FÈVES
Pythagore défendait à ses élèves de manger des fèves, légume pour lequel il avait
une vénération particulière, parce qu'elles servaient à ses opérations magiques
et qu'il savait bien qu'elles étaient animées. On dit qu'il les faisait bouillir ;
qu'il les exposait ensuite quelques nuits à la lune, jusqu'à ce qu'elles vinssent
à se convertir en sang, dont il se servait pour écrire sur un miroir convexe
ce que bon lui semblait. Alors, opposant ces lettres à la face de la lune quand
elle était pleine, il faisait voir à ses amis éloignés, dans le disque de cet astre,
tout ce qu'il avait écrit sur son miroir...
Pythagore avait puisé ses idées sur les fèves chez les égyptiens, qui ne touchaient pas
à ce légume, s'imaginant qu'elles servaient de refuge à certaines âmes, comme
les oignons de ce peuple servaient de logement à certains dieux. On conte qu'il aima
mieux se laisser tuer par ceux qui le poursuivaient que de se sauver à travers un champ
de fèves. C'est du moins une légende borgne très répandue.
Quoi qu'il en soit, on offrait chez les anciens des fèves noires aux divinités
infernales.
Il y avait en Égypte, aux bords du Nil, de petites pierres faites comme des fèves,
lesquelles mettaient en fuite les démons. N'étaient-ce pas des fèves pétrifiées ?
Festus prétend que la fleur de la fève a quelque chose de lugubre et que le fruit
ressemble exactement aux portes de l'enfer...
Dans l'Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, page 263,
Delancre dit qu'en promenant une fève noire, avec les mains nettes, par une maison
infestée, et la jetant ensuite derrière le dos en faisant du bruit avec un pot
de cuivre, et priant neuf fois les fantômes de fuir, on les force de vider
le terrain.
Les jeunes filles de Venise pratiquaient, avec des fèves noires, une divination
qui n'est pas encore passée de mode. Quand on veut savoir de plusieurs cœurs quel sera
le plus fidèle, on prend des fèves noires, on leur donne à chacune le nom
d'un des jeunes gens par qui on est recherchée, on les jette ensuite sur le carreau :
la fève qui se fixe en tombant annonce l'amant certain ; celles qui s'écartent
avec bruit sont des amants volages.