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CINQ TRAITÉS D'ALCHIMIE
LE COMPOSÉ DES COMPOSÉS
CHAPITRE I

De la formation des métaux en général
par le Soufre et le Mercure


 On a observé que la nature des métaux, telle que nous la connaissons, est d'être engendrée d'une manière générale par le Soufre et le Mercure. La différence seule de cuisson et de digestion produit la variété dans l'espèce métallique. J'ai observé moi-même que dans un seul et même vaisseau, c'est-à-dire dans un même filon, la nature avait produit plusieurs métaux et de l'argent, disséminés çà et là. Nous avons en effet démontré clairement dans notre Traité des minéraux que la génération des métaux est circulaire, on passe facilement de l'un à l'autre suivant un cercle, les métaux voisins ont des propriétés semblables ; c'est pour cela que l'argent se change plus facilement en or que tout autre métal.
Il n'y a plus en effet à changer dans l'argent que la couleur et le poids, ce qui est facile. Car une substance déjà compacte augmente plus facilement de poids. Et comme il contient un soufre blanc jaunâtre, sa couleur sera aussi aisée à transformer.
Il en est de même des autres métaux. Le Soufre est pour ainsi dire leur père et le Mercure leur mère.
C'est encore plus vrai, si l'on dit que dans la conjonction le Soufre représente le sperme du père et que le Mercure figure un menstrue coagulé pour former la substance de l'embryon. Le Soufre seul ne peut engendrer, ainsi le père seul.
De même que le mâle engendre de sa propre substance mêlée au sang menstruel, de même le Soufre engendre avec le Mercure, mais seul il ne produit rien. Par cette comparaison nous voulons faire entendre que l'Alchimiste devra enlever d'abord au métal la spécificité que lui a donnée la Nature, puis qu'il procède comme la nature a procédé, avec le Mercure et le Soufre préparés et purifiés toujours en suivant l'exemple de la nature.


Du Soufre

Le Soufre contient trois principes humides.
Le premier de ces principes est surtout aérien et igné, on le trouve dans les parties extérieures du Soufre, à cause même de la grande volatilité de ses éléments, qui s'envolent facilement et consument les corps avec lesquels ils viennent en contact.
Le second principe est flegmatique, autrement dit aqueux, il se trouve immédiatement placé sous le précédent. Le troisième est radical, fixe, adhérent aux parties internes. Celui-là seul est général, et on ne peut le séparer des autres sans détruire tout l'édifice. Le premier principe ne résiste pas au feu ; étant combustible, il se consume dans le feu et calcine la substance du métal avec lequel on le chauffe. Aussi est-il non seulement inutile, mais encore nuisible au but que nous nous proposons. Le second principe ne fait que mouiller les corps, il n'engendre pas, il ne peut non plus nous servir. Le troisième est radical, il pénètre toutes les particules de la matière qui lui doit ses propriétés essentielles. Il faut débarrasser le Soufre des deux premiers principes pour que la subtilité du troisième puisse nous servir à faire un composé parfait.
Le feu n'est autre chose que la vapeur du Soufre ; la vapeur du Soufre bien purifié et sublimé blanchit et rend plus compact. Aussi les alchimistes habiles ont-ils coutume d'enlever au Soufre ses deux principes superflus par des lavages acides, tels que le vinaigre des citrons, le lait aigri, le lait de chèvres, l'urine des enfants. Ils le purifient par lixiviation, digestion, sublimation. Il faut finalement le rectifier par résolution de façon à n'avoir plus qu'une substance pure contenant la force active, perfectible et prochaine du métal. Nous voilà en possession d'une partie de notre Œuvre.


De la nature du Mercure

Le Mercure renferme deux substances superflues, la terre et l'eau. La substance terreuse a quelque chose du Soufre, le feu la rougit. La substance aqueuse a une humidité superflue.
On débarrasse facilement le Mercure de ses impuretés aqueuses et terreuses par des sublimations et des lavages très acides. La nature le sépare à l'état sec du Soufre et le dépouille de sa terre par la chaleur du soleil et des étoiles.
Elle obtient ainsi un Mercure pur, complètement débarrassé de sa substance terreuse, ne contenant plus de parties étrangères. Elle l'unit alors à un Soufre pur et produit enfin dans le sein de la terre des métaux purs et parfaits. Si les deux principes sont impurs les métaux sont imparfaits. C'est pourquoi dans les mines on trouve des métaux différents, ce qui tient à la purification et à la digestion variable de leurs Principes. Cela dépend de la cuisson.


De l'Arsenic

L'Arsenic est de même nature que le Soufre, tous deux teignent en rouge et en blanc. Mais il y a plus d'humidité dans l'arsenic, et sur le feu il se sublime moins rapidement que le Soufre.
On sait combien le Soufre se sublime vite et comment il consume tous les corps, excepté l'or. L'Arsenic peut unir son principe sec à celui du Soufre, ils se tempèrent l'un l'autre, et une fois unis on les sépare difficilement ; leur teinture est adoucie par cette union.
L'Arsenic, dit Geber, contient beaucoup de Mercure, aussi peut-il être préparé comme lui. Sachez que l'esprit, caché dans le Soufre, l'Arsenic et l'Huile animale, est appelé par les philosophes Élixir blanc. Il est unique, miscible à la substance ignée, de laquelle nous tirons l'Élixir rouge ; il s'unit aux métaux fondus, ainsi que nous l'avons expérimenté, il les purifie, non seulement à cause des propriétés précitées, mais encore parce qu'il y a une proportion commune entre ses éléments.
Les métaux diffèrent entre eux selon la pureté ou l'impureté de la matière première, c'est-à-dire du Soufre et du Mercure, et aussi selon le degré du feu qui les a engendrés.
Selon le Philosophe, l'Élixir s'appelle encore Médecine, parce qu'on assimile le corps des métaux au corps des animaux. Aussi disons-nous qu'il y a un esprit caché dans le Soufre, l'Arsenic et l'Huile extraite des substances animales. C'est là l'esprit que nous cherchons, à l'aide duquel nous teindrons tous les corps imparfaits en parfaits. Cet esprit est appelé Eau et Mercure par les Philosophes. Le Mercure, dit Geber, est une médecine composée de sec et d'humide, d'humide et de sec. Tu comprends la succession des opérations : extrais la terre du feu, l'air de la terre, l'eau de l'air, puisque l'eau peut résister au feu. Il faut noter ces enseignements, ce sont des arcanes universels.
Aucun des principes qui entrent dans l'Œuvre n'a de puissance par lui-même ; car ils sont enchaînés dans les métaux, ils ne peuvent perfectionner, ils ne sont plus fixes. Il leur manque deux substances, une miscible aux métaux en fusion, l'autre fixe qui puisse coaguler et fixer. Aussi Rhasès a dit : Il y a quatre substances qui changent dans le temps ; chacune d'elles est composée des quatre éléments et prend le nom de l'élément dominant. Leur essence merveilleuse s'est fixée dans un corps et avec ce dernier on peut nourrir les autres corps. Cette essence est composée d'eau et d'air, combinés de telle sorte que la chaleur les liquéfie. C'est là un secret merveilleux. Les minéraux employés en Alchimie doivent pour nous servir avoir une action sur les corps fondus. Les pierres, que nous utilisons, sont au nombre de quatre, deux teignent en blanc, les deux autres en rouge. Aussi le blanc, le rouge, le Soufre, l'Arsenic, Saturne n'ont qu'un même corps. Mais en ce seul corps, que de choses obscures ! Et d'abord il est sans action sur les métaux parfaits.
Dans les corps imparfaits, il y a une eau acide, amère, aigre, nécessaire à notre art. Car elle dissout et mortifie les corps, puis les revivifie et les recompose. Rhasès dit dans sa troisième lettre : Ceux qui cherchent notre Entéléchie, demandent d'où provient l'amertume aqueuse élémentaire. Nous leur répondons : de l'impureté des métaux. Car l'eau contenue dans l'or et l'argent est douce, elle ne dissout pas, au contraire elle coagule et fortifie, parce qu'elle ne contient ni acidité ni impureté comme les corps imparfaits. C'est pourquoi Geber a dit : On calcine et on dissout l'or et l'argent sans utilité, car notre Vinaigre se tire de quatre corps imparfaits ; c'est cet esprit mortifiant et dissolvant qui mélange les teintures de tous les corps que nous employons dans l'Œuvre. Nous n'avons besoin que de cette eau, peu nous importe les autres esprits.
Geber a raison ; nous n'avons que faire d'une teinture que le feu altère, bien au contraire, il faut que le feu lui donne l'excellence et la force pour qu'elle puisse s'allier aux métaux fondus. Il faut qu'elle fortifie, qu'elle fixe, que malgré la fusion elle reste intimement unie au métal.
J'ajouterai que des quatre corps imparfaits on peut tout tirer. Quant à la manière de préparer le Soufre, l'Arsenic et le Mercure, indiquée plus haut, on peut la reporter ici.
En effet, lorsque dans cette préparation nous chauffons l'esprit du Soufre et de l'Arsenic avec des eaux acides ou de l'huile, pour en extraire l'essence ignée, l'huile, l'onctuosité, nous leur enlevons ce qu'il y a de superflu en eux ; il nous reste la force ignée et l'huile, les seules choses qui nous soient utiles ; mais elles sont mêlées à l'eau acide qui nous servait à purifier, il n'y a pas moyen de les en séparer ; mais du moins nous sommes débarrassés de l'inutile. Il faut donc trouver un autre moyen d'extraire de ces corps, l'eau, l'huile et l'esprit très subtil du Soufre qui est la vraie teinture très active que nous cherchons à obtenir. Nous travaillerons donc ces corps en séparant par décomposition ou encore par distillation leurs parties composantes naturelles, et nous arriverons ainsi aux parties simples. Quelques-uns, ignorant la composition du Magistère, veulent travailler sur le seul Mercure, prétendant qu'il a un corps, une âme, un esprit, et qu'il est la matière première de l'or et de l'argent. Il faut leur répondre qu'à la vérité quelques Philosophes affirment que l'Œuvre se fait de trois choses, l'esprit, le corps et l'âme, tirées d'une seule. Mais d'autre part on ne peut trouver en une chose ce qui n'y est pas. Or, le Mercure n'a pas la teinture rouge, donc il ne peut, seul, suffire à former le corps du Soleil ; il nous serait impossible avec le seul Mercure de mener l'Œuvre à bonne fin. La Lune seule ne peut suffire, cependant ce corps est pour ainsi dire la base de l'Œuvre.
De quelque manière qu'on travaille et transforme le Mercure, jamais il ne pourra constituer le corps. Ils disent aussi : On trouve dans le Mercure un Soufre rouge, donc il renferme la teinture rouge. Erreur ! Le Soufre est le père des métaux, on n'en trouve jamais dans le mercure qui est femelle.
Une matière passive ne peut se féconder elle-même. Le Mercure contient bien un Soufre, mais, comme nous l'avons déjà dit, c'est un soufre terrestre. Remarquons enfin que le Soufre ne peut supporter la fusion ; donc l'Élixir ne peut se tirer d'une seule chose.

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