FORCE
Milon de Crotone n'eut pas seul une force prodigieuse. Louis de Boufflers,
surnommé le Fort, au quatorzième siècle, possédait une force et une agilité
extraordinaires, s'il faut en croire les récits du temps. Quand il avait croisé
ses deux pieds, il était impossible de le faire avancer ou reculer d'un pas. Il brisait
sans peine un fer à cheval ; et lorsqu'il saisissait un taureau par la queue,
il l'entraînait où il voulait. Il enlevait un cheval et l'emportait sur ses épaules.
On l'a vu souvent, armé de toutes pièces, sauter à cheval sans s'appuyer et sans mettre
le pied dans l'étrier. Sa vitesse à la course n'était pas moins remarquable,
puisqu'il dépassait le cheval d'Espagne le plus léger, dans un espace
de deux cents pas.
Un certain Barsabas, qui servait au commencement du dix-huitième siècle dans les armées
françaises, emporta un jour, devant Louis XIV, un cheval chargé de son cavalier.
Il alla trouver une autre fois un maréchal-ferrant ; il lui donna un fer de cheval
à forger. Celui-ci s'étant un peu éloigné, Barsabas prit l'enclume et la cacha
sous son manteau. Le maréchal se retourne bientôt pour battre le fer ; il est tout
étonné de ne plus trouver son enclume et bien plus surpris encore de voir cet officier
la remettre sans difficulté à sa place. Un Gascon, que Barsabas avait offensé
dans une compagnie, proposa un duel :
« Très volontiers, répondit Barsabas ; touchez là. »
Il prit la main du gascon et la lui serra si fort que tous les doigts en furent écrasés.
Il le mit ainsi hors d'état de se battre.
Le maréchal de Saxe était de même calibre.
Dans les anciens jours, on regardait comme favorisés par le diable les gens doués
d'une force extraordinaire.