Prends du vitriol de Vénus, préparé selon les règles de l'art spagyrique ; ajoutes-y
les éléments de l'eau et de l'air que tu avais mis de côté. Mélange, fais putréfier pendant
un mois comme il a été dit.
La putréfaction finie, tu remarqueras le signe des éléments. Sépare et tu verras bientôt
deux couleurs, le blanc et le rouge. Le rouge est au-dessus du blanc. La teinture rouge
du vitriol est tellement puissante qu'elle teint en rouge tous les corps blancs,
et en blanc tous les corps rouges, ce qui est merveilleux. Travaille sur cette teinture
dans une cornue et tu en verras sortir la noirceur. Remets dans la cornue ce qui a distillé,
et recommence jusqu'à ce que tu obtiennes un liquide blanc. Sois patient et ne désespère pas
de l'Œuvre.
Rectifie jusqu'à ce que tu trouves le lion vert, brillant et véritable que tu reconnaîtras
à son grands poids. C'est la teinture de l'Or. Tu contempleras les signes admirables
de notre lion vert, qu'aucun des trésors du lion romain ne pourraient payer. Gloire à celui
qui a su le trouver et en tirer la teinture ! C'est le vrai baume naturel des planètes
célestes, il empêche la putréfaction des corps, et ne permet pas à la lèpre, à la goutte,
à l'hydropisie de s'implanter dans le corps humain. Lorsqu'il a été fermenté avec le Soufre
de l'Or, on le prescrit à la dose d'un grain.
Ah ! Charles l'allemand, qu'as-tu fait de tes trésors de science ? Où sont tes physiciens ?
Où sont tes docteurs ? Où sont ces bandits qui purgent et médicamentent impunément ?
Ton firmament est bouleversé ; tes astres, hors de leurs orbites, se promènent bien loin
de la voie marécageuse qui leur avait été tracée ; aussi tes yeux ont-ils été frappés
de cécité, comme par un charbon incandescent, quand tu as contemplé notre splendeur
et notre fierté superbe. Si tes adeptes savaient que leur prince Galien — qui est en enfer —
m'a écrit des lettres pour reconnaître que j'ai raison, ils feraient le signe de la croix
avec une queue de renard ! Et votre Avicenne ! Il est assis sur le seuil des enfers ;
j'ai discuté avec lui de son or potable, de la teinture physique, du mithridate
et de la thériaque. Ô hypocrites, qui méprisez les vérités que vous enseigne un vrai
médecin, instruit par la nature, fils de Dieu lui-même ! Allez toujours, imposteurs,
qui ne prévalez qu'à l'aide de hautes protections. Mais patience ! Après ma mort,
mes disciples se lèveront contre vous, ils vous traîneront à la face des cieux, vous
et vos sales drogues, qui vous servent à empoisonner les princes et les grands
de la chrétienté.
Malheur sur vos têtes au jour du jugement ! Moi au contraire, je sais que mon règne viendra.
Je régnerai dans l'honneur et la gloire. Ce n'est pas moi qui me loue, c'est la Nature,
car elle est ma mère et je lui obéis encore. Elle me connaît et je la connais. La lumière
qui est en elle, je l'ai contemplée, je l'ai démontrée dans le Microcosme et je l'ai
retrouvée dans l'Univers.
Mais il me faut revenir à mon sujet pour satisfaire les désirs de mes disciples,
que je favorise volontiers, quand ils sont pourvus des lumières naturelles,
quand ils connaissent l'astrologie et surtout quand ils sont habiles dans la philosophie,
qui nous apprend à connaître la matière de tout.
Prends quatre parties en poids de l'Eau métallique que j'ai décrite, deux parties
de la Terre de Soleil rouge, une partie de Soufre du soleil. Mets le tout dans un pélican,
solidifie et désagrège trois fois. Tu auras ainsi la Teinture des alchimistes.
Nous ne parlerons pas ici de ses propriétés puisqu'elles sont indiquées dans le livre
des Transmutations. Avec une once de Teinture du Soleil, tu pourras teindre mille onces
de Soleil ; si tu possèdes la teinture du Mercure, tu pourras de même teindre complètement
le corps du mercure vulgaire. De même la teinture de Vénus transmuera complètement en métal
parfait le corps de Vénus. Toutes ces choses ont été confirmées par l'expérience. Il faut
entendre la même chose pour les teintures des autres planètes : Saturne, Jupiter, Mars,
la Lune. Car de ces métaux on tire aussi des teintures ; nous n'en dirons rien ici,
en ayant amplement parlé dans le traité de la Nature des choses et dans les Archidoxes.
J'ai suffisamment décrit pour les spagyristes, la matière première des métaux
et des minéraux, maintenant ils connaissent la teinture des alchimistes. Il ne faut pas
moins de neuf mois pour préparer cette teinture ; travaille donc avec ardeur,
sans te décourager ; pendant quarante jours alchimiques, fixe, extrais, sublime, putréfie,
coagule en pierre, et tu obtiendras enfin le Phénix des Philosophes.
Mais ne va pas oublier que le soufre du cinabre est un Aigle, qui vole sans faire de vent,
et qu'il transporte le corps du vieux Phénix dans un nid où il se nourrit de l'élément
du feu. Ses petits lui arrachent les yeux, ce qui produit la blancheur. C'est là le baume
de ces intestins qui donne la vie au cœur, selon ce qu'ont enseigné les cabalistes.
