J'ai traité de chacune des parties dont on s'enquiert touchant le corps, les mœurs
et la fortune, et ce sommairement, comme j'avais arrêté dès le commencement de cette œuvre.
Mais vu que cette considération n'est seulement que des principales et plus grossières
parties, il y faut maintenant ajouter celle de la division des temps, qui est naturelle
et convenable avec la doctrine précédente. Comme donc en toutes les prédictions,
on a coutume de considérer tout d'abord la constitution générale, qui est plus puissante
que celles des particuliers, de même il faut qu'on prenne attentivement garde au pays,
d'autant qu'on peut de là juger de beaucoup de choses particulières, à savoir,
de ce qui touche aux formes des corps, aux mœurs et à la diversité des lois.
Aussi c'est une chose qui convient aux observations naturelles de préférer toujours
la plus puissante cause ; de peur, qu'en raison de la vraisemblance qui est en la naissance,
on ne dise qu'un Éthiopien ait un visage blanc et une chevelure longue et raide
et qu'un Allemand soit basané et ses cheveux naturellement frisés ; ou que ceux-ci soient
paisibles et amateurs des arts et des passe-temps publics, et les Grecs au contraire
sauvages et ignorants. Lorsqu'il sera question des mœurs des nations, qu'on ne se détourne
pas aussi des lois et de la façon de vivre, comme si quelqu'un promettait à un Italien
qu'il épouserait sa sœur, ce qui n'est ordinaire qu'aux Égyptiens, et à un Égyptien,
sa mère qui est seulement permis aux Perses. Enfin qu'on préfère toujours la constitution
générale ; ensuite qu'on y ajoute et qu'on y accommode les choses particulières
selon le plus ou le moins. Aussi dans la division des temps il faut encore régler
les évènements aux différences des âges, de crainte que nous décevant, nous n'allions
attribuer à un enfant l'action ou des noces ou quelque autre chose qui convienne
à des hommes faits ; ou que nous ne donnions à un faible et débile vieillard la faculté
d'engendrer, ou quelque autre chose qui soit propre à la jeunesse. Mais selon la raison
des âges nous nous accommoderons aux choses qui leurs sont possibles et convenables.
En effet en tous les hommes il y a une naturelle conjecture qui est universelle,
qui commence par le premier âge et par l'orbe qui nous est plus voisin, à savoir
celui de la Lune, et qui finit au dernier âge et au plus haut orbe des planètes,
c'est-à-dire à celui de Saturne. Aussi arrivera-t-il à chaque âge des choses qui seront
convenables à la nature de sa planète, lesquelles toutefois il faut prendre généralement ;
puis, après, tirer les différences particulières des significations qui se trouvent en la naissance.
Ainsi les quatre premières années sont données à la Lune suivant le nombre de quatre ans
qui lui est propre ; elle gouverne l'enfant en cet âge et régit suivant la qualité
de sa nature et de sa puissance, l'humidité, les flux du corps, la promptitude
de l'accroissement, la nourriture liquide, le changement de tempérament, et la puissance
émoussée de la partie raisonnable.
Mercure suivant la moitié de ses vingt ans, gouverne les dix années suivantes
de l'âge enfantin, dans lequel espace il forme et façonne la partie raisonnable
en telle sorte que les semences des disciplines y sont répandues, que les inclinations
des mœurs et des études sont reconnues et les esprits réveillés par la doctrine,
par l'accoutumance, et par les premiers exercices.
Le troisième âge, qui est celui de l'adolescence, a Vénus pour sa gouvernante
pendant les huit années suivantes dont le nombre s'accorde fort bien avec son propre tour.
En effet elle commence dès lors à mouvoir et à remplir les conduits naturels par où
nous sommes excités au désir des choses de Vénus. Aussi dans ce temps est-on piqué
des plus forts aiguillons et échauffé de plus puissantes ardeurs d'un appétit désordonné
qui font naître l'amour, l'erreur et l'aveuglement dans les choses mêmes qu'on a présentes
à ses yeux.
Mais le quatrième et moyen âge qui est celui de la jeunesse a pour son gouverneur
le Soleil, qui tient la sphère du Milieu et préside sur les dix-neuf ans qui suivent.
Aussi ajoute-t-il à l'esprit quelque chose de majestueux, l'autorité et la gravité
dans les actions, le désir de la gloire et celui d'une condition honorable ; et fait passer
des jeux, des mœurs déshonnêtes et des vices qu'on avait appelés, à la fierté,
à la modestie et au souhait des honneurs.
Le cinquième est l'âge d'homme, que Mars, suivant l'espace de sont tour, gouverne durant
quinze années, où il rend les esprits et les corps plus forts et plus propres à endurer
le travail ; augmente les soins et les incommodités ; donne le sens et la précaution,
principales vertus d'un âge avancé et pousse à entreprendre avec peine quelque chose
de mémorable, avant d'arriver à une fin plus prochaine de la vie.
Jupiter, qui est le sixième, gouverne la vieillesse pendant l'espace de douze ans,
suivant sa révolution. Alors il apporte la répugnance pour les travaux qu'on fait
de ses propres mains, qui sont difficiles, fâcheux et dangereux ; et de plus, il porte
à ne rien faire avec précipitation, à conseiller, admonester et consoler les autres ;
il donne le souci de conserver l'honneur et la louange et fait avoir la libéralité,
la révérence et la sainteté.
Le dernier est Saturne qui régit la dernière vieillesse lorsque déjà par une trop grande
froideur les mouvements et les forces du corps et de l'esprit se trouvent empêchés
soit dans la hardiesse, soit dans l'appétit des voluptés qui chatouillent le plus.
C'est en ce temps que la nature décline si promptement après avoir perdu sa force ;
que le corps se dessèche et survient la tristesse ; qu'on se met aisément en colère
et que le chagrin et l'ennui s'emparent facilement de nous, à cause de la débilité
des mouvements, qui est ordinaire en cet âge.
C'est ainsi que les différences des âges se considèrent en général. Mais quant
aux particulières significations, elles se doivent prendre en la naissance
— ainsi que je l'ai dit ci-devant en parlant des degrés et des accidents
qui ont pouvoir sur la vie — du lieu qui a cette faculté auquel les rayons
sont envoyés. C'est-à-dire qu'il faut prendre garde à l'aphète. Par l'Ascendant on jugera
de la santé et des voyages. Par le Sort de Fortune on jugera des biens. Par la situation
de la Lune, on jugera des mœurs et de la conversation. Par la position du Soleil,
des honneurs et de la gloire. Par le Milieu du Ciel, du reste des autres actions de la vie,
et de la procréation des enfants. Mais à la charge qu'une seule planète favorable
ne dominera pas toute seule en un même temps quand plusieurs accidents contraires viendront
à se rencontrer, comme par exemple lorsque quelqu'un perdant un parent reçoit
une succession ; ou étant malade se trouve pourvu de quelque dignité ; ou fait un voyage,
ou que des enfants lui naissent et qu'il lui arrive — comme il est ordinaire —
d'autres choses de telle sorte. Parce que les évènements qui appartiennent aux corps,
à l'esprit, aux biens, aux honneurs, aux amis et aux ennemis, ne sont pas également heureux ;
mais il arrive que quelque chose de tel peut être dans une félicité parfaite
ou dans une infortune extrême, quand les planètes bénéfiques, ou au contraire
les maléfiques, viennent à se rencontrer par l'entière émission de leurs rayons.
Cela toutefois advient rarement parce que les hommes arrivent peu souvent à l'une
ou à l'autre de ces deux extrémités, mais qu'ils sont ordinairement sujets aux mélanges
des biens et des maux. C'est en cette façon que nous distinguerons les lieux de l'aphète.
Mais entre les planètes qui viennent à sa rencontre dans les lieux où les rayons sont
envoyés, nous ne prendrons pas seulement ceux qui sont anærètes — ainsi que j'ai dit
aux temps de la durée de la vie — mais bien nous les prendrons tous. Et non seulement
ceux qui sont conjoints par corps, ou qui sont opposés, ou en carrés, mais encore ceux-là
qui regardent ou de trines ou de sextils aspects.
Il faut donc tout d'abord donner les temps de quelque direction que ce soit à la planète
qui tient le degré du lieu aphétique, ou à quelque autre qui le regarde. Et s'il n'y en a
point, il faut les donner à la planète qui marche prochainement devant ; et ce,
jusqu'à ce que nous parvenions à une autre qui, selon l'ordre des signes applique au degré
qui suit. À celle-ci encore nous donnerons les temps jusqu'à celle qui viendra immédiatement
après et ainsi de suite ; à toutes nous joindrons conjointement pour dispositeurs
les planètes qui seront seigneurs des termes. Or si la direction se tire de l'Ascendant,
nous prendrons les ans de la longitude égale aux degrés des ascensions de chaque climat.
Ou si elle se prend au Milieu du Ciel, nous rendrons les ans égaux aux degrés
des ascensions droites. Et si jusqu'aux angles de même sorte, nous ferons les ans égaux
aux ascensions et descensions, comparées à proportion du temps que le significateur
doit mettre pour aller au Milieu du Ciel, ou de celui qu'il a passé depuis qu'il en est
parti, ainsi que nous avons dit en parlant de la vie.
C'est en cette sorte que nous établirons ces principaux chronocators. Mais pour les annuels,
nous les constituerons en nombrant les années — selon la succession des signes —
depuis le lieu du significateur ; et donnant à chaque an un signe, nous prendrons
le seigneur du dernier nombre pour dispositeur de l'année. Nous en userons de même
pour les mois, comptant selon l'ordre des signes depuis le lieu de la domination annuelle,
en donnant à chaque signe vingt-huit jours. Et de la même façon nous compterons les jours
depuis le lieu de la domination mensale, donnant à chaque signe deux jours et demi.
Il faut aussi bien prendre garde aux planètes qui passent sur les lieux principaux,
car elles ne sont pas de peu de crédits dans les jugements des temps. Saturne
dans les généraux, Jupiter dans les annuels, Mars, le Soleil, Vénus et Mercure
dans les mensuels et la Lune dans ceux qui se terminent pas les jours. Et il faut
se souvenir que les généraux arbitres des temps produisent et gouvernent les évènements ;
que les particuliers aident leur action, ou les empêchent selon le rapport
ou la contrariété de leur nature ; et que les passages ne font qu'augmenter ou diminuer
les accidents. Et qu'universellement ainsi le lieu du significateur et l'arbitre des temps
généraux — prenant ainsi pour participant le seigneur des termes — signifient
la qualité et la durée des accidents, car les planètes retiennent toujours
la même sympathie, avec les lieux dont elles avaient le commandement dès le temps
de la naissance.
De savoir si les évènements doivent être heureux ou contraires, on le prend de la condition
bénéfique ou maléfique des arbitres du temps, soit qu'elle soit naturelle
ou bien qu'elle soit acquise ; et aussi de la sympathie ou contrariété qu'au commencement
de la naissance ont ces mêmes arbitres avec les lieux qu'ils vont rencontrer.
Quant au temps où doit paraître la force des évènements, il se tirera de la configuration
des signes annuels et mensaux aux lieux qui causent les effets. Et du rapport
que les passages des astres et les configurations du Soleil et de la Lune ont envers
les signes annuels et mensaux. En effet s'ils sont d'accord dès le commencement
de la naissance avec les lieux affectés, et qu'il arrive ensuite que par leur passage
ils soient encore en configuration amie c'est un bon signe pour la personne qui est ainsi
née ; c'en est un mauvais si leur configuration est ennemie et contraire. Mais s'ils sont
en discorde dès la naissance, et qu'ensemble la diversité de la condition s'y rencontre,
et que les planètes par leurs passages infortunent ces lieux par rayons opposés
ou carrés, ils apportent beaucoup de maux ; ce qui n'a coutume d'arriver quand ils sont
autrement configurés.
Lorsque les mêmes planètes se trouvent seigneurs et des temps et des passages, elles font
de grandes choses, et en l'une et l'autre part ne promettent rien de médiocre.
Et bien davantage aussi, si non seulement elles sont arbitres des temps, mais encore
si dès la naissance elles gouvernent cet événement.
Or ceux-là sont tout à fait heureux ou malheureux auxquels le même lieu est occupé
par plusieurs significateurs, ou auxquels, étant diversement placés, il arrive
en même temps toutes ou plusieurs directions bonnes ou mauvaises.
Ce sera donc cette méthode que nous tiendrons, en ce qui concerne la considération
des temps, où je n'ajouterai point celle des genres des évènements, parce qu'ayant fait
connaître, comme je me l'étais proposé d'abord, quelle est la puissance générale
des astres, on pourra conséquemment dessus ajuster la particulière, si avec la cause
astrologique on sait judicieusement joindre celle qui procède du tempérament.