D'où l'on doit retirer la matière prochaine de l'Élixir
Dans ce qui précède on a suffisamment déterminé la genèse des métaux parfaits
et imparfaits.
Maintenant nous allons travailler à rendre pure et parfaite la matière imparfaite.
Il ressort des chapitres précédents que tous les métaux sont composés de Mercure
et de Soufre, que l'impureté et l'imperfection des composants se retrouve dans le composé ;
comme on ne peut ajouter aux métaux que des substances tirées d'eux-mêmes, il s'ensuit
qu'aucune matière étrangère ne peut nous servir, mais que tout ce qui est composé des deux
principes suffit pour perfectionner et même transmuer les métaux.
Il est très surprenant de voir des personnes, pourtant habiles, travailler sur les animaux,
lesquels constituent une matière très éloignée, alors qu'elles ont sous la main une matière
suffisamment prochaine dans les minéraux. Il n'est pas impossible qu'un Philosophe ait
placé l'Œuvre dans ces matières éloignées, mais c'est par allégorie qu'il l'aura fait.
Deux principes composent tous les métaux et rien ne peut s'attacher, s'unir aux métaux
ou les transformer, s'il n'est lui-même composé des deux principes. C'est ainsi
que le raisonnement nous force à prendre pour Matière de notre Pierre, le Mercure
et le Soufre.
Le Mercure seul, le Soufre seul ne peuvent engendrer les métaux, mais par leur union,
ils donnent naissance aux divers métaux et à de nombreux minéraux. Donc il est évident
que notre Pierre doit naître de ces deux principes.
Notre dernier secret est très précieux et très caché : sur quelle matière minérale,
prochaine entre toutes, doit-on directement opérer ? Nous sommes obligé de choisir
avec soin. Supposons d'abord que nous tirions notre matière des végétaux : herbes, arbres
et tout ce qui naît de la terre. Il faudra en extraire le Mercure et le Soufre
par une longue cuisson, opérations que nous repoussons, puisque la nature nous offre
du Mercure et du Soufre tout faits.
Si nous avions élu les animaux, il nous faudrait travailler sur le sang humain, cheveux,
urine, excréments, œufs de poule, enfin tout ce que l'on peut tirer des animaux.
Il nous faudrait, là encore, extraire par la cuisson, le Mercure et le Soufre.
Nous récusons ces opérations pour notre première raison. Si nous avions choisi les minéraux
mixtes, telles que sont les diverses espèces de magnésies, marcassites, tuties, couperoses
ou vitriols, aluns, borax, sels, etc., il faudrait mêmement en extraire le Mercure
et le Soufre par cuisson, ce que nous repoussons pour les mêmes raisons que ci-dessus.
Si nous choisissions l'un des sept esprits comme le Mercure seul, ou le Soufre seul,
ou bien le Mercure et l'un des deux soufres, ou bien le soufre-vif, ou l'orpiment
ou l'arsenic jaune, ou l'arsenic rouge, nous ne pourrions les perfectionner ; parce que
la nature ne perfectionne que le mélange déterminé des deux principes. Nous ne pouvons
faire mieux que la nature, et il nous faudrait extraire de ces corps le Soufre
et le Mercure, ce que nous repoussons comme ci-dessus.
Finalement, si nous prenions les deux principes eux-mêmes, il nous faudrait les mêler
selon une certaine proportion immuable, inconnue à l'esprit humain, et ensuite les cuire
jusqu'à ce qu'ils soient coagulés en une masse solide.
C'est pourquoi nous écartons l'idée de prendre les deux principes séparés, c'est-à-dire
le Soufre et le Mercure, parce que nous ignorons leur proportion et que nous trouverons
des corps dans lesquels les deux principes sont unis dans de justes proportions, coagulés
et conjoints selon les règles.
Cache bien ce secret : l'Or est un corps parfait et mâle sans superfluité ni pauvreté.
S'il perfectionnait les métaux imparfaits fondus avec lui, ce serait l'Élixir rouge.
L'Argent aussi est un corps presque parfait et femelle, et si par simple fusion, il rendait
presque parfaits les métaux imparfaits, ce serait l'Élixir blanc. Ce qui n'est pas
et ce qui ne peut pas être, parce que ces corps sont parfaits à un seul degré.
Si leur perfection était communicable aux métaux imparfaits, ces derniers
ne se perfectionneraient pas et ce seraient les métaux parfaits qui seraient souillés
par le contact des imparfaits. Mais s'ils étaient plus que parfaits, au double,
au quadruple, au centuple, etc., ils pourraient alors perfectionner les imparfaits.
La nature opère toujours simplement, c'est pour cela que la perfection est simple
en eux, indivisible et non transmissible. Ils ne pourraient entrer dans la composition
de la Pierre, comme ferments, pour abréger l'œuvre ; ils se réduiraient en effet
en leurs éléments, la somme de volatil dépassant la somme de fixe.
Et parce que l'or est un corps parfait composé d'un Mercure rouge, brillant, et d'un Soufre
semblable, nous ne le prendrons pas comme matière de la Pierre pour l'Élixir rouge ;
car il est trop simplement parfait, sans perfection subtile, il est trop bien cuit
et digéré naturellement et c'est à peine si nous pouvons le travailler avec notre feu
artificiel ; de même pour l'argent.
Quand la nature perfectionne quelque chose, elle ne sait cependant pas le purifier,
le parfaire intimement, parce qu'elle opère avec simplicité. Si nous choisissons l'or
et l'argent, nous pourrions à grand peine trouver un feu capable d'agir sur eux. Quoique
nous connaissions ce feu, nous ne pouvons cependant arriver à la purification parfaite
à cause de la puissance de leurs liens et de leur harmonie naturelle ; aussi repoussons
l'or pour l'Élixir rouge, l'argent pour l'Élixir blanc. Nous trouverons un certain corps,
composé de Mercure et de Soufre suffisamment purs, sur lesquels la nature aura peu
travaillé.
Nous nous flattons de perfectionner un tel corps avec notre feu artificiel
et la connaissance de l'art. Nous le soumettrons à une cuisson convenable, le purifiant,
le colorant et le fixant selon les règles de l'art. Il faut donc choisir une matière
qui contienne un Mercure pur, clair, blanc et rouge, pas complètement parfait, mélangé
également, dans les proportions voulues et selon les règles, avec un Soufre semblable
à lui. Cette matière doit être coagulée en une masse solide et telle qu'à l'aide
de notre science et de notre prudence, nous puissions parvenir à la purifier intimement,
à la perfectionner par notre feu, et à la rendre telle qu'à la fin de l'Œuvre, elle soit
des milliers de fois plus pure et plus parfaite que les corps ordinaires cuits
par la chaleur naturelle.
Sois donc prudent ; car si tu as exercé la subtilité et l'acuité de ton esprit
sur ces chapitres où je t'ai manifestement révélé la connaissance de la Matière,
tu possèdes dès maintenant cette chose, ineffable et délectable, objet de tous les désirs
des Philosophes.