De la sublimation du Mercure
Au nom du Seigneur, procure-toi une livre de mercure pur provenant de la mine.
D'autre part, prends du vitriol romain et du sel commun calciné, broie et mélange
intimement. Mets ces deux dernières matières dans un large vase de terre vernissé
sur un feu doux, jusqu'à ce que la matière commence à fondre et à couler. Alors prends
ton mercure minéral, mets-le dans un vase à long col et verse goutte à goutte sur le vitriol
et le sel en fusion. Remue avec une spatule de bois, jusqu'à ce que le mercure soit
tout entier dévoré et qu'il n'en reste plus trace. Quand il aura complètement disparu,
dessèche la matière à feu doux pendant la nuit. Le lendemain matin, tu prendras la matière
bien desséchée, tu la broieras finement sur une pierre. Tu mettras la matière pulvérisée
dans le vase sublimatoire nommé aludel pour la sublimer selon l'art. Tu mettras
le chapiteau et tu enduiras les jointures de lut philosophique, afin que le mercure
ne puisse s'échapper. Tu placeras l'aludel sur son fourneau et tu l'y luteras de façon
qu'il ne puisse s'incliner et qu'il se tienne bien droit ; alors tu feras un petit feu
pendant quatre heures pour chasser l'humidité du mercure et du vitriol ;
après l'évaporation de l'humidité, augmente le feu pour que la matière blanche et pure
du mercure se sépare de ses impuretés, cela pendant quatre heures ; tu verras si cela suffit
en introduisant une baguette de bois dans le vase sublimatoire par l'ouverture supérieure,
tu descendras jusqu'à la matière et tu sentiras si la matière blanche du mercure est
superposée au mélange. Si cela est, enlève le bâton, ferme l'ouverture du chapiteau
avec un lut pour que le mercure ne puisse s'échapper et augmente le feu de telle sorte que
la matière blanche du mercure s'élève au-dessus des fèces, jusque dans l'aludel, cela
pendant quatre heures. Chauffe enfin avec du bois de manière à obtenir des flammes, il faut
que le fond du vase et le résidu deviennent rouges ; continue ainsi tant qu'il restera
un peu de substance blanche du mercure adhérente aux fèces. La force et la violence du feu
finiront par l'en séparer. Cesse alors le feu, laisse refroidir le fourneau et la matière
pendant la nuit. Le lendemain matin retire le vase du fourneau, enlève les luts
avec précaution pour ne pas salir le Mercure, ouvre l'appareil ; si tu trouves une matière
blanche, sublimée, pure, compacte, pesante, tu as réussi. Mais si ton sublimé est spongieux,
léger, poreux, ramasse-le, recommence la sublimation sur le résidu en ajoutant de nouveau
du sel commun pulvérisé ; opère dans le même vase sur son fourneau, de la même manière,
avec le même degré de feu que plus haut. Ouvre alors le vase, vois si le sublimé est blanc,
compact, dense, recueille-le et mets-le soigneusement de côté pour t'en servir quand tu en
auras besoin pour terminer l'Œuvre. Mais s'il ne se présentait pas encore tel qu'il doit
être, il te faudrait le sublimer une troisième fois jusqu'à ce que tu l'obtiennes pur,
compact, blanc, pesant.
Remarque que par cette opération tu as enlevé au Mercure deux impuretés. D'abord tu lui as
ôté toute son humidité superflue ; en second lieu tu l'as débarrassé de ses parties
terreuses impures qui sont restées dans les fèces ; tu l'as ainsi sublimé en une substance
claire, demi-fixe.
Mets-le de côté comme on te l'a recommandé.