GÉNIES
La tradition des anges, parvenue altérée chez les païens, en a fait des génies.
Chacun avait son génie. Un magicien d'Égypte avertit Marc-Antoine que son génie était vaincu
par celui d'Octave ; et Antoine intimidé se retira vers Cléopâtre. Néron, dans Britannicus,
dit en parlant de sa mère :
Mon génie étonné tremble devant le sien.
Les borborites, hérétiques des premiers siècles de l'Église, enseignaient que Dieu ne peut
être l'auteur du mal ; que, pour gouverner le cours du soleil, des étoiles et des planètes,
il a créé une multitude innombrable de génies qui ont été, qui sont et seront toujours bons
et bienfaisants ; qu'il créa l'homme indifféremment avec tous les autres animaux
et que l'homme n'avait que des pattes comme les chiens ; que la paix et la concorde régnèrent
sur la terre pendant plusieurs siècles et qu'il ne s'y commettait aucun désordre ;
que malheureusement un génie prit l'espèce humaine en affection, lui donna des mains,
et que voilà l'origine et l'époque du mal.
L'homme alors se procura des forces artificielles, se fabriqua des armes, attaqua les autres
animaux, fit des ouvrages surprenants ; et l'adresse de ses mains le rendit orgueilleux ;
l'orgueil lui inspira le désir de la propriété et la vanité de posséder certaines choses
à l'exclusion des autres ; les querelles et les guerres commencèrent ; la victoire fit
des tyrans et des esclaves, des riches et des pauvres.
Il est vrai, ajoutent les borborites, que si l'homme n'avait jamais eu que des pattes,
il n'aurait point bâti des villes, ni des palais, ni des vaisseaux ; qu'il n'aurait pas couru
les mers ; qu'il n'aurait pas inventé l'écriture, ni composé des livres ; et qu'ainsi
les connaissances de son esprit ne se seraient point étendues. Mais aussi il n'aurait éprouvé
que les maux physiques et corporels, qui ne sont pas comparables à ceux d'une âme agitée
par l'ambition, l'orgueil, l'avarice, par les inquiétudes et les soins qu'on se donne
pour élever une famille, et par la crainte de l'opprobre, du déshonneur, de la misère
et des châtiments.
Aristote observe que l'homme n'est pas supérieur aux animaux parce qu'il a une main ;
mais qu'il a une main parce qu'il est supérieur aux animaux.
Les arabes ne croient pas qu'Adam ait été le premier être raisonnable qui ait habité
la terre, mais seulement le père de tous les hommes actuellement existants. Ils pensent que
la terre était peuplée, avant la création d'Adam, par des êtres d'une espèce supérieure
à la nôtre ; que dans la composition de ces êtres, créés de Dieu comme nous, il entrait plus
de feu divin et moins de limon. Ces êtres, qui ont habité la terre pendant plusieurs milliers
de siècles, sont les génies, qui ensuite furent renvoyés dans une région particulière,
mais d'où il n'est pas impossible de les évoquer et de les voir paraître encore quelquefois,
par la force des paroles magiques et des talismans.
Il y a deux sortes de génies, ajoutent-ils, les péris, ou génies bienfaisants, et les dives,
ou génies malfaisants. Gian-ben-gian, du nom de qui ils furent appelés ginnes ou génies,
est le premier comme le plus fameux de leurs rois. Le Ginnistan est un pays de délices
et de merveilles, où ils ont été relégués par Taymural, l'un des plus anciens rois
de Perse.
Ce sont encore là des vestiges altérés de l'ancienne tradition.
Les chinois ont des génies qui président aux eaux, aux montagnes ; et chacun d'eux est honoré
par des sacrifices solennels.
Voy. ANGES,
ESPRITS,
FÉES, etc.