Du régime de la Pierre
Il y a quatre régimes de la Pierre : 1° décomposer ; 2° laver ; 3° réduire ; 4° fixer.
Dans le premier régime on sépare les natures, car sans division, sans purification,
il ne peut y avoir conjonction. Pendant le second régime, les éléments séparés sont lavés,
purifiés, et ramenés à l'état simple. Au troisième on change notre Soufre en minière
du Soleil, de la Lune et des autres métaux. Au quatrième tous les corps précédemment
extraits de notre Pierre sont unis, recomposés, et fixés pour rester désormais conjoints.
Il y en a qui comptent cinq degrés dans le Magistère : 1° résoudre les substances
en leur matière première ; 2° amener notre terre, c'est-à-dire la magnésie noire à être
prochaine de la nature du Soufre et du Mercure ; 3° rendre le Soufre aussi prochain
que possible de la matière minérale du Soleil et de la Lune ; 4° composer de plusieurs
choses un Élixir blanc ; 5° brûler parfaitement l'Élixir blanc, lui donner la couleur
du cinabre, et partir de là pour faire l'Élixir rouge.
Enfin il y en a qui comptent quatre degrés dans l'Œuvre, d'autres trois, d'autres deux
seulement. Ces derniers comptent ainsi : 1° mise en œuvre et purification des éléments ;
2° conjonction.
Remarque bien ce qui suit : la matière de la Pierre des Philosophes est à bas prix ;
on la trouve partout, c'est une eau visqueuse comme le mercure que l'on extrait de la terre.
Notre eau visqueuse se trouve partout, jusque dans les Latrines, ont dit certains
Philosophes, et quelques imbéciles, prenant leurs paroles à la lettre, l'ont cherchée
dans les excréments.
La nature opère sur cette matière en lui enlevant quelque chose, son principe terreux,
et en lui adjoignant quelque chose, le Soufre des Philosophes, qui n'est pas le soufre
du vulgaire, mais un Soufre invisible, teinture du rouge. Pour dire la vérité, c'est
l'esprit du vitriol romain. Prépare-le ainsi : Prends du salpêtre et du vitriol romain,
deux livres de chaque ; broie subtilement. Aristote a donc raison quand il dit
en son quatrième livre des Météores : Tous les Alchimistes savent que l'on ne peut
en aucune façon changer la forme des métaux, si on ne les réduit auparavant en leur matière
première. Ce qui est facile comme on le verra bientôt. Le Philosophe dit qu'on ne peut
pas aller d'une extrémité à l'autre sans passer par le milieu. À une extrémité
de notre pierre philosophale sont deux luminaires, l'or et l'argent, à l'autre extrémité
l'Élixir parfait ou teinture. Au milieu l'Eau-de-vie philosophique, naturellement purifiée,
cuite et digérée. Toutes ces choses sont proches de la perfection et préférables aux corps
de nature plus éloignée. De même qu'au moyen de la chaleur, la glace se résout en eau,
pour avoir été jadis eau, de même les métaux se résolvent en leur matière première qui est
notre Eau-de-vie. La préparation est indiquée dans les chapitres suivants. Elle seule peut
réduire tous les corps métalliques en leur matière première.