GRIMOIRE
Tout le monde sait qu'on fait venir le diable en lisant le Grimoire ; mais il faut
avoir soin, dès qu'il paraît, de lui jeter quelque chose à la tête, une savate, une souris,
un chiffon ; autrement on risque d'avoir le cou tordu.
Le terrible petit volume, connu sous le nom de Grimoire, autrefois tenu secret, était brûlé
très justement dès qu'il était saisi. Nous donnerons ici quelques notes sur les trois
Grimoires les plus connus.
Grémoire (sic) du pape Honorius, avec un recueil des plus rares secrets ; sous la rubrique
de Rome, 1670, in-16°, orné de figures et de cercles. Les cinquante premières pages
ne contiennent que des conjurations.
Voy. CONJURATION
et ÉVOCATIONS.
Dans le Recueil des plus rares secrets, on trouve celui qui force trois demoiselles à venir
danser le soir dans une chambre. Il faut que tout soit lavé dans cette chambre ;
qu'on n'y remarque rien d'accroché ni de pendu, qu'on mette sur la table une nappe blanche,
trois pains de froment, trois sièges, trois verres d'eau ; on récite ensuite une certaine
formule de conjuration et les trois personnes qu'on veut voir viennent, se mettent à table
et dansent, mais au coup de minuit tout disparaît.
On trouve dans le même livre beaucoup de bêtises de ce genre, que nous rapportons
en leur lieu.
Grimorium verum, vel probatissimæ Salomonis claviculæ rabbini Hebraici, in quibus tum
naturalia, tum supernaturalia secreta, licet abditissima, inpromptu apparent, modo operator
per necessaria et contenta faciat ; sciat tamen oportet dæmonum potentia dumtaxat
peragantur ; traduit de l'hébreu par Plaingiere, avec un recueil de secrets curieux.
À Memphis, chez Alibeck l'égyptien, 1517, in-16° (sic omnia), et sur le revers du titre :
Les véritables clavicules de Salomon, à Memphis, chez Alibeck l'égyptien, 1517.
Le grand Grimoire avec la grande clavicule de Salomon, et la magie noire ou les forces
infernales du grand Agrippa, pour découvrir les tresors cachés et se faire obéir à tous
les esprits ; suivis de tous les arts magiques, in-18°, sans date ni nom de lieu.
Ces deux grimoires contiennent, comme l'autre, des secrets que nous donnons ici aux divers
articles qu'ils concernent.
Voici une anecdote sur le grimoire :
Un petit seigneur de village venait d'emprunter à son berger le livre du grimoire,
avec lequel celui-ci se vantait de forcer le diable à paraître. Le seigneur, curieux de voir
le diable, se retira dans sa chambre et se mit à lire les paroles qui obligent l'esprit
de ténèbres à se montrer. Au moment où il prononçait, avec agitation, ces syllabes niaises
qu'il croyait puissantes, la porte, qui était mal fermée, s'ouvre brusquement : le diable
parait, armé de ses longues cornes et tout couvert de poils noirs... Le curieux seigneur
perd connaissance et tombe mourant de peur sur le carreau, en faisant le signe
de la croix.
Il resta longtemps sans que personne vint le relever. Enfin il rouvrit les yeux
et se retrouva avec surprise dans sa chambre. Il visita les meubles pour voir s'il n'y avait
rien de dégradé : un grand miroir qui était sur une chaise se trouvait brisé ; c'était
l'œuvre du diable. Malheureusement pour la beauté du conte, on vint dire un instant après
à ce pauvre seigneur que son bouc s'était échappé et qu'on l'avait repris devant la porte
de cette même pièce où il avait si bien représenté le diable. Il avait vu dans le miroir
un bouc semblable à lui et avait brisé la glace en voulant combattre son ombre.