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DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES

HIPPOCRATE

 Père de la médecine. Les légendes du Moyen Âge font de lui un grand magicien et lui prêtent des aventures dans le genre de celles qu'elles attribuent à Virgile. On met sous son nom un Traité des songes, dont on recherche les éditions accompagnées des commentaires de Jules-César Scaliger ; in-8°, Gnesne, 1610 ; et un autre livre intitulé les Aspects des étoiles.

Légende d'Hippocrate

Du temps que César-Auguste était empereur de Rome, son neveu Gatus, qu'il aimait par-dessus toutes choses et qui devait hériter de l'empire, tomba malade. Les médecins ne purent le guérir. Il y avait trois jours et trois nuits qu'il ne parlait plus ; toute la cour était dans une grande tristesse. Sur ces entrefaites, Hippocrate entra dans Rome, qu'il fut surpris de trouver en deuil. Il avait beau interroger les passants, personne ne lui parlait. Il monta au palais de l'empereur, pour savoir la cause de cette douleur publique. Il se fraya passage jusqu'à la chambre où le malade était couché, comprit alors la douleur publique, mit la main sur le cœur de Gatus et dit à César-Auguste : « Quelle faveur m'accorderez-vous, si je rends la vie à ce malade ? » L'empereur promit tout ; et le savant médecin, prenant dans son aumônière une herbe et un breuvage, en composa une potion qu'il fit avaler au malade, en lui ouvrant doucement la bouche. L'enfant ouvrit les yeux aussitôt, dit quelques paroles. En moins de trente jours, Hippocrate le remit en bonne santé.
Auguste combla de biens l'habile docteur et fit élever deux piliers, sur lesquels il mit la statue d'Hippocrate et celle de Gatus. Il admit le savant à sa table et lui donna place dans son amitié.
Peu de temps après, des habitants du pays de Galles vinrent s'établir à Rome. Il y avait parmi eux une dame d'une grande beauté. Un jour que de la fenêtre du palais elle regardait la statue d'Hippocrate, comme on lui vantait le philosophe : « Tout philosophe qu'il est, dit-elle, je gage qu'en un jour je le ferai tenir pour le plus grand fou du monde. »
Le savant médecin, ayant appris ce propos, voulut connaître la belle Galloise. À sa vue, il en devint si épris, qu'il tomba malade. L'empereur, inquiet, envoya toute sa cour auprès de lui ; la Galloise y vint, reçut les aveux du philosophe, s'y montra sensible et Hippocrate recouvra la santé.
Mais la belle dame, qu'il croyait épouser, était une malicieuse. Comme Hippocrate la pressait : « Venez cette nuit sous ma fenêtre, lui dit-elle ; je descendrai une corbeille attachée à une corde et avec l'aide de ma servante, je vous monterai dans la tour, où je vous ferai savoir mes conditions.
Le savant fut exact : au milieu de la nuit il se plaça dans la corbeille, que la Galloise et sa servante élevèrent au sommet de la tour, beaucoup plus haut que leur fenêtre ; puis, attachant la corde à un croc, elles laissèrent le malheureux Hippocrate suspendu au milieu des airs.
Or, cette corbeille était à Rome une espèce de pilori où l'on exposait les malfaiteurs. Quand il fut jour et que l'on vit là Hippocrate, tout le monde chercha quel pouvait être son crime. L'empereur était à la chasse, d'où il ne revint que le soir : et ainsi la corbeille ne fut descendue qu'à la nuit.
Le savant, dont le cœur n'était pas guéri, ne voulut pas faire connaître l'auteur de son triste accident, de peur d'exposer celle qu'il aimait à la colère de l'empereur et sa passion à la risée des courtisans. La Galloise lui fit donc d'autres mauvais tours ; si bien que, pour se venger alors, il la rendit éprise, au moyen d'un philtre, d'un vieux nain bossu et contrefait, avec lequel on fut bien surpris de la voir se marier.
Quelque temps après, un chevalier vint à Rome annoncer à César-Auguste qu'un homme de Nazareth, appelé Jésus, guérissait tous les malades, ressuscitait les morts et faisait d'autres merveilles. Hippocrate aussitôt quitta Rome, en disant qu'il allait chercher Jésus et apprendre de lui ce qu'il ne savait pas.
En cheminant, guérissant partout les malades, mais ne ressuscitant pas les morts, il arriva chez Antoine, roi de Perse, dont il rendit le fils à la santé. Antoine, pour récompense, lui fit épouser la fille du roi de Syrie.
Pour recevoir dignement la belle princesse, le philosophe, qui était magicien, comme vous voyez, fit construire un palais magnifique, où éclataient l'or, l'argent et les pierreries ; son art, d'ailleurs, l'avait rendu puissamment riche. Il construisit aussi un lit qui guérissait de toutes maladies ceux qu'il y faisait coucher.
Cependant la princesse ne l'aimait point, parce qu'il n'était pas de race royale. Hippocrate s'en aperçut et il se fit une coupe d'or, à laquelle il fixa des pierres précieuses qui neutralisaient l'effet des poisons. Plusieurs fois la méchante femme essaya de l'empoisonner, mais inutilement : le charme de la coupe était supérieur à la puissance des venins. Irritée de cet obstacle, la princesse déroba la coupe et la jeta dans la mer.
Hippocrate s'aperçut donc de ses mauvais desseins : aussi refit-il, au plus vite, une autre coupe moins belle mais qui avait la même vertu. Cependant il oubliait d'aller chercher Jésus de Nazareth et pour ses passions, comme tant d'autres, il se perdait.
Sur ces entrefaites, le roi Antoine tint une cour plénière, à laquelle Hippocrate s'empressa de se rendre avec la princesse sa femme. Un soir, après souper, le roi, le philosophe et la méchante femme étaient à une fenêtre qui donnait sur la cour du château. Ils virent dans cette cour une jeune truie qui mangeait un grand ver. Hippocrate s'écria :
« Celui qui mangerait la tête de cet animal périrait sur-le-champ, nul remède ne pourrait le sauver.
— Nul remède ? demanda la princesse.
— Nul remède, répéta le philosophe, excepté s'il buvait l'eau dans laquelle cette tête aurait été cuite.
— Cela est bien étrange, » ajouta la femme ; puis elle parut s'occuper de tout autre sujet.
Mais, aussitôt qu'elle fut libre, elle alla trouver le cuisinier du palais et lui ordonna de servir à Hippocrate la tête de cette truie, qu'elle désigna, et elle recommanda de jeter l'eau qui aurait servi à faire cuire l'animal. Le cuisinier exécuta ponctuellement les ordres qu'il avait reçus ; et à peine le philosophe eut-il mangé une partie de la tête de la truie que, devinant la trahison de sa femme, il s'écria : « Hélas ! je suis mort. »
Il s'empressa d'aller aux cuisines demander l'eau dans laquelle avait été cuite la tête de l'animal venimeux ; on lui indiqua le fumier sur lequel cette eau avait été jetée. Il s'y coucha, mais inutilement : le poison était plus fort et le brûlait peu à peu.
La princesse qui l'avait trahi ne put jouir de sa mort ; car malgré les prières de son mari, qui lui pardonnait et demandait grâce pour elle, le roi Antoine la fit exposer sur un rocher du rivage. Elle y resta trois jours et y mourut.
Hippocrate cherchait à force de soins à prolonger son existence ; mais la vie le quittait d'heure en heure. Il fit creuser sa tombe sous un rocher ; et avant de mourir, il fit une chose qui étonna beaucoup tous ceux qui la virent : il prit un panier de jonc et le remplit d'herbes ; puis il jeta dessus beaucoup d'eau, qu'il fit sortir par un seul jet, sans laisser une goutte s'échapper d'un autre côté. On eût dit qu'elle coulait d'un tonneau bien fermé. On lui demanda pourquoi il agissait ainsi.
« Je le fais, dit-il, pour vous montrer combien c'est une grande chose que la mort d'un homme, quand elle est résolue. Aucune médecine ne peut l'empêcher ; car, si je devais guérir, je pourrais arrêter la dyssenterie qui me travaille, comme j'ai ôté de ce panier l'eau qui s'y trouvait. »
Après avoir ainsi parlé, le fils d'Esculape ne tarda pas à mourir ; il expira le quinzième jour de septembre, quinze années avant la mort de Notre-Seigneur...
Nous avons emprunté cette notice à un extrait plus étendu que M. Leroux de Lincy a publié, Ce savant y ajoute un fragment du roman des Sept sages de Rome, où Hippocrate joue un rôle peu glorieux.
Hippocrate, dit l'une des histoires de ce livre, fut le plus savant médecin de la terre. De toute sa famille, il ne lui resta qu'un neveu, auquel il se garda bien de découvrir la science qu'il possédait. Malgré tout, le jeune homme étudia en silence et devint aussi habile que son oncle qui, ayant reconnu son talent, n'en parut nullement contrarié. Il arriva que le fils du roi de Hongrie tomba malade. Hippocrate fut mandé aussitôt ; mais d'importantes affaires l'empêchaient d'entreprendre un aussi long voyage, il répondit au roi que ne pouvant obéir à ses ordres, il lui enverrait un sien neveu. Ce dernier se rendit à la cour de Hongrie.
Le roi et la reine présentèrent le malade au jeune médecin, qui regarda l'enfant, regarda le père, regarda la mère, puis demanda à voir leurs urines : on les lui montra. Après avoir longtemps réfléchi, le jeune médecin dit : « Donnez à manger à cet enfant de la chair de bœuf. » On obéit à la prescription et le fils du roi de Hongrie guérit aussitôt. Le jeune médecin, richement payé par le roi, retourna près de son oncle. Hippocrate lui demanda :
« As-tu guéri l'enfant ? »
— Oui, sire.
— Que lui as-tu donné ?
— De la chair de bœuf.
— Tu es bien savant, dit Hippocrate » ; et de ce moment il roula dans son esprit des pensées de mort et de trahison à l'égard de son neveu.
Il l'appela un jour et l'emmena avec lui dans un jardin.
« Je vois une belle herbe, » dit le jeune homme ; et il s'empressa de la cueillir et de la présenter à son oncle.
« C'est vrai, répliqua Hippocrate, mais je crois en sentir une autre meilleure. »
Le neveu s'agenouilla pour la cueillir ; aussitôt Hippocrate tira un couteau qu'il avait caché sous sa robe, s'approcha du jeune homme, le frappa et le tua. Il fit plus ; rentré chez lui, il prit tous les livres qui étaient en sa possession et les brûla.
Hippocrate, dit le même livre, sentant qu'il allait bientôt mourir, se fit apporter une tonne remplie d'eau pure, qu'il fit percer en divers endroits et qu'il boucha hermétiquement. Puis, ayant séché I'eau de la tonne avec une poudre, il appela ses amis : « Voici une tonne, leur dit-il, que j'ai remplie d'eau claire ; or, débouchez-la. »
Les amis d'Hippocrate tirèrent les chevilles mais l'eau ne coula pas :
« J'ai pu étancher toute l'eau de cette tonne, reprit le médecin ; mais je ne puis arrêter celle qui coule de mon corps : c'est pourquoi je vais mourir. »
Et il ne se trompait pas ; il ne tarda pas à rendre le dernier soupir.

Legrand d'Aussy, dans ses fabliaux, où il ménage si peu la délicatesse de son lecteur, a donné aussi d'Hippocrate l'aventure de la corbeille, qui du reste est copiée de la légende de Virgile.

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