Pour développer avec les détails convenables l'argument historique, thème favori
invoqué par les alchimistes en faveur de leur science, nous allons rapporter les évènements
les plus remarquables parmi ceux que l'on a désignés sous le nom de faits de transmutation
métallique. Nous ne prendrons pour guides, dans ces récits, que les écrivains qui ont eu
le soin d'appuyer leurs narrations sur des documents et des renseignements positifs. Tels
sont G. de Hoghelande, dans son Historiæ aliquot transmutationis métallicæ, Lenglet
du Fresnoy, dans son Histoire de la philosophie hermétique, et Schmieder, dans son ouvrage
Geschichte der Alchemie. Des faits singuliers que nous allons essayer de faire revivre,
il ne sortira nullement la preuve que la pierre philosophale a été trouvée.
Sur cette question, notre opinion est fort arrêtée ; et bien que l'état présent
de la chimie ne repousse point d'une manière formelle la possibilité d'un tel résultat,
nous n'hésitons pas à avancer que le grand secret de la science hermétique n'a jamais été
révélé à aucun élu dans la longue série de siècles où il a été l'objet de tant
de recherches ardentes. Nous aurons soin de placer, à côté de chacun des événements
que nous aurons à raconter, l'explication qui permet le mieux d'en rendre compte.
Dans un grand nombre de cas, c'est par l'emploi de fraudes faciles à signaler que le fait
peut s'expliquer. Aussi conseillons-nous au lecteur, avant d'entreprendre la lecture
des pages qui vont suivre, de se reporter au célèbre mémoire de Geoffroy
sur les supercheries concernant la pierre philosophale pour le consulter dans un moment
de doute et d'hésitation. Dans d'autres cas, les adeptes agissaient de bonne foi,
et les résultats merveilleux qu'ils voyaient se produire tenaient à des circonstances
étrangères qui leur échappaient, mais que l'état actuel des sciences chimiques permet
aujourd'hui de saisir.
Ces réserves établies, nous pouvons aborder l'histoire des transmutations métalliques.
On comprendra, après cette lecture, l'émotion profonde que ces événements ont excitée
en Europe dans les siècles de crédulité et d'ignorance au milieu desquels ils ont apparu,
et l'influence qu'ils durent exercer à cette époque sur l'imagination des hommes :
le crédit universel, l'empire immense dont l'alchimie a joui si longtemps en Europe, n'aura
dès lors plus rien qui doive étonner.
Les écrivains qui se sont attachés à nous transmettre les divers faits que l'on considère
comme de véritables transmutations, rapportent un certain nombre de ces événements,
qui se seraient passés pendant les douzième et treizième siècles. Ils attribuent
des projections couronnées de succès à divers alchimistes de cette époque, tels que Arnauld
de Villeneuve, saint Thomas d'Aquin, Alain de Lisle et Albert le Grand. Nous ne remonterons
point à des temps si éloignés, parce que les témoignages qui nous restent concernant
ces faits seraient insuffisants pour la sincérité et l'utilité d'une discussion historique.
C'est seulement du quatorzième siècle que nous ferons partir la revue qui va nous occuper.
D'ailleurs, c'est à cette époque qu'appartient l'un des événements qui ont marqué le plus
dans les fastes de la philosophie hermétique. C'est alors qu'apparaît Nicolas Flamel
et son étrange chronique, qui a donné tant de popularité et de retentissement à l'alchimie.
C'est donc par l'examen des transmutations attribuées à ce personnage célèbre
que nous commencerons l'histoire des transmutations métalliques.