Les talismans sont l'objet du respect des bons esprits,
comme les saintes images de la religion vulgaire ; mais ces esprits n'y peuvent,
en aucune manière, être entraînés.
Les talismans ont la puissance que la volonté leur donne,
quand nous sommes en communication par la pensée et par nos œuvres
avec le cercle des bons esprits. Ils ressemblent en cela à la Sainte Hostie
du sacrifice catholique qui est le salut pour les justes et la damnation pour les pêcheurs,
et qui ainsi suivant les dispositions de celui qui la reçoit, réalise Dieu ou le Diable.
La consécration du talisman est un pacte que vous traitez avec le bien,
si votre intention est pure, et avec le mal si votre intention est mauvaise.
C'est une mauvaise intention que de vouloir acquérir une puissance exceptionnelle
qui vous rende supérieur aux autres hommes, quand même vous ne voudriez user
de cette puissance que pour faire du bien ; car suivant la parole du Maître,
«celui qui s'exalte sera humilié et celui qui s'humilie sera exalté».
Mais il ne faut pas même s'humilier dans le désir d'être exalté,
car alors votre humiliation fictive serait une hypocrisie de l'orgueil.
[...]
Les pentacles et les talismans ne sont, pour les profanes, que du métal et du parchemin
chargés de figures bizarres et cela n'a par soi-même aucune valeur.
C'est comme un évangile pour celui qui ne sait pas lire, ou une bible en hébreu
ou en grec pour celui qui ne comprend pas ces langues anciennes.
L'ignorant qui se servirait des pages de ce livre sacré, sans le savoir,
pour les usages les plus profanes ou même les plus immondes n'offenserait Dieu
en aucune manière, il n'y aurait pas de profanation dans le fait, puisqu'il ne pourrait
y en avoir dans l'intention.
On entre dans le cercle des bons et des mauvais esprits par des intentions
réalisées par des actes.
La consécration d'un talisman est un acte, mais un acte purement intentionnel.
Forger une arme, ce n'est pas combattre et encore moins vaincre.
Éliphas Lévi, Le Voile d'Isis, décembre 1907