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DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES

HÈSE (JEAN de)

 Voyageur du quinzième siècle, qui a écrit de singulières choses. M. de Reiffenberg a consacré à ses récits un article curieux, dans le Recueil encyclopédique Belge. Nous en rapporterons quelques passages. Jean de Hèse débute à peu près en ces termes :

L'an du seigneur 1489, moi, Jean de Hèse, du diocèse d'Utrecht, j'ai été à Jérusalem au mois de mai, visitant les lieux saints. Et, dans la mer Rouge, j'ai vu des poissons volant aussi loin qu'une baliste aurait pu les lancer. Ces poissons-là sont rouges, longs de plus de deux pieds ; ils ont la tête ronde comme des chats, avec un bec comme l'aigle ; desquels poissons moi, Jean de Hèse susdit, j'ai mangé... Et attendu que ces poissons sont gros, il faut les faire bouillir pendant longtemps.
De la ville d'Hermopolis, il y a huit jours de marche jusqu'à la ville appelée Amra, qui est assise sur la mer Rouge que l'on y traverse ; et en sept jours on arrive à pied au mont Sinaï, où le corps de sainte Catherine est conservé dans un couvent de chanoines réguliers, vivant fort dévotement et ne mangeant qu'une fois dans la journée. Ces chanoines sont au nombre de treize ; et dans leur église, il y a treize lampes ardentes, qu'on ne peut éteindre et qui brûlent toujours, quoique sans aliments. Mais lorsqu'un des chanoines vient à mourir, une des lampes cesse de briller, jusqu'à ce qu'il soit remplacé ; et alors ele se rallume d'elle-même...
Du mont Sinaï, on arrive en quatre jours au camp d'Helym, duquel les animaux venimeux ne peuvent approcher. Dans le voisinage est la rivière Marath, dont les eaux ayant été frappées par la baguette de Moïse devinrent douces, de très amères qu'elles étaient. Et aujourd'hui, tous les matins, après le lever du soleil, vient une licorne — unicornus — qui exprime dans l'eau le poison que sa corne contient ; ce que j'ai vu moi-même...
Après trois mois de navigation dans la mer Océane, nous arrivâmes en Éthiopie, dite l'Inde intérieure, où prêcha saint Barthélemi. Là habitent les nègres. Plus loin on pénètre parmi les pygmées, qui n'ont qu'une coudée de haut ; ils sont difformes, n'ont point de maisons et habitent dans les grottes, cavernes et conches marines, et l'on raconte dans ce lieu que les pygmées combattent souvent contre les cigognes qui tuent quelquefois leurs enfants. Ces nains vivent au plus douze ans...
Passant de la mer d'Éthiopie dans la mer de Jécor — mare Jecoreum — et dans la mer de sable, on parvient au bout de quatre jours dans le pays de monocules — qui n'ont qu'un œil. La mer de Jécor a la propriété d'attirer les vaisseaux dans ses abîmes, à cause de leur ferrure et parce que son fond est pavé d'aimant qui attire le fer. De l'autre côté est la mer de sable. Et c'est un sable qui coule comme l'eau et qui a son flux et son reflux. Les monocules, qui y entrent à pied, y prennent des poissons...
Les susdits monocules sont gros, forts, anthropophages ; ils ont au milieu du front un œil unique, étincelant comme une escarboucle, et ne vaquent à leurs affaires que la nuit.
Ici M. de Reiffenberg cesse de traduire pour résumer. Ce voyage, écrit en latin, a été publié en 1499, imprimé à Deventer.
De là notre véridique voyageur vient à Andrinople, ville où il y a plus de cinq cents ponts de pierre. Après huit semaines de captivité chez le roi Brandican, de Hèse et ses compagnons s'embarquèrent de nouveau ; en dix jours ils furent en vue d'une montagne de pierre, très haute, sortant de la mer et percée d'un trou de trois milles de longueur, à travers lequel il leur fallut passer. Ce trou était si noir qu'ils eurent continuellement besoin de chandelle. Au sortir du trou, force fut de descendre le navire d'environ vingt coudées, parce que la mer était plus basse...
Après un mois de navigation et vingt-quatre jours de marche, ils arrivèrent à Édesse, où le prêtre Jean fait sa résidence. Cette ville est la capitale de tout l'empire et plus grande que vingt-quatre villes comme Cologne... Au milieu est le palais du prêtre Jean, lequel a environ deux milles d'Allemagne en longueur. Il est soutenu par neuf cents colonnes ; et à celles du milieu sont adossés quatre géants de pierres précieuses dorées, qui semblent soutenir le palais sur leur front incliné...
Les merveilles se multiplient ; on n'a que le choix des prodiges. Tels sont une horloge, qui rend un son effrayant lorsqu'il s'introduit dans le palais quelqu'un de suspect ; une table de pierres précieuses et dorée, aussi légère que si elle était de bois et qui paralyse les effets des mets empoisonnés que l'on pourrait poser dessus ; une cloche que fit fondre saint Thomas et dont le son guérit les possédés ; des appartements tournant comme une roue ; une chapelle où le prêtre Jean, qui est chrétien, entend la messe et qui suit tous les mouvements du ciel ; un miroir orné de trois pierres précieuses, dont l'une fortifie la vue, l'autre rend plus exquise la sensibilité et la troisième augmente l'expérience ; miroir que quatre docteurs choisis ad hoc regardent sans cesse, pour savoir tout ce qui se passe dans le monde. Ces raretés et beaucoup d'autres sont répandues dans sept palais différents, aussi riches que celui du soleil décrit par Ovide.
Et remarquez bien que de Hèse a été dans ces lieux en personne. Il visite ensuite une île où Gog et Magog étaient enfermés, disait-on, entre deux montagnes. Les insulaires étaient singulièrement conformés, car ils avaient deux visages sur une seule tête, l'un devant et l'autre derrière.
Après cet itinéraire vient une lettre du prêtre Jean à son ami Emmanuel, gouverneur de Rome. Il lui fait un détail de sa puissance et se met à conter de nouvelles merveilles : une pierre qui guérit tous les malades pourvu qu'ils soient chrétiens ; des vers qui ne vivent que dans le feu ; une table toujours couverte pour trente mile personnes, sans compter les survenants, etc...
Ce livre est terminé par un petit traité sur la vie et les mœurs du prêtre Jean et par trois chapitres sur les curiosités de l'Inde. J'ignore, dit M. de Reiffenberg, si ces fables ont été recueillies par de Hèse ; du moins l'auteur ne se met plus en scène ; il ne dit plus : « J'ai vu ; j'ai été là. » Le phénix, des poissons de forme humaine, des hommes à tête de chiens, des satyres, des peuples exempts de vieillesse et de décrépitude sont mis sous la garantie de Pline le naturaliste. C'est peut-être là que notre voyageur les aura prises, ou plutôt dans quelques-unes de ces compilations du Moyen Âge où l'antiquité était ridiculement travestie et dont l'auteur de la chronique Margaritique, Juliens Hossetier, d'Ath, extrayait encore, vers 1508, les contes puérils dont il a farci son ouvrage.

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