GUIDO
Un seigneur, nommé Guido, blessé à mort dans un combat, apparut autrefois tout armé
à un prêtre nomme Étienne, quelque temps après son décès, et le pria de dire à son frère
Anselme de rendre un bœuf que lui Guido avait pris à un paysan et de réparer le dommage
qu'il avait fait à un village qui ne lui appartenait pas, ajoutant qu'il avait oublié
de déclarer ces deux péchés dans sa dernière confession et qu'il en était tourmenté.
Pour assurance de ce que je vous dis, continua-t-il, quand vous serez retourné à votre logis,
vous trouverez qu'on vous a volé l'argent que vous destiniez à faire le pèlerinage
de Saint-Jacques.
Étienne, de retour, trouva en effet son coffre forcé et son argent enlevé ; mais il ne put
s'acquitter de sa commission, parce qu'Anselme était absent.
Peu de jours après, le même Guido lui apparut de nouveau et lui reprocha sa négligence.
Étienne s'excusa comme il put et il alla trouver Anselme, qui lui répondit durement
qu'il n'était pas obligé de faire pénitence pour les péchés de son frère.
Le mort apparut une troisième fois au prêtre et lui témoigna son déplaisir du peu
de compassion que son frère avait de lui ; puis il le pria de le secourir lui-même
dans cette extrémité. Étienne restitua le prix du bœuf, dit des prières, fit des aumônes,
recommanda l'âme aux gens de bien de sa connaissance ; et Guido ne reparut plus.