HERBADILLA
Autrefois, il y avait à la place du lac de Grand-Lieu en Bretagne, un vallon
délicieux et fertile, qu'ombrageait la forêt de Vertave ou Vertou. Ce fut là
que se réfugièrent les plus riches citoyens de Nantes et qu'ils sauvèrent leurs trésors
de la rapacité des légions de César. Ils y bâtirent une cité qu'on nomma Herbadilla,
à cause de la beauté des prairies qui l'environnaient. Le commerce centupla
leurs richesses ; mais en même temps le luxe charria jusqu'au sein de leurs murs les vices
des romains. Ils provoquèrent le courroux du ciel. Un jour que saint Martin de Vertou,
fatigué de ses courses apostoliques, se reposait près d'Herbadilla, à l'ombre d'un chêne,
une voix lui cria : « Fidèle confesseur de la foi, éloigne-toi de la cité pécheresse. »
Saint Martin s'éloigne et soudain jaillissent, avec un bruit affreux, des eaux
jusqu'alors inaperçues et qui faisaient irruption d'une caverne profonde. Le vallon
où s'élevait la Babylone des bretons fut tout à coup submergé. À la surface de cette onde
sépulcrale vinrent aboutir par milliers des bulles d'air, derniers soupirs de ceux
qui expiraient dans l'abîme.
Pour perpétuer le souvenir du châtiment, Dieu permet que l'on entende encore au fond
de cet abîme les cloches de la ville engloutie et que l'orage y vive familièrement.
Auprès est une île au milieu de laquelle s'élève une pierre en forme d'obélisque.
Cette pierre ferme l'entrée du gouffre qui a vomi les eaux du lac et ce gouffre est
la prison d'un géant formidable qui pousse d'horribles rugissements.
À quatre lieues de cet endroit, vers l'est, on trouve une grande pierre qu'on appelle
la vieille de saint Martin ; car il est bon de savoir que cette pierre, qui pour bonne
raison garde figure humaine, fut jadis une femme véritable laquelle, s'étant retournée
malgré la défense en sortant de la ville d'Herbadilla, fut transformée en statue.