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DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES

GHOLES

 La croyance aux vampires, aux gholes, aux lamies, qui sont à peu près le même genre de spectres, est répandue de temps immémorial chez les arabes, chez les perses, dans la Grèce moderne et dans tout l'Orient. Les Mille et une Nuits, et plusieurs autres contes arabes, roulent sur cette matière et maintenant encore, cette terrible superstition porte l'épouvante dans plusieurs contrées de la Grèce moderne et de l'Arabie.
Les gholes sont du sexe féminin. On en cite des histoires qui remontent jusqu'au dixième siècle et même jusqu'au règne d'Haroun al Raschild. Elles mangent la chair et boivent le sang comme les loups-garous plutôt que comme les vampires, car elles n'ont pas toujours besoin d'être mortes pour se livrer à leurs festins funèbres.
Dans un faubourg de Bagdad vivait, dit-on, au commencement du quinzième siècle, un vieux marchand qui avait amassé une fortune considérable et qui n'avait pour héritier de ses biens, qu'un fils qu'il aimait tendrement. Il avait résolu de le marier à la fille d'un de ses confrères, marchand comme lui, et avec qui il avait lié un commerce d'amitié dans ses fréquents voyages.
Cette jeune fille était riche, mais laide ; et Abdul — c'est le nom du jeune homme — à qui on montra son portrait, demanda du temps pour se décider à ce mariage.
Un soir qu'il se promenait seul, à la clarté de la lune, dans les campagnes voisines de Bagdad, il entendit une voix fraîche qui chantait quelques versets du Koran en s'accompagnant d'une guitare. Il traversa le bosquet qui lui cachait la chanteuse et se trouva au pied d'une maisonnette où il vit sur un balcon ombragé d'herbes traînantes, une belle jeune femme.
Il n'osa se faire remarquer que par des signes de respect ; la fenêtre s'étant refermée, il regagna la maison paternelle, sans savoir si seulement il avait été vu.
Le lendemain matin, après la prière du lever du soleil, il revint dans les mêmes lieux, fit d'ardentes recherches et découvrit, non sans peine, que celle qui l'avait frappé était fille d'un sage qui n'avait point d'or à lui donner, mais qui l'avait élevée dans toutes les sciences sublimes : ces nouvelles achevèrent de l'enflammer.
Dès lors, le mariage projeté par son père devint impossible. Il alla trouver le vieillard et lui dit :
« Mon père, vous savez que jusqu'ici je n'ai su que vous obéir : aujourd'hui je viens vous supplier de m'accorder une épouse de mon choix. »
Il exposa sa répugnance pour la femme qu'on lui proposait et son amour pour l'inconnue.
Le vieillard fit quelques objections mais, voyant que son fils était entraîné par ce que les musulmans regardent comme une fatalité irrésistible, il ne mit plus d'obstacle à son désir : il alla trouver le vieux sage et lui demanda sa fille.
Le mariage se fit, dit le conte.
Au bout de trois mois, Abdul s'étant éveillé une certaine nuit, s'aperçut que sa jeune épouse avait quitté la couche nuptiale. Il crut d'abord qu'un accident imprévu ou une indisposition subite avait causé cette absence : il résolut toutefois d'attendre ; mais Nadila — c'était la jeune femme — ne revint qu'une heure avant le jour. Abdul remarquant qu'elle rentrait avec l'air effaré et la démarche mystérieuse, fit semblant de dormir et ne témoigna rien de ses inquiétudes, résolu de s'éclaircir un peu plus tard.
Nadila ne lui parla point de son absence nocturne ; la nuit suivante, elle s'échappa de nouveau, croyant Abdul endormi, et sortit selon sa coutume.
Abdul se hâta de s'habiller, il la suivit de loin par de longs détours. Il la vit entrer enfin dans un cimetière ; il y entra pareillement.
Nadila s'enfonça sous un grand tombeau éclairé de trois lampes.
Quelle fut la surprise d'Abdul, lorsqu'il vit sa jeune et belle épouse, qu'il chérissait si tendrement, entourée de plusieurs gholes, qui se réunissaient là toutes les nuits pour leurs festins effroyables !
Il avait remarqué, depuis son mariage, que sa femme ne mangeait rien le soir ; mais il n'avait tiré de cette observation aucune conséquence fâcheuse.
Il vit bientôt une de ces gholes apportant un cadavre encore frais, autour duquel toutes les autres se rangèrent. L'idée lui vint de se montrer, de dissiper ces hideuses sorcières mais il n'eût pas été le plus fort : il se décida à dévorer son indignation.
Le cadavre fut coupé en pièces et les gholes le mangèrent en chantant des chansons infernales. Ensuite, elles enterrèrent les os et se séparèrent après s'être embrassées.
Abdul, qui ne voulait pas être vu, se hâta de regagner son lit, où il feignit de dormir jusqu'au matin. De toute la journée, il ne témoigna rien de ce qu'il avait vu ; mais, la nuit venue, il engagea sa jeune épouse à prendre sa part d'une légère collation. Nadila s'excusa selon sa coutume ; il insista longtemps et s'écria enfin avec colère :
« Vous aimez mieux aller souper avec les gholes ! »
Nadila ne répondit rien, pâlit, trembla de fureur et alla en silence se mettre au lit avec son époux.
Au milieu de la nuit, lorsqu'elle le crut plongé dans un profond sommeil, elle lui dit d'une voix sombre : « Tiens, expie ta curiosité. »
En même temps elle se mit à genoux sur sa poitrine, le saisit à la gorge, lui ouvrit une veine et se disposa à boire son sang. Tout cela fut l'ouvrage d'un instant. Le jeune homme qui ne dormait point, s'échappa avec violence des bras de la furie et la frappa d'un coup de poignard qui la laissa mourante à ses côtés. Aussitôt il appela du secours, on pansa la plaie qu'il avait à la gorge et le lendemain, on porta en terre la jeune ghole.
Trois jours après, au milieu de la nuit, elle apparut à son époux, se jeta sur lui et voulut l'étouffer de nouveau. Le poignard d'Abdul fut inutile dans ses mains ; il ne trouva de salut que dans une prompte fuite.
Il fit ouvrir le tombeau de Nadila qu'on trouva comme vivante et qui semblait respirer dans son cercueil. On alla à la maison du sage qui passait pour le père de cette malheureuse. II avoua que sa fille, mariée deux ans auparavant à un officier du Calife, avait été tuée par son mari ; mais qu'elle avait retrouvé la vie dans son sépulcre, qu'elle était revenue chez son père ; en un mot, que c'était une femme vampire. On exhuma le corps ; on le brûla sur un bûcher de bois de senteur ; on jeta ses cendres dans le Tigre et le pauvre époux fut délivré.
On sent bien que cette histoire n'est qu'un pur conte ; mais il peut donner une idée des croyances des arabes.
On voit dans certains contes orientaux une espèce de vampire qui ne peut conserver son odieuse vie qu'en avalant de temps en temps le cœur d'un jeune homme On pourrait citer une foule de traits de même sorte dans les contes traduits de l'arabe : ces contes prouvent que les horribles idées du vampirisme sont anciennes en Arabie.

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