et entendre
plusieurs voix à sa gauche ; peu après il distingua un char enflammé qui accourait
à lui, conduit par des bouviers dont les cris répétés laissaient entendre ces mots :
« Prends garde à toi ! » Le jeune homme épouvanté pressa son cheval ; mais plus
il courait, plus le char le serrait de près. Enfin, après une heure de course,
il arriva, en se recommandant à Dieu de toutes ses forces, à la porte d'une église
où tout s'engloutit. Cette vision, ajoute Cardan, était le présage d'une grande peste
qui ne tarda pas à se faire sentir, accompagnée de plusieurs autres fléaux.
Cardan était enfant lorsqu'on lui raconta cette histoire, de sorte qu'il peut aisément
l'avoir dénaturée. Le jeune homme qui eut la vision n'avait que vingt ans ; il était
seul, il avait éprouvé une grande frayeur. Quant à la peste qui suivit, elle était
occasionnée, aussi bien que l'exhalaison, par une année de chaleurs extraordinaires.