Les conditions propres à chaque peuple sont distinguées, tantôt selon les parallèles
et les angles, tantôt suivant leur position envers l'écliptique et le Soleil. De fait
tandis que la région que nous habitons est dans le quadrant boréal, les gens qui vivent
sous les parallèles plus méridionaux, c'est-à-dire depuis l'équinoxe jusqu'au solstice
d'été — vu que le Soleil passe au-dessus de leur tête — sont plus brûlés,
sont noirs de corps, ont les cheveux frisés et épais, le visage court, les membres secs ;
ils sont chauds par nature et pour la plupart rudes en leur mœurs, à raison de la chaleur
qui est continuelle en leurs quartiers. Ce sont ceux que nous nommons Éthiopiens ;
et non seulement ils sont tels eux-mêmes, mais l'air de leur pays, leurs animaux
et leurs plantes ont aussi plus de sécheresse.
Ceux qui habitent sous les parallèles septentrionaux, c'est-à-dire qui ont l'Ourse
verticale parce qu'ils sont fort éloignés du Zodiaque et de la chaleur du Soleil,
ont aussi plus de froid et partant, abondent davantage en humidité, par laquelle
leurs corps sont nourris ; et vu qu'ils ne sont point desséchés par la chaleur, ils sont
d'une couleur plus blanche, ont les cheveux longs et leurs corps sont grands, remplis
de suc et pas du tout froids ; Ces hommes sont aussi de mœurs sauvages, à cause
des continuelles froidures ; les hivers sont plus longs sous cet air, les arbres
plus grands et les bêtes furieuses. Or d'un nom général nous appelons ceux-là Scythes.
Ceux qui habitent les lieux contenus entre le tropique d'été et les sept étoiles
de la Grande Ourse — parce que le Soleil ne s'élève pas jusque sur le sommet
de leur tête, ni ne se recule de là fort loin, vers le Midi — ont leur demeure
dessous un air tempéré, lequel cependant a des différences de froid et de chaud, mais qui
ne sont pas grandes toutefois ; aussi les différences que les froidures et la chaleur
causent au corps n'y sont pas fort considérables. Ainsi sont-ils d'une couleur moyenne,
d'une stature médiocre, d'une nature tempérée, vivant proches les uns des autres,
et traitables en leurs mœurs. Parmi eux les peuples approchant du Midi sont en général
plus ingénieux, plus fins, et plus experts en la connaissance des choses divines,
parce que leur Zénith est plus proche du Zodiaque et des planètes avec lesquelles, ayant
comme plus d'affinité, ces hommes ont aussi l'esprit plus habile à éplucher les secrets
de nature, et une plus grande promptitude à pouvoir apprendre les sciences. En outre,
les peuples qui habitent vers le Levant, ont une âme plus mâle et plus assurée et sont
moins cachés, car l'Orient est de nature solaire. C'est pourquoi cette partie de la terre
doit être estimée diurne, mâle et droite, de la même façon que, dans les animaux,
les parties droites sont les plus chaudes et les plus robustes.
Mais ceux qui demeurent vers le Couchant sont plus efféminés, plus délicats et plus cachés.
Car cette partie est attribuée à la Lune, parce que la Lune, après la conjonction,
se laisse toujours d'abord voir au Couchant. Ainsi est-elle nocturne et senestre en tant
qu'opposée à l'Orient.