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CINQ TRAITÉS D'ALCHIMIE
LE CHEMIN DU CHEMIN - PARTIE 1

 Ici commence le Chemin du Chemin traité court, bref, succinct, utile à qui le comprendra. Les chercheurs habiles y trouveront une partie de la Pierre végétale que les autres Philosophes ont cachée avec soin.
Père vénérable, prête-moi pieusement l'oreille. Apprends que le Mercure est le sperme cuit de tous les métaux ; sperme imparfait quand il sort de la terre, à cause d'une certaine chaleur sulfureuse. Suivant son degré de sulfuration, il engendre les divers métaux dans le sein de la terre. Il n'y a donc qu'une seule matière première des métaux, suivant une action naturelle plus ou moins forte, suivant le degré de cuisson, elle revêt des formes différentes. Tous les Philosophes sont d'accord sur ce point. En voici la démonstration : chaque chose est composée des éléments en lesquels on peut la décomposer. Citons un exemple impossible à nier et facile à comprendre : la glace à l'aide de la chaleur se résout en eau, donc c'est de l'eau. Or tous les métaux se résolvent en Mercure ; donc ce Mercure est la matière première de tous les métaux. J'enseignerai plus loin la manière de faire cette transmutation, détruisant ainsi l'opinion de ceux qui prétendent que la forme des métaux ne peut être changée. Ils auraient raison si l'on ne pouvait réduire les métaux en leur matière première, mais je montrerai que cette réduction en la matière première est facile et que la transmutation est possible et faisable. Car tout ce qui naît, tout ce qui croît, se multiplie selon son espèce, ainsi les arbres, les hommes, les herbes. Une graine peut produire mille autres graines. Donc il est possible de multiplier les choses à l'infini. D'après ce qui précède, celui qui analyse les choses verra que si les Philosophes ont parlé d'une façon obscure, ils ont dit du moins la vérité. Ils ont dit en effet que notre Pierre a une âme, un corps et un esprit, ce qui est vrai. Ils ont comparé son corps imparfait au corps, parce qu'il est sans puissance par lui-même ; ils ont appelé l'Eau un esprit vital, parce qu'elle donne au corps, imparfait en soi et inerte, la vie qu'il n'avait pas auparavant et qu'elle perfectionne sa forme. Ils ont appelé le ferment âme, car ainsi qu'on le verra plus loin, il a aussi donné la vie au corps imparfait, il le perfectionne et le change en sa propre nature.
Le Philosophe dit : Change les natures et tu trouveras ce que tu cherches. Cela est vrai. Car dans notre magistère nous tirons d'abord le subtil de l'épais, l'esprit du corps, et enfin le sec de l'humide, c'est-à-dire la terre de l'Eau, c'est ainsi que nous changeons les natures ; ce qui était en bas nous le mettons en haut, de sorte que l'esprit devient corps, ensuite le corps devient esprit. Les philosophes disent encore que l'on fait notre Pierre d'une seule chose et avec un seul vaisseau ; et ils ont raison. Tout notre magistère est tiré de notre Eau et se fait avec elle. Elle dissout les métaux eux-mêmes, mais ce n'est pas en se changeant en eau de la nuée, comme le croient les ignorants. Elle calcine et réduit en terre. Elle transforme les corps en cendres, elle incinère, blanchit et nettoie, selon ce que dit Morien : l'Azoth et le feu nettoient le Laiton, c'est-à-dire le lavent et lui enlèvent complètement sa noirceur. Le laiton est un corps impur, l'azoth c'est l'argent-vif.
Notre Eau unit des corps différents entre eux, s'ils ont été préparés comme il vient d'être dit ; cette union est telle que ni le feu ni aucune autre force ne peut les séparer par la combustion de leur principe igné. Cette transmutation subtilise les corps, mais ce n'est pas là la sublimation vulgaire des simples d'esprit, des gens sans expérience, pour lesquels sublimer c'est élever. Ces gens-là prennent des corps calcinés, les mêlent aux esprits sublimables, c'est-à-dire au Mercure, à l'Arsenic, au Soufre, etc., et ils subliment le tout à l'aide d'une forte chaleur.
Les corps calcinés sont entraînés par les esprits et ils disent qu'ils sont sublimés. Mais quelle n'est pas leur déception, quand ils trouvent des corps impurs avec leurs esprits plus impurs qu'auparavant ! Notre sublimation ne consiste pas à élever ; la sublimation des Philosophes est une opération qui fait d'une chose vile et corrompue — par la terre — une autre chose plus pure. De même quand l'on dit communément : Untel a été élevé à l'Épiscopat... par élevé on entend qu'il a été exalté et placé dans une position plus honorable. De même nous disons que les corps ont changé de nature, c'est-à-dire qu'ils ont été exaltés, que leur essence est devenue plus pure ; on voit donc que sublimer est la même chose que purifier ; c'est ce que fait notre Eau.
C'est ainsi que l'on doit entendre notre sublimation philosophique sur laquelle beaucoup se sont trompés.
Or, notre Eau mortifie, illumine, nettoie et vivifie ; elle fait d'abord apparaître les couleurs noires pendant la mortification des corps, puis viennent des couleurs nombreuses et variées, et enfin la blancheur. Dans le mélange de l'Eau et du ferment du corps, c'est-à-dire du corps préparé, une infinité de couleurs apparaissent.
C'est ainsi que notre Magistère est tiré d'un, se fait avec un, et il se compose de quatre et trois sont en un.
Apprends encore, Père vénérable, que les Philosophes ont multiplié les noms de la Pierre mixte pour la mieux cacher. Ils ont dit qu'elle est corporelle et spirituelle, et ils n'ont pas menti, les Sages comprendront. Car elle a un esprit et un corps ; le corps est spirituel seulement dans la solution et l'esprit est devenu corporel par son union avec le corps. Les uns l'appellent ferment, les autres Airain.
Morien dit : La science de notre Magistère est comparable en tout à la procréation de l'homme. Premièrement, le coït. Secondement, la conception. Troisièmement, l'imbibition. Quatrièmement, la naissance. Cinquièmement, la nutrition ou alimentation. Je vais t'expliquer ces paroles. Notre sperme qui est le Mercure, s'unit à la terre, c'est-à-dire au corps imparfait, appelé aussi Terre-Mère — la terre étant la mère de tous les éléments. C'est là ce que nous entendons par le coït.
Puis lorsque la terre a retenu en soi un peu de Mercure, on dit qu'il y a conception. Quand nous disons que le mâle agit sur la femelle, il faut entendre par là que le Mercure agit sur la terre. C'est pourquoi les Philosophes ont dit que notre magistère est mâle et femelle et qu'il résulte de l'union de ces deux principes.
Après l'adjonction de l'Eau, c'est-à-dire du Mercure, la terre croît et augmente en blanchissant, on dit alors qu'il y a imbibition. Ensuite le ferment se coagule, c'est-à-dire qu'il se joint au corps imparfait, préparé comme il a été dit, jusqu'à ce que sa couleur et son aspect soient uniformes, c'est la naissance, parce qu'à ce moment apparaît notre Pierre que les Philosophes ont appelée : le Roi, comme il est dit dans la Tourbe : Honorez notre roi sortant du feu, couronné d'un diadème d'or ; obéissez-lui jusqu'à ce qu'il soit arrivé à l'âge de la perfection, nourrissez-le jusqu'à ce qu'il soit grand. Son père est le Soleil, sa mère est la Lune ; la Lune c'est le corps imparfait. Le Soleil c'est le corps parfait.
Cinquièmement et en dernier lieu vient l'alimentation, plus il est nourri, plus il s'accroît. Or, il se nourrit de son lait, c'est-à-dire du sperme qui l'a engendré au commencement. Il faut donc l'imbiber de Mercure, jusqu'à ce qu'il en ait bu deux parties, ou plus si c'est nécessaire.

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