De la manière de régler le feu et de le maintenir
Si tu n'as pas la tête trop dure, si ton esprit n'est pas enveloppé complètement
du voile de l'ignorance et de l'inintelligence, je puis croire que dans les précédents
chapitres tu as trouvé la vraie Matière des Philosophes, matière de la Pierre bénite
des sages, sur laquelle l'Alchimie va opérer dans le but de perfectionner les corps
imparfaits à l'aide de corps plus que parfaits. La nature ne nous offrant que des corps
parfaits ou imparfaits, il nous faut rendre indéfiniment parfaite par notre travail
la Matière nommée ci-dessus.
Si nous ignorons la manière d'opérer, quelle en est la cause, sinon que nous n'observons pas
comment la nature perfectionne chaque jour les métaux ? Ne voyons-nous pas que
dans les mines, les éléments grossiers se cuisent tellement et s'épaississent si bien
par la chaleur constante existant dans les montagnes, qu'avec le temps elle se transforme
en Mercure ? Que la même chaleur, la même cuisson transforme les parties grasses
de la terre en Soufre ? Que cette chaleur appliquée longtemps à ces deux principes,
engendre selon leur pureté ou leur impureté tous les métaux ? Ne voyons-nous pas
que la nature produit et perfectionne tous les métaux par la seule cuisson ? Ô folie
infinie, qui donc, je vous le demande, qui donc vous oblige à vouloir faire la même chose
à l'aide de régimes bizarres et fantastiques ? C'est pourquoi un Philosophe a dit :
Malheur à vous qui voulez surpasser la nature et rendre les métaux plus que parfaits
par un nouveau régime, fruit de votre entêtement insensé. Dieu a donné à la nature des lois
immuables, c'est-à-dire, qu'elle doit agir par cuisson continue, et vous insensés,
vous la méprisez ou vous ne savez pas l'imiter. Il dit de même : Le feu
et l'azoth doivent te suffire. Et ailleurs : La chaleur perfectionne tout.
Et ailleurs : Il faut cuire, recuire et ne pas s'en fatiguer. Et en différents
passages : Que votre feu soit calme et doux ; qu'il se maintienne ainsi chaque jour,
toujours uniforme, sans faiblir, sinon il s'ensuivra un grand dommage. Sois patient
et persévérant. Broie sept fois. Sache que tout notre magistère se fait d'une chose,
la Pierre, d'une seule façon, en cuisant et dans un seul vase. Le feu broie. L'Œuvre est
semblable à la création de l'homme. Dans l'enfance on le nourrit d'aliments légers,
puis quand ses os se sont affermis, la nourriture devient plus fortifiante ; de même
notre magistère est d'abord soumis à un feu léger avec lequel il faut toujours agir
pendant la cuisson. Mais quoique nous parlions sans cesse de feu modéré,
nous sous-entendons néanmoins que dans le régime de l'Œuvre il faut l'augmenter peu à peu
et par degré jusqu'à la fin.